Rétrospective des faits politiques marquants de l’année 2019:De l’incertitude à la sérénité

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Jamais par le passé aucune année n’a été aussi éprouvante, aussi fleurie en contradictions. Pour une fois au Bénin depuis 1990, cela a détonné, mais aussi pour une première fois depuis 1990, la loi fondamentale a été révisée dans une atmosphère de sérénité retrouvée. 2019 aura été une année particulière à tous points de vue au plan politique.

On était en début de l’année 2019. Les deux lois majeures qui devraient très vite gouverner les élections législatives d’avril étaient déjà votées au Parlement. Donc sur papier, la classe politique savait déjà à peu près à quoi pourrait ressembler le paysage politique, mais aussi les règles du jeu. A part les observateurs politiques avertis qui avaient pris la peine de lire les différents textes, personne ne savait vraiment à quoi on devrait s’attendre dans la pratique. Ce qui était visible, c’est la naissance dans le même mois de décembre 2018 de deux grands partis des entrailles du pouvoir que sont l’Union progressiste (Up) et le Bloc républicain (Br). A leur suite, il y a eu, celle d’un petit parti dont le logo avait fait polémique. Il s’agit de la Force cauris pour le développement du Bénin (Fcdb) de Soumanou Toléba. Statutairement et donc juridiquement, ces trois partis étaient en phase avec la loi portant Charte des partis politiques et attendaient la procédure administrative pour se formaliser. Les autres partis politiques existant à savoir l’Union sociale libérale (Usl), la Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), Restaurer l’espoir (Re) et le Parti du renouveau démocratique (Prd) n’avaient pas à voir le jour de nouveau, mais accomplir les formalités nécessaires. A ce niveau, la question s’était posée au sein des partis de l’opposition d’aller vers des ensembles plus homogènes à l’instar de l’Up et du Br. Le sujet a été agité à l’époque et les ténors des partis respectifs se sont rencontrés à plusieurs reprises. Au sortir de ces échanges, l’initiative n’a pas prospéré et chacun des partis a préféré faire cavalier seul. Le parti Restaurer l’espoir, l’Union sociale libérale et la Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) ont donc, chacun en ce qui le concerne, constitué leurs dossiers. De l’autre côté, le Prd, l’Udbn et deux nouveaux partis à savoir la Dynamique unitaire pour le développement et la démocratie (Dud) et le Mouvement des élites engagées pour le développement du Bénin (Moele-Bénin) ont également constitué leurs dossiers au niveau du Ministère de l’intérieur. On était déjà donc en plein dans la mise en œuvre de la loi portant Charte des partis politiques. Chacun des partis s’est donc empressé de se conformer afin d’avoir le document qui leur donne l’existence légale qu’est le récépissé provisoire. C’est le premier niveau de difficulté. Une fois ce niveau franchi, il y a maintenant le verdict du Ministère de l’intérieur. Premier verdict, aucun parti n’a obtenu le récépissé. L’administration centrale a trouvé des irrégularités à tous les partis. Deuxième round, l’Up, le Br et la Fcdb ont sorti la tête de l’eau en obtenant le précieux sésame. Ensuite, Moele-Bénin, le Prd s’y ajoutent et c’en sera tout. Les partis de l’opposition à savoir la Fcbe, l’Usl et Re sont renvoyés pour introduire des corrections. En effet, la première mouture de la loi portant Charte des partis politiques a conféré au Ministère de l’intérieur le pouvoir de délivrer ce document, mais a observé un silence par rapport au nombre de renvois à opérer pour correction. Ce silence a fait que plusieurs partis de l’opposition ont été renvoyés à plusieurs reprises pour correction. Ce qui n’a pas manqué de susciter des frustrations évidentes.

 

Pris entre deux feux

 

