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Causant plus de 6 millions de décès par an:Les méfaits du tabagisme selon Dr Serge Adé

Dans la panoplie de vices qui déciment les populations en général, et la couche juvénile en particulier, figure le tabagisme. Dans le département du Borgou, les jeunes, en grande majorité, ont opté pour l’inhalation du tabac. Cette pratique a parfois des conséquences nuisibles sur l’organisme humain. Médecin pneumologue au Chud-Borgou et enseignant à la Faculté de médecine à l’Université de Parakou, Dr Serge Adé parle ici des méfaits du tabagisme.

Selon les spécialistes, « le tabac génère une forte dépendance et sa consommation est responsable de près de 6 millions de décès par an dans le monde, dont 600 000 sont des non-fumeurs exposés à la fumée (tabagisme passif) ». De nombreuses maladies sont liées au tabagisme (maladies cardiovasculaires et cancers ). Le phénomène prend de plus en plus de l’ampleur. L’inhalation de la poudre de tabac constitue à n’en point douter une autre forme de tabagisme. Le tabac est un produit psychoactif manufacturé, élaboré à partir de feuilles séchées de plantes de tabac ordinaire, une espèce originaire d’Amérique centrale. L’usage du tabac s’est largement répandu dans le monde entier à la suite de la découverte de l’Amérique. Sa commercialisation est souvent un monopole d’État et soumise à des taxes qui varient fortement selon les pays. Pour Dr Adé, tout toxicomane peut arrêter de consommer du tabac s’il le désire grâce à un processus de sevrage médical. « Le tabagisme est une toxicomanie due à l’accoutumance à l’un ou l’autre des produits fabriqués à partir des plantes de tabac », déclare-t-il. Pour lui, le tabac est une plante à larges feuilles qui appartient à la famille des solanacées et qui a plusieurs variétés dont l’une s’appelle : « nicotiana tabacom ». Cette variété est la plus fréquente dans le monde. « C’est extrêmement important de parler de tabagisme. Car, le tabac est l’un des principaux facteurs de risque de maladies et de mortalité dans le monde », a-t-il indiqué. Il a ensuite précisé que c’est le principal facteur qui occasionne les cancers. Ce qui est déplorable, selon ce spécialiste, c’est le fait que ceux qui ne fument pas et qui restent à côté des fumeurs courent les mêmes risques, puisqu’ inhalant la fumée de tabac. Ils développent les mêmes maladies et en meurent. C’est pourquoi, a-t-il insisté, il est extrêmement important de s’arrêter quelques temps pour parler des risques qu’encourent les consommateurs de tabac et bien évidemment ceux qui sont autour d’eux.

Des risques énormes liés à la consommation du tabac

Dans ses explications, Serges Adé a par ailleurs, fait savoir que les risques de la consommation du tabac sont très nombreux. Selon lui, le tabac qui est inhalé ou qui est mâché, va entraîner beaucoup de dégâts non seulement au niveau des poumons, mais aussi dans presque tous les organes de l’organisme. Pour lui, la personne qui fume, a beaucoup plus de risques de développer un certain nombre de cancers comme le cancer de larynx, le cancer du pharynx, le cancer des poumons, le cancer de l’estomac, le cancer de la vessie, le cancer du pancréas, énormément. La personne qui fume risque de développer l’hypertension artérielle dont la prévalence est forte au Bénin. De même, elle peut souffrir d’une artériopathie oblitérant des membres inférieurs. « Cela veut dire tout simplement que les vaisseaux sont bouchés et le sang n’arrive plus à transporter l’oxygène qu’il faut pour faire vivre les organes. Ces organes qui doivent être nourris par ce sang, subissent une destruction et pourrissent », a-t-il fait remarquer. C’est souvent le cas de certaines personnes qui fument et après ont une nécrose (les orteils commencent par pourrir). Entre-autres méfaits du tabac touchant la femme qui est en âge de procréation, Dr Adé ajoute que le tabac peut entraîner des cas grossesses extra-utérines et également des problèmes d’infertilité et de mauvais déroulement de la grossesse, provoquant des avortements spontanés ou de naissances prématurées.

Les formes de consommations du tabac

Le tabac peut être fumé. C’est le mode le plus courant de consommation. On fume le tabac soit à partir des feuilles de tabac roulées dans du papier, des cigarettes et cigares manufacturés ou bien dans la pipe. On peut également priser le tabac, mais en poudre. Cela veut dire que la personne met une petite quantité de la poudre de tabac au niveau de l’une de ses ongles ou paume de main et l’inhale par le nez. On peut également chiquer le tabac soit par la mastication : la personne place le tabac entre la lève et la gencive ou même sur la langue pour satisfaire le besoin rapide en nicotine. Pour Dr Serge Adé, c’est cette nicotine qui est la principale substance responsable de la dépendance liée au tabac. Il a fait savoir que la fumée du tabac comporte plus de 4000 composantes qui se regroupent en quatre grandes substances. Il y a la nicotine, qui est responsable de la dépendance que le fumeur a vis-à-vis du tabac. Il y a également le monoxyde de carbone qui va se fixer avec une forte affinité aux récepteurs au niveau de l’hémoglobine pendant plus de 6 heures d’horloge. Ainsi, l’organisme de cette personne qui fume ne sera pas bien oxygéné à cause de cette compétition induite par le monoxyde de carbone. Le troisième groupe de substances nuisibles, ce sont les irritants qui vont créer une irritation des bronches. Ce qui induira une inflammation de ces bronches et la personne va faire des bronchites à répétition. « Et lorsqu’il y a une inflammation, le processus de cicatrisation peut mal se faire », soutient le médecin pneumologue. Il y a les substances cancérigènes qui constituent le quatrième groupe de substances responsables des différents cancers précités. La fumée de tabac contient beaucoup d’autres substances cancérigènes. Il y a du goudron, des nitrosamines. Ce sont des substances qui vont se retrouver dans le sang et les différents organes pour provoquer des cancers.

