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Désolé, les filles… !

Les médias occidentaux n’ont décidément pas leur pareil pour alimenter le manichéisme et surtout se tromper de combats. Ils ne sont que des caisses de résonnance des intérêts inavoués de leurs gouvernements. Et voilà qu’aux dernières nouvelles, c’est Vladimir Poutine qui serait l’ennemi mortel du monde libre. Certains poussent l’outrance jusqu’à le comparer à Adolf Hitler. Un contre-sens historique ! Simplement, parce qu’il a mis en échec l’OPA lancée par l’alliance transatlantique sur l’Ukraine, qui est un pays tampon entre l’Europe élargie à l’extrême et la Russie et doit le demeurer. Ce sont les mêmes Occidentaux qui ont modifié les frontières orientales de l’Europe dans les années 1990, dans l’ex-Yougoslavie, notamment au Kosovo. Bien sûr, Poutine doit convenir que l’OTAN, via un accord d’association UE-Ukraine, finisse l’encerclement de la Russie. Et parce que celui-là a une colonne vertébrale, alors que son prédécesseur fut un mollusque éthylique, il est brocardé à longueur de journée comme un dangereux chef terroriste, oligarque, corrompu, fauteur de guerre… A côté, Boko Haram ne serait qu’une milice villageoise et sectaire qui écume le Nord d’un Nigéria si lointain. Belle lucidité ! L’offensive de diabolisation de la Russie prêterait à sourire si elle n’était pas indigne.
Je tenterai donc, ici, d’éviter de me mettre à dos l’Occident coalisé pour aborder un sujet qui nous pend au nez. Mais, je le répète ; il ne faut pas tomber dans le piège manichéen des médias occidentaux. Il ne faut pas entrer, si peu que ce soit, dans la logique d’un appareil médiatique aux abois, non plus d’ailleurs, que dans la désinformation distillée, depuis quelques semaines, d’un Occident adepte de l’inusable théorie du couteau sans manche auquel il manque la lame, attaqué par le méchant Poutine, sans foi ni loi.
Et surtout, surtout, il ne faut à aucun moment dévier de la ligne de conduite que l’on s’est fixée et qui consiste à militer du même mouvement contre Boko Haram qui fait honte à la civilisation en général, à la civilisation africaine et à l’Islam. J’avais déjà un vrai problème avec l’Islam tel qu’il est théorisé et vécu dans certains endroits du monde, à l’honneur d’un livre, le Coran, dont on ne répétera jamais assez qu’il ne s’y trouve pas une sourate recommandant l’esclavage ou la chosification de la femme. Et voilà que du Nigéria voisin, nous vient la caricature de l’Islam. Comme ailleurs, les jihadistes nigérians, qu’on situe à l’extrême droite des talibans Afghans, tuent avant tout, des musulmans dans un Nord du Nigéria abandonné. L’armée et le gouvernement nigérians étalent leur incurie légendaire. La classe politique est occupée par des enjeux électoraux régionalistes…
Boko Haram, qui ajoute au terrorisme le proxénétisme, n’est qu’argutie, manœuvre de diversion, mauvais théâtre. Boko Haram, à commencer par cette nouvelle vidéo de Abubakar Shekahu justifiant l’enlèvement des 223 collégiennes dans leur dortoir le 14 avril dernier et indiquant vouloir les vendre 12 dollars pièce, n’est qu’une pitoyable provocation, qui embarrasse chaque jour un peu plus la conscience humaine. Et ce type de mise en scène, cette façon de jouer avec le destin d’innocentes et avec les nerfs de leurs familles, ne peut avoir, du coup, qu’un effet : non pas briser l’élan mais, au contraire, l’intensifier, non pas créer le doute, mais susciter une indignation redoublée.
Le Nigéria s’est irakisé avec la vague d’attentats suicides à Abuja et maintenant s’afghanise. Et, de fait, en Irak, depuis près d’un an, on recense trois ou quatre attentats-suicides par jour. Soit, au total, plus d’un millier l’an. Avec les attentats d’Abuja, nous venons de voir que le chef proclamé des jihadistes d’Irak a fait des émules au Nigéria. Directement ou par l’exemple, il a « exporté » l’arme de l’attentat-suicide.
L’attentat-suicide, pour venir à bout d’un objectif militaire ou paramilitaire, est un acte de guerre. Mais, qu’il soit perpétré à Bagdad, à Londres, à Charm el-Cheikh ou ailleurs, l’attentat dit « aveugle » visant de manière indiscriminée des civils, dont le seul tort est de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, est un acte criminel et, de surcroît, contre-productif. En voulant punir un gouvernement, les auteurs d’un tel attentat atteignent des hommes, des femmes et des enfants, indépendamment de leur nationalité, de leurs convictions, de leur condition sociale ou de leur religion.
Ni les torts ou les crimes de ceux que les terroristes disent combattre, ni les injustices ou humiliations infligées à telle ou telle communauté ne sauraient justifier le terrorisme ni, a fortiori, faire de ses auteurs des héros. Ce sont des dévoyés, leur combat est criminel. Il doit être réprouvé sans hésitation ni réserve. Mais la marchandisation délibérée de personnes qu’on a capturées, devenues des prisonniers de fait, est, un crime de guerre encore plus odieux.
Déclarer la guerre à Boko Haram revient à s’engager dans un conflit de « basse intensité » dont chacun est bien conscient que l’issue ne peut-être seulement militaire. La nouvelle tendance du « zéro mort » dans les armées, sera forcément mise à mal. La guerre sera moche, comme toutes les guerres : mais une guerre juste : moins mal engagée qu’on ne le craint ; et que le Nigéria et ses alliés peuvent gagner.

Winner Abbecy

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