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Après un Fitheb époustouflant en 2016:Eric-Hector Hounkpè annonce de grands chantiers

2016 aura été prolifique pour le Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb). Artiste comédien et metteur en scène, le directeur du Fitheb, Eric-Hector Hounkpè, a su mettre sa créativité au service de la structure qu’il dirige de façon à lui donner une meilleure visibilité. Une nouvelle année commence. Que réserve-t-elle au Fitheb ? Erick-Hector Hounkpè donne un avant-goût.

Le Matinal : 2016 aura été une année pleine d’événements culturels en, l’occurrence au Fitheb. Faites-nous un bilan ?

Eric-Hector Hounkpè : Oui, c’est évident de le reconnaître, 2016 a été une année fondamentale pour le Fitheb. C’est les 25 ans du Fitheb, parce que le festival est créé en 1990, mais a tenu sa 1ère édition en 1991. Nous avons donc fêté 25 ans. Et il fallait quand même trouver un programme conséquent. Nous avons alors eu un Fitheb en deux temps plus d’autres innovations. Le premier temps, c’est le Fitheb, marché international, que nous avons appelé en langue fon le "Jonon xi" au cours duquel nous avons reçu, du 23 au 31 mars 2016, nos amis étrangers. Les 23 et 24 mars, nous avons accueilli une table ronde dont la thématique fondamentale a été : « 25 ans de Renouveau démocratique, 25 ans de Fitheb. Théâtre, Démocratie et développement au Bénin et en Afrique ». Cette thématique était pour mettre en valeur la contribution des hommes et des femmes de théâtre à l’avènement ou au retour de la démocratie sur le continent. N’oublions pas que c’est quand même le Bénin qui, dès les années 90, a fait entamer au continent noir cette nouvelle ère. Il fallait donc évaluer cet apport parce que souvent, ni les politiques, ni la société civile ne met en valeur le travail des avant-gardistes que sont les créateurs, les hommes de théâtre, les artistes... Cette table ronde était en prélude à l’événement lui-même dont l’ouverture officielle est intervenue le 24 mars au soir, au village du Fitheb sis à l’esplanade intérieur du stade de l’Amitié. Nous avons eu droit au plat de résistance, le spectacle d’ouverture, "La nuit du songe", une création exceptionnelle de l’emblématique metteur en scène du Bénin Alougbine Dine. C’était une fresque vivante du parcours politique du Bénin depuis les indépendances jusqu’à nos jours. Un spectacle qui a mobilisé sur scène 354 artistes de toutes sortes : les danseurs, les comédiens, les acrobates, les funambulistes,… L’événement s’est donc tenu et a clos ses activités le 31 mars 2016 avec une dizaine de pays étrangers et par conséquent une dizaine de créations étrangères. On a eu également une dizaine de créations nationales pour meubler la programmation. Cela à peine fini, nous avons poursuivi avec le Fitheb migratoire. Ce deuxième pôle que nous appelons en fon le "Xwé xi" qui est un concept pour maintenir la visibilité et la communication sur le festival jusqu’à la fin de l’année. C’était parti de mai à novembre. Le principe était qu’à chaque dernier week-end du mois, l’on puisse ouvrir un foyer du Fitheb dans une autre ville. Je rappelle que le marché international a parcouru cinq villes à savoir : Porto-Novo, Cotonou, Lobogo, Abomey, Parakou. Il fallait donc porter aux autres villes leur part. Ainsi, fin mai, Natitingou a reçu le migratoire.Fin juin, c’était à Bohicon, fin juillet à Kandi, fin août à Dassa, fin septembre à Djougou, fin octobre à Lokossa, fin novembre-début décembre à Ouidah. On a parcouru ces 7 villes du Bénin pour continuer de répandre ce que j’appelle la "Fithebmania", c’est-à-dire cette fièvre du Fitheb dont nous rêvons et qui devrait s’emparer de tout le peuple béninois pour pouvoir préparer un réseau Fitheb, préparer nos communautés à s’approprier le festival pour en être les véritables acteurs. Lors de ces deux événements, nous avons inséré des plages pour les scolaires : des lectures scéniques, des activités dans les écoles… Mais il nous semblait avoir mis de côté l’école primaire. Et donc, nous avions prévu ce que nous avons appelé le Fitheb des enfants qui est une activité à dérouler sur 3 mois avec comme point d’orgue le 23 décembre, la Journée de l’enfant béninois. Il s’agissait d’envoyer des émissaires, des jeunes metteurs en scène dans des écoles sélectionnées. Et, en complicité avec les encadreurs et instituteurs, ils avaient la charge de sélectionner des enfants, d’abord de les sensibiliser et de les informer sur le Fitheb. Ensuite, de les initier au théâtre afin de susciter chez eux l’envie de créer de mini-spectacles d’une dizaine de minutes. Ce qui a été fait. Et le 23 décembre 2016, on a accueilli dans la grande salle bleue du Fitheb, toutes ces écoles, tous ces enfants, tous ces spectacles. Bien évidemment, c’était un très beau moment avec un papa Noël en jaune, la couleur du Fitheb. Nous avons aussi décidé de faire venir des invités spéciaux, des stars que nous avons découvert pendant notre migratoire sur Kandi. C’était des gamins de 9 à 10 ans, de bleu vêtus, des petits peuhls qui faisaient la danse des peuhls avec bâtons, acrobaties, mimiques… Comme le Fitheb des enfants, c’est pour les enfants par les enfants et avec les enfants, nous les avons invitées en "Guest star". Voilà en gros le bilan du Fitheb 2016 qui a pu se tenir avec des innovations.

