De quoi donner des sueurs froides au président de la République qui est allé les apaiser en prenant des engagements.
Accompagné particulièrement de l’éminence grise du gouvernement, le ministre du Développement Pascal Irené Koupaki, le chef de l’Etat béninois Yayi Boni est en visite depuis hier mardi dans les Institutions de Bretton Woods. Ce n’est pas pour le tourisme, mais c’est parce que l’heure est grave pour l’économie béninoise. Elle a déraillé, surtout parce que le Bénin comme bien d’autres pays, a été frappé de plein fouet par la crise économique internationale. Voilà la lecture que le Directeur général du Fmi, Dominique Strauss-Kahn fait de la situation économique du pays. Il va plus loin en montrant qu’il y a nécessité de la remettre sur les rails en procédant par des réformes pour retrouver l‘équilibre budgétaire et macro-économique. A l’occasion de cette visite, le discours officiel auquel on a eu droit, qui, quoique rassurant pour le Bénin, renferme des préoccupations majeures que les partenaires avaient déjà exprimées. Le Groupe des partenaires de l’appui budgétaire commun (Abc), composés en grande partie des pays de l’Union européenne, ont récemment soulevé leurs inquiétudes face à l’augmentation des dépenses hors budget de l’Etat, qui à leurs yeux pose la question de la crédibilité du budget 2010.
Une série de préoccupations
Au cours d’un déjeuner qu’ils ont eu avec le chef de l’Etat le 05 novembre 2009 à la Marina, les partenaires ont soulevé leurs inquiétudes et le lendemain, à travers une correspondance adressée au Ministre de l’Economie et des finances, Idriss Daouda, ils ont été on ne peut plus clair en soulevant une série de préoccupations. Les partenaires reprochent au gouvernement de ne les avoir pas concertés avant de déposer au parlement, le budget auquel ils sont bel et bien attendus à apporter une contribution directe. Cette attitude de l’Exécutif les a choqués. Il s’agit d’une grave entorse aux principes généraux de l’appui budgétaire, tel qu’ils sont consignés dans leur protocole. Face à cette polémique, le gouvernement par le biais du ministre Pascal Irené Koupaki, a servi comme argument qu’il n’y avait pas une idée malveillante derrière ce manquement aux principes. Le Groupe Abc, estime que cette manière de faire n’est pas de nature à entretenir un climat de confiance, et mieux, il souligne que cela ne lui permet pas d’être au même niveau d’information pour suivre la situation macro-économique de façon adéquate. Le gouvernement avait promis rectifier le tir. A partir de ce moment, il n’est pas exclure que cela fasse l’objet de sa visite dans les institutions de Bretton Woods. En terme d’appréciation des partenaires sur la situation macro-économique du pays, ils concluent que, la situation concernant l’équilibre budgétaire reste très préoccupante, et devient pour l’instant de plus en plus inquiétante, malgré les mesures prises par le gouvernement, et les prêts et appuis qui exceptionnellement ont été trouvés. Cela est très préoccupant, d’autant plus qu’en parallèle à ces solutions qui ont été trouvées, les recettes continuent de baisser. C’est tout aussi inquiétant aux yeux des partenaires, parce qu’en prenant en compte les données présentées dans le rapport macro-économique trimestriel, basées sur les résultats de la dernière mission du Fmi, et de nouvelles informations, on ne prédit pas de lendemains meilleurs pour le Bénin.
De grands soucis pour Yayi
Face à cette permanente inquiétude, deux questions demeurent. Comment à court terme combler le gap financier pour le rétablissement de l’équilibre budgétaire ? Ensuite, dans ces conditions comment confectionner un budget crédible ? Même si les partenaires ont été rassurés que des mesures sont en cours pour augmenter les recettes de l’Etat dès 2010, ce qui a amené le gouvernement à augmenter le budget de l’année prochaine. Une option très peu réaliste, dans la mesure, où dès qu’une nouvelle crise va éclater en 2010, le Bénin sera toujours en difficulté, et sera dans l’impossibilité de réaliser l’équilibre budgétaire. Et une éventuelle crise à venir aura des effets plus dévastateurs que ce qu’on a connus cette année. De toutes les façons, les mesures annoncées pour augmenter les recettes de l’Etat et pour justifier la hausse du budget par rapport à celui de 2009, ne rassurent pas les partenaires. De là, la baisse des recettes qui ne s’améliorent toujours pas, devrait inspirer l’Exécutif à être réaliste et prudent dans les prévisions budgétaires. Or, le souci du Fmi, surtout à court terme, c’est que les prévisions risquent de ne pas être atteintes. Sur cette question, le système de Bretton Woods a exigé que le mémorandum qui doit lui être adressé au Fmi contienne les mesures envisagées pour parvenir à réaliser l’équilibre budgétaire. Etant très strict sur ses critères, le Groupe Abc, conditionne le décaissement de ses appuis budgétaires prévus au titre de 2009, à l’approbation par le Fmi du mémorandum. Par rapport à 2010, les bailleurs de fonds pourraient reconsidérer, leurs appuis programmés, dans la mesure où, les mesures envisagées pour renflouer les caisses de l’Etat, sont toujours sources de préoccupations. C’est pour quoi, ils ont manifesté des réserves par rapport à la crédibilité du budget. Ils ont insisté sur le fait que leur appui budgétaire est destiné à soutenir la mise en œuvre de la Stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté et non à être utilisé comme instrument de bouclage mécanique du budget tel que les autorités béninoises en donnent l’impression pour le budget 2010. Le dos au mur, le chef de l’Etat Yayi Boni s’est déplacé personnellement à Washington, pour négocier une porte de sortie. Sa visite au Fmi pourrait être source d’espoir, si le mémorandum à transmettre à l‘institution, consacre avec réalisme, entre autres les modalités du gap financier résiduel constaté et le rétablissement des grands équilibres.
Fidèle Nanga