Accueil > Art et culture >

Adoration d’une divinité Vodoun dans le Mono :‘’Lègba’’ : la sentinelle aux bornes de Kpétou

‘’Lègba’’ est un vodoun que les populations du Mono adorent et implorent. Comme une sentinelle, il assure la garde à l’entrée des agglomérations. Cette réalité se vit à Kpétou dans le département du Mono.

Il élit majestueusement domicile à la croisée stratégique des chemins. Il, c’est le Lègba, une divinité du vodoun représentée par un buste d’homme, au-devant duquel se dresse le plus souvent, une ‘’verge’’ robustement taillée, qui assure la garde territoriale, de façon mystique. A Kpétou, une localité de Comé dans le département du Mono, l’adoration du Lègba, pour ce qu’il représente dans la croyance religieuse endogène, n’est que fait ordinaire. En effet, son existence remonte à l’histoire des peuples Adja. Dans l’ère culturelle qui regroupe les peuples du Togo, du Bénin et une partie du Nigéria, le "vodoun" traduit l’esprit surhumain, la force et la puissance. C’est un ensemble de croyances, de rites et de mythes, fondé principalement sur des entités ou des fétiches. Le vodoun s’est exporté en Occident, par le biais de l’esclavage. Il a donné naissance à des formes religieuses au Nouveau Monde, connues sous le nom de vodou en Haïti et de candomblé au Brésil. Selon la mythologie la plus répandue dans l’ère culturelle Adja-Tado, à l’origine du monde actuel, on trouve Mahou qui est le mâle et Lissa qui serait la femelle. De ce couple primordial seraient nés plusieurs enfants dotés de pouvoirs surnaturels. Les vodouns ou du moins, une grande partie d’entre eux, seraient les enfants issus de l’union de Mahou et de Lissa. L’un des enfants de cette grande famille des divinités a pour nom Lègba. Elle serait selon certains chefs de culte, le dernier né. Adoré par de nombreuses populations dans la commune de Comè précisément à Kpétou, ‘’Lègba ‘’ est l’un des médiateurs entre Dieu et les hommes. Pour ces derniers, Lègba procure des faveurs et sanctionne, en cas de déviances. Il emprunterait une enveloppe inhumaine pour descendre sur terre et ce, uniquement autour de midi, et la nuit entre minuit et le chant du coq. Quoi qu’il en soit, ‘’Lègba’’ est censé apporter protection, paix et prospérité, mais il peut également punir. « C’est un vodoun dont les caractéristiques sont multiples et contradictoires, aussi bien dans son nom que dans ses formes et attributs et dans ses fonctions », a fait savoir le chef de culte Lègba, Agbannongan Kpatou. Le vodoun ‘’Lègba’’ se retrouve chez les populations Ewé, Adja, Mina, Fon, du Bénin et du Togo et chez les populations yorouba du Bénin et du Nigéria sous le nom d’Elegbara, Eshu-Elegbara, Eshu-Bara ou encore Eshu.

Réalité transnationale et origine du Lègba

« Dans le culte vodoun haïtien, le dieu Lègba est vénéré sous deux formes contradictoires : la forme d’un enfant rebelle, ou la forme d’un sage vieillard estropié marchant à l’aide d’une canne. Le terme Agbo signifie barrière dans le sens d’entrée, seuil ou portail des maisons, des quartiers des agglomérations ou des cités. A ce titre, Agbo-Lègba est un rempart contre les ennemis réels et mystiques de la famille, de la cité ou de la communauté », a-t-il fait savoir. Par extension Agbo-Lègba désigne le dieu des frontières, du chemin ou de la croisée des chemins. D’après la légende, raconte le chef religieux, Agbannongan Kpatou, Lègba ou Elegba est le dernier fils de Mahou et de Lissa. Alors Mahou, l’être suprême, convoqua les vodouns pour les envoyer sur terre. Lègba se présenta alors, le premier, sans prendre le temps ni la politesse d’apporter un présent, vêtu d’une simple plume sur la tête. Ainsi Mahou fâché le renvoya. « Dépité, Lègba descendit sur terre, sans instructions, sans but véritable. Il erra dans des lieux inconnus, ne sachant quoi faire. Comme il connaissait les langues des deux mondes, celui des divinités et celui des humains, il mit à profit cette errance, en devenant leur messager. Quoi qu’il en soit, sa venue est toujours placée sous le signe de la ruse, de la rapidité d’esprit, de l’intelligence, du désordre. Il se présente toujours le premier, volant ou essayant de voler la place des autres », a expliqué le dignitaire religieux.

Le Lègba en 3D

Pour ce qui est de la partie visible de l’iceberg, Agbo-Lègba est représenté par un buste de terre aux formes plus ou moins humaines avec souvent un phallus démesuré. Les représentations de Lègba traînent partout. On les voit au seuil des habitations, des lieux publics et à tous les coins de rues des vieilles citées. « On peut même dire que les représentations de Lègba sont la face hideuse du vodoun avec les offrandes de sang, d’huile de palme et de farine de maïs », a indiqué l’adepte. Par rapport aux caractéristiques, Agbo Lègba en a plusieurs. « Lègba est une divinité de la puissance et de la force. Le vodoun Lègba se déchaîne dans la querelle, la discorde, la colère, le meurtre, la guerre, le cauchemar, la folie passagère et même les rêves érotiques. Lègba est une divinité qui ne cherche qu’à nuire aux hommes malfaiteurs qui sont obligés de l’apaiser par des sacrifices et des offrandes. Lègba, est le vodoun de l’intelligence et de la ruse. Lègba est souvent présenté comme une sorte de lutin au comportement à l’équilibre fragile », a confié le prêtre. Le vodoun Lègba est très farceur, mais aussi prêt aux pires méchancetés. Il se laisse facilement cajoler, si on sait s’y prendre, avec des sacrifices, des prières ou des libations, et surtout de la nourriture », a-t-il expliqué. Les fonctions du Lègba sont multiples. Agbo-Lègba est le messager privilégié des hommes et des vodouns, car c’est le seul qui les comprend tous. Raison pour laquelle on ne peut commencer une libation et un sacrifice à un grand nombre de vodouns sans en offrir les prémices à Lègba afin d’obtenir son concours comme médiateur ou intercesseur. Outre ces attributions, Lègba est le gardien des propriétés. Ce qui explique son installation devant les maisons, aux carrefours et endroits terriblement ouverts et dangereux, qu’il a mission de protéger. « Il protège la route de tout danger. Il est aussi le vodoun de la fécondité ou de la reproduction. C’est un vodoun de la génération qui serait « susceptible de donner ou de refuser des enfants à qui les désire », a-t-il rassuré.

Claude Ahovè
(Br Mono-couffo)

PLUS D'ARTICLES