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David et Goliath !

Le 7 mai 1954, le colonialisme dans son ensemble, et plus particulièrement celui de la France, fut frappé à mort. Diên Biên Phu eut un retentissement sans précédent ; c’était la première fois, depuis des siècles, qu’une armée européenne était battue, en rase campagne et au terme d’un affrontement sans merci qui dura deux mois, par une cohorte de va-nu-pieds asiatiques qu’elle avait sous-estimés.

Certes, l’Indonésie et l’Inde avaient recouvré leur indépendance dès 1945 et 1947. Mais partout ailleurs, le colonialisme européen (France, Royaume-Uni, Espagne, Portugal) tenait bon, en dépit du fait que les deux grands vainqueurs de la guerre mondiale de 1939-1945, les Etats-Unis et l’Urss, voulaient sa disparition.
Durement réprimés en Indochine, à Madagascar, au Cameroun, comme en Afrique du Nord, les indépendantistes de l’époque s’étaient cassé les dents sur le « mur colonial ».
Sans Diên Biên Phu, qui l’avait « sonné », le Parlement français n’aurait jamais fait appel, en mai 1954, à Pierre Mendès France et, après lui, à Edgar Faure.
Dès le mois de juillet, à Genève, au nom de la France, Mendès concéda à la moitié de l’Indochine son indépendance. S’ensuivit une cascade de reculs du système colonial : conférence de Bandung en avril 1955 et indépendance du Maroc et de la Tunisie en 1956, du Ghana en 1957.
La guerre d’Algérie, qui devait mener ce pays à son indépendance, fut engagée, elle, le 1er novembre 1954 : six mois après Diên Biên Phu. La loi-cadre de Gaston Defferre fut promulguée en juin 1956 ; le discours de Brazzaville du général de Gaulle, prononcé en août 1958 ; la décolonisation était en marche. Dans la foulée, les anciennes colonies françaises du Sud-Sahara ainsi que Madagascar recouvrèrent leur souveraineté, prélude à la libération des colonies portugaises.
Ainsi s’est défait en six ans un empire colonial qui avait duré deux siècles. Le calendrier de ce « dégel » montre que Diên Biên Phu avait bel et bien sonné le glas de l’ère coloniale.
Diên Biên Phu, en mai 1954, et la guerre du Kippour, en octobre 1973, ont, un point commun sur lequel il me paraît nécessaire d’attirer l’attention.
Il est désormais établi que, lors de ces deux affrontements, fut envisagé, le plus sérieusement du monde, par des responsables de haut niveau, français d’abord, israéliens ensuite, le recours... à l’arme atomique.
Dévastatrice, terrifiante, cette arme nouvelle n’avait été utilisée que deux fois, en août 1945, par les Etats-Unis contre le Japon, à Hiroshima et à Nagasaki. Les deux villes furent rayées de la carte.
- Pour tenter de sauver Diên Biên Phu, le Chef d’Etat-major français de l’époque, le général Ely, se rendit à Washington le 20 mars 1954. Sur ordre de son gouvernement, dirigé par Joseph Laniel, il demanda aux Etats-Unis d’intervenir au besoin nucléairement contre Giáp et son armée, qui, sans cela, submergeraient le camp retranché français qu’ils assiégeaient.
L’opération Vautour fut élaborée en toute hâte par les militaires américains. Elle prévoyait l’utilisation de trois bombes atomiques tactiques pour détruire les positions des Vietnamiens.
Le Vice-président Nixon a milité pour sa mise en œuvre, mais le président Eisenhower décida in extremis de rejeter l’opération Vautour, en grande partie, dit-on, pour ne pas risquer de perdre le Japon, qu’aurait horrifié une deuxième utilisation, par les Américains, de l’arme nucléaire contre des Asiatiques.
- La guerre du Kippour, elle, fut déclenchée par l’Egypte et la Syrie avec pour seul objectif de reconquérir le Sinaï égyptien et le Golan syrien, occupés par les Israéliens depuis la guerre dite des Six Jours, de juin 1967.
L’effet de surprise fut total et, en deux jours, Egyptiens et Syriens refoulèrent les troupes israéliennes et récupérèrent une partie de leurs territoires.
N’ayant jamais expérimenté pareille situation, les dirigeants israéliens de l’époque, en particulier le général Dayan, Chef d’Etat-major, furent saisis de ce qui ressemblait à de la panique. Leur pays allait devoir lutter pour sa survie, pensèrent-ils, et il fallait donc, sans plus attendre, utiliser l’arme atomique contre les armées arabes.
Le général Dayan ordonna de préparer les avions affectés à cette opération et de charger les bombes. L’ordre n’est jamais venu parce que le Premier ministre israélien de l’époque, Golda Meir, retenue par les Etats-Unis, refusa de le donner. Et parce que, sur le terrain, à partir du quatrième jour, avec l’aide des Etats-Unis, la situation militaire commença à se stabiliser, avant de se retourner en faveur d’Israël.
Face à une défaite inattendue, ils ont failli commettre l’irréparable !

Winner Abbecy

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