Le processus pour arrêter de consommer le tabac

Pour arrêter la consommation du tabac, il faut d’abord avoir la volonté d’arrêter. Selon le medecin, tout procède de la volonté d’arrêter de fumer ou d’inhaler et chiquer le tabac. Lorsque vous avez réellement cette volonté, soutient-il, il faut se rapprocher des personnes compétentes. Ensuite, le médecin évalue cette dépendance que l’individu a vis-à-vis du tabac. Cette dépendance est de trois ordres généralement. Il y a la dépendance physique, la psychique et la dépendance comportementale. Quelqu’un qui fume une cigarette, chique ou prise une pincée de poudre de tabac par jour est moins dépendante que quelqu’un qui fume un paquet de cigarettes ou qui chique et prise à longueur de journée. Le médecin évalue également combien de temps après le réveil, la personne sent l’envie impérieuse d’aller prendre du tabac. Si c’est aussitôt levé, aussitôt la baguette de cigarette, la pincée prise ou chiquée, alors la dépendance est extrêmement forte. Mais si c’est par exemple, dans l’après-midi que la personne a envie, la dépendance est moins forte. Il évalue ensuite la dépendance comportementale : « Il y a des gens, lorsqu’ils veulent consommer du tabac sous toutes ses formes, ils se mettent dans certaines conditions. Par exemple fumer après le repas ou aller au besoin lorsqu’ils ont envie de fumer, de chiquer ou de priser. Et progressivement, poursuit-il, cette dépendance se crée et lorsque l’heure de manger ou du besoin sonne, il a une envie irrésistible de consommer le tabac. L’évaluation de la dépendance psychique est due aux effets psychostimulants auxquels le consommateur s’accroche. Ces effets psychostimulants, c’est par exemple ceux qui fument pour avoir une grande concentration, pour arriver à mieux mémoriser, à dominer leur anxiété et à surmonter transitoirement leur dépression. Ce sont les effets qui sont induits par la nicotine, responsable de la dépendance de ces personnes. Pour lui, il faut donc analyser cette dépendance psychique avant de décider ensemble avec la personne, du jour d’arrêt. Cette personne étant une personne humaine, il y a pendant le processus de ce sevrage, des tentatives de reprise. C’est progressivement qu’on arrive à arrêter définitivement l’intoxication tabagique. Lors de ce processus de sevrage, a précisé le médecin, on se sert d’un certain nombre de médicaments, qu’on appelle des substituts nicotiniques qui apportent la nicotine dont la personne a besoin sans les autres substances du tabac comme les substances cancérigènes, les irritants et le monoxyde de carbone. Ces substituts nicotiniques vont délivrer progressivement une certaine quantité de nicotine pour satisfaire les besoins de la personne et progressivement on diminue également ces substituts nicotiniques jusqu’à ce que la personne arrête totalement de consommer le tabac.

Conseils aux populations

Une enquête menée en 2015 au niveau national révèle que 9,5% des hommes au Bénin consomment du tabac, et 0,5% des femmes en consomment également. Quant au département du Borgou, 4,5% de la population consomme du tabac. Serge Adé exhorte donc les parents à ne pas consommer le tabac en présence des enfants, car ces derniers ont tendance à imiter ou à répéter ce que font leurs parents. Malheureusement, plus précocement on commence le tabagisme, plus forte est la dépendance parce que la dépendance commence par s’installer sur un cerveau qui n’est pas encore mature, et plus précocement apparaîtront les risques liés au tabac. Il ajoute aussi qu’il faut nécessairement décourager le tabagisme précoce dans les écoles. Il a fait noter que la population n’a pas souvent le réflexe d’empêcher les personnes âgées ou plus nanties qu’elle à ne pas consommer du tabac en public. Il est important, souligne-t-il de décourager toute personne qui consomme le tabac en public. Il exhorte les populations à respecter et à faire respecter les lois et textes qui interdissent de fumer dans certains lieux publics, afin d’éviter d’intoxiquer les autres.

Adresse à l’endroit du gouvernement et aux commerçants du tabac

Le gouvernement fait déjà énormément de choses à travers les lois qui interdisent de fumer dans les lieux publics. Le gouvernement fait également beaucoup d’efforts en ce qui concerne la publicité sur le tabac. Le médecin souhaite aussi, que les gouvernants renforcent et durcissent les lois sur la vente et la consommation du tabac. Il invite le gouvernement à subventionner les frais liés au sevrage tabagique. Parce que l’achat de ces substituts nicotiniques n’est pas à la portée de toutes les bourses. Quant aux vendeurs, il leur demande d’arrêter de contribuer à tuer les vaillantes populations.

Hervé Yotto

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