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Crise au Qatar:Les conséquences sur le monde du sport

L’isolement diplomatique du Qatar par les pays du Golfe pourrait avoir entre autres un impact sur l’organisation de la Coupe du monde 2022. Depuis les années 2000, le Qatar a investi énormément dans la diplomatie du sport et pourrait être stoppé dans son élan.

L’Egypte, l’Arabie Saoudite, le Yémen, le Bahreïn et les Emirats Arabes Unis ont décidé de fermer leur espace aérien et leurs frontières terrestres et maritimes avec le Qatar. Ces cinq pays reprochent au Qatar de « soutenir le terrorisme » et d’être trop complaisant avec l’Iran, le frère ennemi chiite de ces Etats sunnites

Le Mondial 2022 en danger ?

Une nouvelle qui pourrait avoir des répercussions sur l’organisation du Mondial 2022. Un évènement envisagé par les dirigeants qatariens comme le point d’orgue d’une stratégie de rayonnement international par le sport. La Fifa a affirmé via un communiqué « être en contact régulier avec le comité local d’organisation » de la Coupe du monde 2022, mais n’a pas commenté directement la situation diplomatique dans les pays du Golfe. Mais cette crise sans précédent pourrait avoir de graves conséquences sur la construction des stades pour la Coupe du monde 2022. Des infrastructures qui devraient coûter environ 200 milliards de dollars. Si les frontières terrestres avec l’Arabie saoudite et l’espace aérien du Qatar restaient fermés trop longtemps, cela retarderait la livraison des enceintes sportives. La Coupe du monde 2022 est déjà fragilisée par les enquêtes des justices suisse et américaine sur des soupçons de corruption de la Fifa. Sans compter les polémiques sur les conditions de travail des ouvriers étrangers sur les chantiers pharaoniques du Mondial, régulièrement critiquées par des organisations de défense des droits de l’Homme. Pour la seule année 2017, le Qatar a prévu d’organiser 39 compétitions internationales, dont une étape de la Coupe du monde de natation en petit bassin en septembre. En 2018, les Championnats du monde de gymnastique artistique y seront normalement organisés et en 2019, ce sera au tour des Championnats du monde d’athlétisme.

Et le Paris Saint-Germain ?

Le Qatar par l’intermédiaire d’un fonds souverain (Qatar Sports Investments) a racheté en 2011 le club de football du Paris Saint-Germain, vitrine du pays en France, qu’il a propulsé en haut de l’affiche - quatre fois champion de France depuis - grâce à des moyens colossaux. Le Qatar est également propriétaire du Psg Handball, de plusieurs courses hippiques de renom comme le Prix de l’Arc de Triomphe. Des questions se posent désormais en ce qui concerne le Paris Saint-Germain. En effet, la compagnie aérienne émirienne Fly Emirates est le sponsor principal et investit 25 millions d’euros par saison pour s’afficher sur le maillot du club, et ce jusqu’en 2019. Reste que dénoncer le contrat pourrait coûter cher en termes d’indemnisations à la compagnie des Emirats Arabes Unis. Du côté du Paris Saint-Germain, il n‘y a encore pas eu de réactions officielles. Le Qatar a racheté en 2012 une partie des droits télévisés du Championnat de France, via sa chaîne beIN Sports qui ne devrait plus être visible en Arabie saoudite. La chaîne nationale Al-Jazeera Sport créée en 2003 est devenu beIN Sport en 2012 pour partir à la conquête du monde. D’après le correspondant sport de Rfi au Caire, les clubs égyptiens et la Fédération égyptienne de football ont annoncé leur boycott du groupe beIN Sports, qui détient en exclusivité les droits des compétitions de la Confédération africaine de football dans la région. Ahmed Hossam Mido, ancien joueur de l’OM ou de Tottenham qui était consultant en Egypte a démissionné sur le champ.

La diplomatie par le sport

Depuis une vingtaine d’années, le Qatar utilise le sport pour se faire connaître dans le monde entier avec l’objectif de promouvoir le pays comme le premier centre de sport au monde. En 2002, sous la houlette d’Amaury sport organisation qui détient le Tour de France, le Qatar lance son tour national qui a été annulé en 2017 pour des raisons financières. En 2016, le Qatar avait organisé à Doha les championnats du monde de cyclisme. « Nous croyons que le sport peut faire plus que la politique. Organiser des événements sportifs importants, c’est progresser de vingt ans en quelques années », avait déclaré le cheikh Saoud ibn Abdoulrahman Al Thani, secrétaire général du Comité olympique. Le Qatar, qui reçoit régulièrement des stars du sport, envisageait il y a peu d’organiser un grand prix de Formule 1. Après la Coupe du monde en 2022, le Qatar ne cachait l’idée d’une organisation des Jeux olympiques. En 2032 si le Cio décide de s’orienter vers une double attribution des Jo 2024 et 2028 entre Paris et Los Angeles ? A l’automne 2013, le cheikh Saoud bin Abdulrahman Al Thani paradait devant le congrès de la presse sportive internationale. Il fixait un objectif ambitieux : 50 compétitions internationales en 2030, soit « une pour chaque semaine de l’année », justifiant ainsi le slogan « Qatar, the bidding nation » (Le Qatar, la nation candidate). « Le Qatar n’a ni les moyens ni la volonté de se constituer une armée suffisamment forte pour contrer les éventuelles menaces multiformes qui pèsent sur lui, analysait en 2012 le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, Pascal Boniface. Le ’hard power’ classique est hors de sa portée. Il a donc choisi délibérément de miser sur le ’soft power’, afin d’être un point reconnu de tous sur la carte du monde. » Reste à savoir si la diplomatie par le sport pourra peser positivement sur cette crise ?

Farid Achache (Coll)

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