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Du bûcheron à l’art plastique:Jean Aïhadé communique par les troncs d’arbre

Entre le bûcheron et l’artiste plasticien, le fossé n’est pas grand. Jean Aïhadé, est un bûcheron. Puisqu’il a découvert des atouts artistiques qui sommeillaient en lui, il a décidé de concilier l’art plastique et son métier de base depuis une dizaine d’années. Dès lors, il a entrepris une nouvelle aventure.

Exerçant autrefois situé dans un angle de rue en face du temple de Vodoun Zèwa, Jean Aïhadé n’a pas attendu le déguerpissement avant de libérer cet espace publique devenu exigu pour l’exposition de ses œuvres. Il s’est donc installé à Adandokpodji non loin du Ceg3 d’Abomey. Ici, en dehors de son atelier de travail, il s’est doté d’un jardin où il expose ses œuvres. Dans sa tunique noire, l’artiste, assis à même le sol, réalise un animal sauvage dans un morceau de bois d’environ 80cm qu’il taille avec ses outils de travail. « Nous fabriquons le lion que nous allons exposer avec d’autres animaux déjà réalisés pour créer le règne des animaux au milieu d’une forêt. Cette œuvre est d’ailleurs le thème d’une exposition en vue dans le mois de mars prochain », confie-t-il. Doté d’une capacité d’observation et d’un flair développé, il réalise des représentations d’hommes, de femmes, d’animaux et d’oiseaux véhiculant des messages poignants, avec des morceaux de bois qu’il collectionne dans les forêts lors des coupes. Il les façonne sans modifier leur forme initiale. C’est-à-dire que ces morceaux de bois présentaient déjà, à l’état naturel, une forme à partir de laquelle l’artiste complète l’élément manquant pour obtenir de l’objet l’image voulue. Avec son coupe-coupe, sa hachette, son poinçon associé à son intelligence et ses doigts argiles, Jean Aïhadé se démarque nettement de tous les autres artistes plasticiens de son époque au regard de la particularité et le sens qu’il accorde à son travail. Une manière donc pour lui de parfaire l’œuvre que la nature n’a pas pu achever. « Après la forêt, je m’ennuie le plus souvent à la maison, c’est pourquoi j’ai commencé par transformer le bois. A travers mes œuvres et comparables à celles d’un malade mental, je transmets des leçons de vie à la population », explique l’artiste. Malheureusement, elles ne sont pas saisissables par tous. Il faut s’approcher de son réalisateur avant d’y comprendre quelque chose. Une fois l’œuvre réalisée, l’artiste se met à expliquer aux curieux et touristes qui le visitent l’essentiel à retenir et les raisons qui fondent ses créations. Un travail fastidieux qui ne lui procure presque rien. Seules quelques rares personnes sensibles l’encouragent de par leurs gestes de générosité. Très fécond en imagination, il réalise une kyrielle d’œuvres d’arts plastiques intéressants mais qui ne coulent pas. Cependant, il ne se lasse pas d’en produire encore parce qu’elle est une passion pour lui. A l’en croire, même s’il ne jouit pas de son travail, il ne regrette pas non plus d’avoir choisi ce métier. « Mes émoluments de bûcheron me suffisent pour joindre les deux bouts avec mes trois enfants », confesse Jean Aïhadé.

Une connaissance sans une école

L’art plastique a plusieurs domaines qu’on ne saurait exploiter sans une formation de base auprès d’un ancien. Le cas de l’artiste Jean Aïhadé est atypique. Il n’a pas eu besoin d’un maître ni d’une école de formation avant d’acquérir les notions de cet art. A force de côtoyer certains plasticiens de la place, il a fini par saisir quelques rudiments. Ces bribes de connaissances glanées ici et là ont permis à l’artiste de se lancer. Après plusieurs années d’exercice et d’expériences cumulées, il se classe au rang des grands artistes plasticiens d’Abomey. « Si je me mets à vous raconter mes débuts dans ce métier, vous me diriez que c’est un don de la providence. Mais ce n’est pas le cas. Il a fallu que je me comporte comme un fou, un désœuvré avant d’être à ce niveau. A cause de ce choix, ma femme m’a quitté. Cela n’a pas été du tout facile », indique l’artiste. Au regard des difficultés lié à cette profession, il demande à l’Etat de mettre en place une politique de valorisation de leurs productions en vue de jouir des fruits de leur labeur. Quant aux nouveaux qui font leur entrée dans ce cercle, il les exhorte à l’abnégation et au don de soi.

Zéphirin Toasségnitché

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