Pendant qu’ils hâtaient les pas pour leur authentification au niveau du Ministère de l’intérieur, les partis devraient satisfaire à une autre exigence de taille du Code électoral qu’est celle du quitus fiscal. Cet exercice a été des plus éprouvants pour tous les acteurs politiques. Au-delà du dispositif informatique qui n’était pas accessible à l’intérieur du pays, ce qui obligeait nombre de candidats à descendre à Cotonou, il y a le formalisme au niveau du service des impôts qui n’était pas aussi aisé. C’était une première expérience avec ses difficultés, mais son utilité était approuvée par tous les acteurs. Dans le même temps, les candidatures étaient ouvertes au niveau de la Commission électorale nationale autonome (Céna). C’était la course contre la montre. Par jour, les candidats faisaient plusieurs fois le tronçon impôt-Ministère de l’intérieur et Céna. Tout ce formalisme assorti de délais stricts sollicitait les candidats. Et comme les élections législatives sont des élections de liste, l’effectif des candidats est plus important ; ce qui justifiait le fait que les chefs de partis politiques soient pratiquement débordés. Lorsque la Céna a ouvert à son niveau les candidatures, les partis politiques qui n’avaient pas encore franchi l’étape du récépissé provisoire ont commencé par douter. Ceux qui ont pu l’avoir se pliaient en plusieurs pour que tous leurs candidats aient le quitus fiscal. L’exercice n’a pas été des plus aisés. Même à quelques heures de la clôture des candidatures au niveau de la Céna, des partis politiques étaient encore au niveau de la Direction des impôts. Anecdote pour anecdote, un leader de parti politique a failli se faire fermer la porte de la Céna au nez. Une fois à l’intérieur, il n’a trouvé autre formule que d’étaler tout son dossier sur une table de fortune pour pouvoir bien classer les différentes pièces avant le dépôt. Il a classé comme il pouvait sous l’effet de la fatigue, et comme on pouvait s’en douter, le dossier a été rejeté. Donc dans la foulée, seuls les partis politiques qui ont pu avoir leurs récépissés provisoires,ont pu déposer leurs dossiers au niveau de la Céna. Très en colère, les responsables des trois partis de l’opposition ont crié à l’exclusion. A travers des sorties médiatiques, ils ont dénoncé le processus au motif que le Ministère de l’intérieur a fait du deux poids deux mesures dans le processus de sélection des partis politiques en règle. Le chef de l’Etat a reçu les leaders de l’opposition, mais cela n’a rien changé.

 

La Céna surprend plus d’un

 

Sortie médiatique du président de la Céna. Micro et caméra positionnés pour écouter Emmanuel Tiando. Dans l’opinion, beaucoup pariaient que tous les partis qui ont déposé les dossiers seront retenus. En tout cas, c’était le vœu, mais il y avait un détail légal qui a échappé au grand nombre. En effet, dans la loi portant Code électoral, il a été précisé que la Céna ne doit pas, comme par le passé, appeler les leaders de partis pour corriger les irrégularités qu’elle noterait. A la lettre donc, Emmanuel Tiando et son équipe ont appliqué la loi. La décision était sans appel. Seuls les deux partis politiques de la mouvance présidentielle que sont l’Up et le Br ont pu être retenus par la Céna pour prendre part aux élections. A partir de cet instant, les contestations se sont accentuées. On se rappelle de ces déclarations des leaders du Prd au cours de l’audience de la Cour constitutionnelle et de tout ce qui a suivi comme vague de récriminations de la part des acteurs de l’opposition. La menace des forces de l’opposition était devenue grande avec des slogans forts. Dans un premier temps, ils ont soutenu que les leaders politiques des deux partis politiques de la majorité au pouvoir ne pourront pas battre campagne. Les deux semaines de la campagne électorale se sont déroulées dans des heurts notamment le jour des élections législatives, le fameux  28 avril 2019. Ce jour était celui des grandes peurs pour tous les Béninois. Mais avant, le meeting annoncé par les deux anciens chefs de l’Etat à savoir Nicéphore Soglo et Yayi Boni au cœur du marché Dantokpa a été empêché.

 

Le 28 avril est passé, le 1er mai n’a pas échappé

 

Le jour du scrutin présentait l’aspect d’une journée morte. Cotonou était inhabituellement déserte un peu comme un lendemain de la fête du nouvel an. Les Béninois n’ont pas fait l’effort de sortir de chez eux. Le taux d’abstention était record, car les bureaux de vote n’ont pas connu l’affluence habituelle des grands jours. Ce taux a été interprété de diverses manières. Pour les acteurs de l’opposition, c’était une grande victoire. Les Béninois ont, selon eux, prouvé qu’ils n’ont pas apprécié ce qui est fait. En face, les acteurs de la mouvance avaient justifié l’abstention par la peur que les acteurs de l’opposition ont distillée dans l’opinion. « Ils ont demandé aux gens de ne pas sortir sous prétexte qu’il y aura la guerre. C’est le discours qui a été distillé à coup d’argent dans l’opinion », a soutenu dans la foulée un leader influent de la mouvance. Dans la soirée, les résultats sont tombés. L’Union progressiste est arrivée en tête et le Bloc républicain a suivi. Les résultats de la Céna se faisaient attendre quand 4 jours, après précisément le 1er mai, tout bascule. Cadjèhoun prend feu, le domicile de Yayi Boni encerclé, la spirale de la violence s’intensifie. Les dégâts sont impressionnants. Le lendemain, les forces de l’ordre prennent d’assaut les lieux. La confusion était générale. Dans la foulée, l’ancien chef de l’Etat est interdit de sortir de chez lui. Les médias explosent. Quelques jours après, les Collines prennent feu. Il ne s’agissait pas d’une éruption, mais d’un regain de violence suscité par une bande de chasseurs aguerris. L’affrontement était rude. Patrice Talon a envoyé, dans un premier temps, des émissaires pour discuter avec les leaders et têtes couronnées de la région. Ensuite, il a convoqué une réunion de crise avec les têtes couronnées pour une solution rapide. La rencontre a été concluante. Le lendemain au petit matin, des dignitaires de  Tchaourou ont rencontré l’ancien chef de l’Etat, Yayi Boni, et la suite a été plus rapide qu’on l’imaginait. Yayi Boni a quitté le pays aussitôt après la rencontre et Tchaourou depuis lors s’est calmée.

