30 ans de la Conférence et 60 ans d’indépendance :Talon surprend les Béninois

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Hier mercredi 19 février 2020, le président Patrice Talon a eu un entretien avec la presse nationale. Dénommé « Moment politique », le Chef de l’Etat s’est prononcé sur la commémoration des 30 ans de la Conférence nationale et des 60 ans de l’indépendance. A cet effet, il a annoncé un agenda pour les deux événements tout en insistant sur les fondamentaux qui doivent sous-tendre le modèle démocratique béninois.

« Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme », rappelle Alain Foka dans son émission « Mémoires d’un continent ». Le Chef de l’Etat béninois, Patrice Talon s’inscrit dans la même logique avec une approche qui le caractérise personnellement. Au cours de l’émission radio-télévisée dénommée « Moment politique » sur l’Ortb et d’autres chaînes privées, qui s’inscrit dans la logique de la commémoration en ce mois de février 2020 des 30 ans de la Conférence nationale, le président Talon a déclaré loin de lui l’idée d’effacer des pages de l’histoire béninoise. Son action en tant que président de la République tient compte de la mémoire du peuple qu’il fait arrimer avec modernité afin de créer les conditions optimales au développement touristique, facteur de l’émergence économique. Pour le chef de l’Etat, les efforts conjugués de tous les Béninois ces dernières années ont permis de consolider les acquis de la Conférence nationale en leur donnant un contenu réel. A titre personnel, il fait savoir que son action ne vise pas à faire du révisionnisme, à réécrire l’histoire, mais plutôt à restituer l’œuvre des acteurs de cette Conférence, la noblesse de leur idéal. « Si des graines ont été semées en 1990, voici venu le temps de la floraison qui rassure que les fruits seront au rendez-vous», a-t-il fait remarquer.

 

Démocratie et ordre constitutionnel

 

Dans tout le monde entier, il est enseigné et proclamé que la démocratie n’est pas de l’anarchie. La démocratie est un système politique basé sur l’Etat de droit. Dans cet ordre d’idées, elle fonctionne sur la base des normes dont la Constitution qui retrace l’ensemble des principes et des aspirations du peuple. Ainsi, soutient le président Talon, la Constitution, dans sa version originelle comme dans sa version révisée, garantit et protège les libertés individuelles et collectives. Elle édicte les comportements que doit avoir chaque citoyen dans la République. Il est à regretter que pendant longtemps, les dirigeants aient laissé croire que les citoyens n’ont que des droits et pas des devoirs. Et pourtant, il est reconnu dans une démocratie que la liberté rime avec la responsabilité. Mais l’absence ou le manque de rigueur et le laxisme ont fini par établir l’anarchie. Patrice Talon a donc engagé une action qui rompt avec l’anarchie. Il est indubitable que c’est bien une pâle réputation que de se gargariser d’être le berceau de la démocratie en Afrique quand les partis politiques ne sont viables, compétitifs et surtout que chaque acteur politique, pour peu qu’il pense être populaire dans son village, dans sa commune ou son département, se dépêche d’en créer un. Or, depuis 30 ans de démocratie, alors que la Constitution prévoit que les partis animent la vie politique, ceux-ci n’ont jamais réussi à faire élire un de leurs militants à la tête du pays.

 

Business et corruption

 

Il faut reconnaître que les acteurs politiques ont longtemps exploité les failles de la Constitution pour se faire du beurre au détriment du peuple.  Il n’est pas glorieux pour un pays géographiquement petit et pour 11 millions d’habitants, de générer autant de partis, sinon de clubs électoraux comme on a pu les qualifier, pour animer la vie politique. Les acteurs politiques ont fait des business sous fond de corruption, sans jamais être inquiétés. Leurs partis n’ayant pas une idéologie, ils n’ont donc pas de conviction. Dès lors, au gré de leurs intérêts, ils font ce que les sportifs appellent le Mercato pour amasser de l’argent auprès des bras financiers politiques. De ce fait, le peuple est toujours à la traine. Il est aisé de constater qu’il y a un déséquilibre exécrable entre la classe politique et le développement socioéconomique. Dans la mémoire collective des Béninois, la corruption était devenue un sport national, renforcée en cela par l’impunité, surtout à l’égard des acteurs politiques. En cela, le peuple a toujours été déçu de faire des efforts dont les fruits sont accaparés par quelques-uns sans que ses conditions de vie soient améliorées. Or, la richesse nationale est le produit des efforts de tous les Béninois, surtout les plus pauvres. Par ailleurs, sans les efforts d’assainissement, il est difficile voire impossible de mobiliser suffisamment de ressources internes pour ensuite prétendre en obtenir des partenaires. Il était devenu impératif de procéder à la réforme du système partisan voulu et détesté à la fois par les acteurs politiques. Cette réforme ne vise pas à limiter le nombre de partis et surtout pas à interdire leur création. Elle vise plutôt, par le mécanisme du financement public, de la représentativité et de la régularité aux élections à faire émerger de grands partis politiques qui occuperont l’espace national. Pour l’ensemble de ces raisons, le président Talon a trouvé qu’il était plus qu’urgent pour le dirigeant qu’il est, de donner un vrai contenu à la lutte contre ces fléaux.

 

La détermination de Talon

 

Le président Talon agit en homme avisé. Il avait déjà posé le diagnostic au moment de la formulation de sa candidature à l’élection présidentielle en 2016. Contre vents et marrées, il affirme sa détermination à relever les nombreux défis qui constituent des gangrènes qui minent le pays. Pour les observateurs sérieux de la vie politique nationale et la plupart des candidats sérieux à la présidentielle de 2016 qui l’ont relevé, le besoin de procéder à des réformes d’envergure était indiscutable. Et voilà pourquoi, tant qu’il estime que son action cadre avec sa vision de développement, il ne recule devant aucun obstacle. Certaines des institutions issues de la Conférence nationale apparaissaient sclérosées et improductives. Les réformes politiques et institutionnelles engagées pourront aider à corriger le tir. Le président a pris la résolution de tout faire pour ne pas dérober à son serment, à ses responsabilités. Bref, il compte tout mettre en œuvre pour combler les attentes du peuple béninois. Patrice Talon, dans une démarche empreinte de modestie, laisse entendre à travers les lignes qu’il ne se voit pas en héros. Que son ambition, c’est que son action serve à faire comprendre au peuple que « nous ne sommes pas des damnés », que le changement est bien possible, que le Bénin a un grand dessein » et qu’avec un peu de sérieux et de rigueur dans l’action des dirigeants, le pays peut devenir un acteur majeur dans le concert des nations.

 

Jean-Claude Kouagou

 

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