Etes-vous fier de ce bilan ? Avez-vous le sentiment d’avoir réalisé tout ce que vous aviez prévu ? Des regrets ?

Ce n’était pas gagné d’avance. C’était très difficile, surtout la question de la mobilisation des ressources qui reste une préoccupation importante. Mais les activitésqui ont été prévues ont été exécutées. Quant aux difficultés, je préfère ne pas y revenir. Il vaut mieux mettre en valeur ce qu’on a pu faire. C’est le plus important. Je suis très satisfait et heureux. Et je le serai davantage quand j’aurai offert une année2018 encore plus époustouflante. Un petit regret, peut-être c’est qu’en 2016, je n’ai pas pu mobiliser des additifs, financièrement, pour que le spectacle d’ouverture, "La nuit du songe", puisse davantage se jouer parce qu’il est énorme. Nous espérons qu’en 2017, nous aurons le financement nécessaire pour le faire jouer à nouveau. L’ensemble des spectateurs le demandent d’ailleurs, puisque cela leur révèle leur pays, leur état d’âme politique et souhaitent même qu’on enregistre et qu’on mette sur le marché ces Cd-là.

Eric-Hector Hounkpè a-t-il joué toutes ses cartes ou si cette année 2017 réserve encore des surprises ?

Mais bien-sûr ! Cette année 2017 nous réserve encore des surprises. D’abord, ce qui est évident, nous allons maintenir le cap pour un renforcement des acquis en ce qui concerne le Fitheb migratoire. On ira à une dizaine de villes, 8 à 10 villes. Ça dépendra, bien-sûr, de la cagnotte qu’on aura mobilisée. Nous allons aussi maintenir le Fitheb des enfants qui reste une activité annuelle. Nous allons innover en faisant le championnat de lecture scénique dans les collèges et les lycées, voire les universités. Nous ambitionnons de faire le Fitheb des femmes. Ce qui serait un chantier qui va nous permettre de révéler des femmes auteures, des femmes metteurs en scènes, des comédiennes, des femmes de régie, son et lumière… Nous sommes en train de vouloir expérimenter à nouveau le village du Fitheb grandeur nature pour commencer à y insérer, en perspective pour 2018, des innovations. Pour ma part, il va y avoir très clairement des innovations pour 2017. Et c’est pour nous une année transitoire, une année de préparation, où nous allons tester un certain nombre d’innovations à insérer dans la biennale en 2018.

Propos recueillis par Anselme Pascal Aguéhoundé

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