 

Temps d’inconfort

 

On était déjà en juin ou juillet. La tension politique était à son paroxysme. La guerre froide entre leaders politiques était visible. Personne n’osait aborder les questions politiques au risque de raviver les tensions. Même sur les stations de radio et chaînes de télévision, c’était silence radio. La gestion de la période post-crise devrait être intelligente. Le silence était studieux pendant plusieurs mois. Beaucoup se sont même demandé, à l’époque, si le Bénin n’avait plus de partis politiques. Cette atmosphère a été maintenue jusqu’à fin septembre où l’éventualité d’un dialogue politique a commencé par être agitée dans l’opinion. Personne n’y avait vraiment cru. L’atmosphère politique maussade et les nombreuses contradictions amenaient certains à voir dans ce dialogue une rencontre de plus. Le doute planait et l’incertitude était visible.

 

Dialogue réussi, début du dégel

 

Du 10 au 12 octobre 2019, s’est tenue cette rencontre avec les acteurs politiques de la majorité présidentielle et de l’opposition. Au nombre des représentants de partis de l’opposition, il y a eu les leaders de la Fcbe (une grosse surprise), ceux de la Fcdb et de la Flamme renouvelée (Fr). Au terme des trois jours, des recommandations ont été assorties d’un calendrier qui permettra de transcrire en langage technique et juridique les points de consensus obtenus au dialogue. Une fois les recommandations remises au chef de l’Etat, il a rencontré la conférence des présidents de l’Assemblée nationale et un comité technique a été mis sur pied pour donner les orientations appropriées. Le comité a déposé son rapport et l’Assemblée nationale a pris le relais pour le vote des lois appropriées.

 

La Constitution révisée en 2019

 

Si le 1er mai, alors que le Bénin était au cœur de toutes les contradictions, un devin prévoyait que ce même pays réviserait sa Constitution quelques mois après, personne n’allait le croire. C’est en cela que ce pays est particulier et continuera toujours d’étonner. Sans bruit, les acteurs politiques ont su s’arrêter quand il le fallait pour trouver en leur sein les ressorts nécessaires pour réussir une relance parfaite. Au cœur des contradictions, les acteurs politiques ont réussi à se voir pour aplanir les points qui fâchent et définir ensemble la nouvelle orientation politique du pays. Cela a été fait et la Constitution a été révisée. La Constitution a choisi son année et tout est passé sans contradiction majeure. A la suite de la révision de la Constitution, plusieurs autres lois comme la loi sur le Statut de l’opposition et le financement des partis politiques, la loi sur l’amnistie ont été votées. Les lois portant Charte des partis politiques et le Code électoral ont été à leur tour retouchée et certaines dispositions introduites et retranchées.

 

2019, année de mise en condition

 

La spirale des élections aidant, le Bénin retombe assez logiquement dans une autre non moins importante. Il s’agit des élections communales prévues pour se tenir en mai 2020. Au cours des deux derniers mois de l’année 2019, il a été noté un regain fort  d’activités des partis politiques. Si ce n’est pas l’inauguration du siège d’un parti, c’est une activité de dons de vivres ou de célébration d’anniversaire de naissance de parti. En tout cas, le terrain est déjà très occupé par les partis politiques en vue desdites élections. Les quatre premiers mois de l’année 2020 risquent d’être intenses en animation politique. Une question tout de même. La suprématie de 2019 serait-elle en passe d’être rééditée? Le mois de mai en garde le secret.

 

Hospice Alladayè

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