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Exploitation de gravier à Agnivèdji:Une mine à grands risques à Lokossa

Agnivèdji est le nouveau site d’exploitation de gisement de gravier à Lokossa. Bien qu’elle contribue au développement des communes et des populations, l’exploitation de gravier ne manque pas de conséquences. Elle dégrade l’environnement et affecte la santé de ceux qui l’exercent.

L’exploitation de gravier est une activité qui contribue au développement des communes et à la réduction de plusieurs fléaux sociaux dont l’exode rural, l’insécurité, et le vol. Elle permet également à la population de se procurer de revenus. L’exploitation des carrières de gravieroffre aux transporteurs propriétaires de camions et aux conducteurs l’occasion de se procurer aussi de revenus importants. Malgré le vent de la modernité qui souffle sur tous les secteurs d’activité, l’exploitation de gravier semble y échapper, car les acteurs du secteur continuent de la mener avec la pelle et la pioche. En effet, l’exploitation des gisements de gravier se fait en quatre phases. Il y a selon l’exploitante de gisement du quartier Agnivèdji, TognisoundéHouessou, le décapage, l’extraction, le tri et le lavage des gisements qui se fait à l’aide de moto-pompe. Mais avant d’aborder ces phases, l’exploitant de gisement se doit de faire la prospection qui consiste à sonder les champs et les zones censées contenir du gravier de qualité ou les endroits où le gravier a été précédemment exploité. Une fois la zone choisie, les ouvriers sarclent les mauvaises herbes et font la fouille. Après avoir dégagé tout ce qu’il y a au-dessus du sable mélangé aux cailloux, la phase de la prospection peut prendre fin. « L’autorisation de prospection constitue une étape importante dans les phases préparatoires à l’activité d’exploitation des carrières de gravier. Elle est consacrée par les articles 37 et 38 de la loi 83-003 du 17 Mai 1983 et représente la première étape à franchir pour mener cette activité. Ensuite, il faut que l’exploitant constitue un dossier qu’il doit déposer au niveau de la direction départementale des mines. Après cela, nous renvoyons le dossier au niveau du ministère des mines qui délivre à l’exploitant une attestation d’exploitation de site », fait savoir le Directeur départemental des mines du Mono-Couffo, Simon Kotinou. Aprèscette étape, il faudrait selonTognissoundéHouessou, que l’exploitant acquiert la terre où se trouve le gisement. Ce système consiste selon elle, à louer la terre auprès de tierces personnes qui en sont propriétaires afin d’exploiter le gisement qui s’y trouve. « Le coût d’acquisition varie selon les cantins depuis quelques années et la nature des graviers se trouvant sous le sol. Il est actuellement de 200.000 FCfa. La location consiste à laisser temporairement une superficie donnée de terre à une autre personne contre une somme d’argent. Le locataire est ainsi autorisé à exploiter le gravier contenu dans le sol et à effectuer le remblai au terme de l’exploitation afin de restituer au propriétaire qui peut l’utiliser pour faire de l’agriculture », confie-t-elle. Etant donné que le contrat n’est pas de durée déterminée, l’exploitant peut opérer sur cette terre autant d’années qu’il voudra. Ensuite, démarre l’exploitation de gisement de gravier proprement dite qui consiste à utiliser la pioche pour enlever les graviers du sous-sol. A ce niveau, il est à noter que cette étape exige de la force et est destinée aux hommes. Le produit qui y sort passe par un premier tamis pour sortir le gravier. Interrogé, Roger Gbènon, un des ouvriers du site, raconte que lorsqu’il creuse 4m/4 ou 3m/ 3 de graviers, il prend 10 mille francs cfa. La deuxième et dernière étape concerne le tamis, le lavage et la vente. A ce niveau, c’est surtout, la faible demande et le bas prix des gisements qui constituent les principales difficultés rencontrées par les exploitants. Ceux-ci sont obligés parfois de céder les graviers à bas prix en s’adonnant aux jeux de la concurrence. Malgré cela, l’exploitant paie des taxes à la mairie et aux groupements auxquels il appartient. « Ces groupements sont constitués des exploitants au niveau de chaque quartier. L’exploitant est tenu de payer une somme de 20.000 FCfa comme droit d’adhésion », fait savoir l’exploitante, TognissoudéHouéssou.

De graves conséquences

Comme toute activité, l’exploitation du gravier ne manque pas de difficultés. Plusieurs difficultés continuent de gangrener ce secteur encore soumis aux méthodes artisanales. Ces difficultés sont liées à de nombreux facteurs. Ainsi ceux qui désirent exercer cette activité sont obligés de se conformer à la réglementation relative à la loi 83-003 du 17 Mai 1983 portant code minier de la République Populaire du Bénin qui impose aux exploitants des étapes à franchir pour exercer l’activité d’exploitation des carrières de gravier. Il y a l’autorisation de prospection et le permis de recherches de substances de carrières. « Ces difficultés nous amènent à nous constituer en association. Et l’enregistrement à ce collectif devient alors une obligation à tout exploitant, puisqu’il lui confère la légitimité. Malheureusement à ce sujet, des problèmes surgissent. Soit les membres ne s’acquittent pas de leurs taxes, soit les fonds cotisés sont détournés par le bureau directeur. Des fois, le peu qui est versé pour les dommages causés à l’environnement est utilisé par l’autorité à des fins non élucidées », déplore l’exploitante TognissoundéHouéssou. Outre ces maux, l’exploitant des ressources minières assiste impuissamment à la dégradation de l’environnement qui est causée par son activité. Ainsi, l’exploitation de gravier provoque selon l’environnementaliste, Germain Sacramento, l’ensablement des plans et cours d’eau et la stérilité des sols. Aussi, la présence des trous d’excavation parfois couverts d’herbes constitue-t-elle selon lui, des dangers pour les populations et les animaux. « Les terres agricoles se lessivent à cause des espaces occupés par les carrières mais également par la dégradation des surfaces cultivables du fait de l’érosion des rebus. Il est presque impossible aux conducteurs de véhicules de traverser et d’atteindre leurs domiciles facilement dans ces zones », constate-t-il. Pire, renchérit-il, en saison pluvieuse, de nombreux cabris perdent leurs vies en tombant dans ces trous. « Lorsque les cabris tombent dans ces trous, ils meurent automatiquement. Imaginez si c’était un enfant, qu’en sera-t-il ? Il est également difficile pour les services de l’Ign de lotir ces zones », ajoute-il. Outre ces difficultés, l’exploitation de gravier est un travail qui rend malade les acteurs surtout les ouvriers qui sont obligés de prendre des médicaments de sources douteuses et qui pourront agir plus tard sur leur santé. De plus, ils contractent des maladies telles que le paludisme, la fatigue générale et l’hernie. Aussi ces ouvriers risquent-ils souvent des accidents mortels tant au niveau de l’extraction, qu’au niveau du chargement et déchargement de gravier. Face à ces conséquences, il urge que l’Etat réorganise ce secteur. Il faut également qu’il procède à la restauration des sites d’exploitation de graviers dans les départements du Mono et du Couffo. Pour l’ex-maire de Lokossa, DakpèSossou, la ville de Lokossa risque de disparaître si rien n’est fait. "Si rien n’est fait, d’ici une dizaine d’années, la ville de Lokossa risque d’être définitivement rayée de la carte pour laisser place aux sites d’exploitation de gravier", met-il en garde avant d’appeler tous les acteurs à cesser cette activité dans les zones d’habitation.

Claude Ahovè (Br Mono-Couffo)

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