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Amélioration de la santé maternelle dans le Mono et le Couffo:Le glas sonne sur les fistules obstétricales

Une fistule obstétricale est une lésion incurable, résultant d’un accouchement difficile. Elle entraîne très souvent la mort du bébé et occasionne une incontinence chronique chez les femmes. Dans les départements du Mono et du Couffo, les fistules obstétricales qui affectaient jadis les femmes rurales sont en cours de maîtrise.

Les fistules obstétricales sont en train d’être maîtrisées pour être boutées hors du Mono et du Couffo. C’est un constat qui résulte d’un long travail de sensibilisation. Par le passé, les fistules ont abusé de l’ignorance des femmes. Hondjè A. est une jeune femme âgée d’une trentaine année. A l’instar de nombreuses femmes du département du Couffo, elle n’a pas pu observer tous les soins médicaux au cours de sa grossesse. Et comme on pouvait s’y attendre, de nombreuses complications sont survenues au cours de l’accouchement. Ces complications lui ont fait perdre le bébé et créé des lésions entre sa vessie et son vagin. Depuis ce jour-là, cette jeune femme originaire de Klouékanmè n’arrive plus à uriner correctement et est devenue la risée de sa famille et de ses amies. Comme elle, beaucoup de femmes vivent au quotidien ce drame dans la misère et l’abandon. Elles en souffrent terriblement en silence et n’osent pas en parler à leurs amies ou se rendre à l’hôpital pour se faire soigner. Dénommées fistules obstétricales, ce mal continue de ronger les jeunes femmes qui, pour des raisons financières ou interdits traditionnels, n’arrivent pas à se rendre aux soins lorsqu’elles tombent enceintes. « Au Bénin, il y a environ 400 nouveaux cas de fistules qui sont enregistrés chaque année », a déclaré Rafiatou Bassongui Imorou, la spécialiste de la lutte contre les fistules obstétricales. Dans les départements du Mono et du Couffo, même s’il n’existe pas de statistiques exhaustives sur les victimes, il faut reconnaître qu’il y a de nombreuses femmes qui ont souffert de ce mal. Au cours de la Journée internationale des fistules obstétricales célébrée le 23 mai 2017 à Klouékanmè, le représentant résident de l’Unfpa, Docteur Kouaogo Ouédraogo a été clair. Il a déclaré que de Janvier 2009 à mars 2017, 1251 cas de fistules obstétricales ont été dépistés au Bénin. « Dans les départements du Mono et du Couffo, 1103 cas ont été décelés et traités au Centre hospitalier départemental. Parmi ces malades, 15 femmes porteuses de fistules obstétricales ont été traitées. Le taux de guérison est en moyenne de 79,80 % », a-t-il fait savoir. Pour lui, ces résultats ont été obtenus grâce aux efforts conjugués des partenaires nationaux et internationaux qui œuvrent chaque jour pour le dépistage des cas cachés et la réinsertion socio-économique des femmes guéries de fistules obstétricales. Malgré ces prouesses, le premier responsable de l’Unfpa n’entend pas baisser la garde.
Il a pris l’engagement de se battre aux côtés des dirigeants nationaux et départementaux en charge de la santé pour mettre fin à cette tragédie qui perdure dans ces deux départements du Sud-Bénin. « our l’Unfpa, la lutte contre les fistules obstétricales demeure une des priorités. Nous continuerons à accentuer nos efforts dans le cadre d’un partenariat que nous voulons le plus large possible pour prévenir, traiter et réinsérer les femmes qui souffrent de ce mal », a-t-il rassuré. Pour le préfet du département du Couffo, Christophe Mègbédji, le Directeur de cabinet du ministère de la santé ainsi que le Directeur départemental de la santé du Mono et du Couffo, Jean Yaovi Dayo, cet engagement de l’Unfpa est à saluer car, les départements du Couffo et du Mono souffrent d’un manque d’infrastructures sanitaires et du personnel soignant qualifié. « Le personnel soignant se trouve en minorité. Alors que les accouchements précoces et à domicile sont légion. Tout cela entraîne des conséquences dont les fistules obstétricales. Les femmes qui en souffrent se cachent, car elles considèrent que c’est une maladie de la honte », déclarent les autorités. Au regard de ces cas de fistules obstétricales qui s’enregistrent chaque année, le préfet a invité les sages et notables du département du Couffo et du Mono à une mobilisation générale pour la lutte contre ce mal.

Causes et conséquences du mal

Une fistule obstétricale désigne une brèche de la filière pelvi-génitale. Il s’agit d’une lésion provoquée par l’accouchement qui affecte de nombreuses femmes dans le monde chaque année. Elle survient en cas de dystocie c’est-à-dire après un accouchement long et difficile. Elle entraîne très souvent la mort du bébé et une incontinence chronique chez la mère dont les pertes d’urine et de selle). Les fistules obstétricales affectent surtout les Africaines et les Asiatiques car elles sont liées à un accès limité aux soins médicaux. Non traitées, elles peuvent provoquer des infections et des affections rénales, voire la mort de diverses manières. En effet, malgré les efforts sensibles que déploie le gouvernement pour lutter contre ce mal, force est de constater qu’il persiste.
Outre la mauvaise qualité des soins dans les maternités, il y a certaines pratiques socioculturelles telles que les mariages et les grossesses précoces, les accouchements à domicile, les mutilations génitales féminines qui favorisent le phénomène. Au nombre des causes qui sont à l’origine du mal, de nombreux experts s’accordent de ce que toutes les femmes qui accouchent à domicile s’y exposent de fait.

Bien qu’elles soient punies par la loi, ces pratiques préjudiciables à l’épanouissement de la femme demeurent et font le lit aux fistules obstétricales malgré l’effort de l’Etat. Dans les zones rurales, c’est l’homme qui décide de tout. C’est lui qui prend la décision de dire à sa femme d’aller à la consultation prénatale dans un centre de santé ou de se rendre à la maternité. Or, le Bénin s’est doté en 2003 de la loi N° 2003-04 du 03 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction. Celle-ci, en son article 1er, stipule que « les hommes et les femmes ont le droit d’accéder à des services de santé qui permettent aux femmes de mener à bien leur grossesse et accouchement et donnant aux couples toutes les chances d’avoir des enfants en bonne santé ». Mieux, en 2012, le Gouvernement béninois a promulgué la loi N°2011-26 du 09 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes et aux filles. Cette loi stipule que « toutes les pratiques traditionnelles préjudiciables aux femmes sont constitutives d’infractions de droit commun et punies comme telles ». De même, le Bénin a ratifié un grand nombre de textes en faveur des femmes, tels que le Protocole à la Charte africaine des Droits de l’Homme et des peuples, relatifs aux droits de la femme en Afrique qui, dans son article 14, reconnaît à la femme le droit à la santé et au contrôle des fonctions de la reproduction. Après la promulgation et la ratification de ces documents juridiques, leur application effective continue de se poser. Et face à cela, le directeur départemental de la santé, Jean Yaovi Daho et la Directrice exécutive du Repfed, Clotide Dansou Dansiga ont exhorté l’Etat à passer à l’action pour rendre applicable ces lois.

Claude Ahovè
(Br Mono-Couffo)

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