Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. Et le groupe Fred Houénou aura donné l’exemple le mardi dernier en drainant à son point de presse, une impressionnante délégation de membres du gouvernement de l’ère du changement et de conseillers de la République. Tous travaux cessants, Issifou Kogui N’Douro, Candide Azanaï, Amos Elègbè, Alexandre Hountondji et bien d’autres barons du régime du Changement ont pris part à la sortie médiatique du jeune grand orateur Fred Houénou. Cette présence massive de personnalités appelle quelques réflexions. D’abord, le niveau du débat contraste avec la présence de ces personnalités du pays. N’y a t-il vraiment pas quelqu’un d’autre dans ce gouvernement pour jouer ce rôle et renvoyer ces jeunes au second plan ? Que sont allés chercher les ministres, conseillers de la République et certains hommes de l’ombre du chef de l’Etat à la messe des jeunes de la mouvance sur le dossier Icc-Services ? Si leur présence était vraiment nécessaire, il faut désormais justifier le fait que ce soit les jeunes qui parlent en leur nom. Déjà dans la même journée, Me Adrien Houngbédji regrettait qu’on ait laissé Rachidi Gbadamassi lui répondre alors que le gouvernement regorge de cadres politique valables. Et même si nul ne sera de trop pour appuyer l’Exécutif dans cette crise Icc-Services, il messied de mélanger torchon et serviette. Les chantres du Changement sont certes libres d’envoyer tout le monde au front, mais doivent savoir trier les valeurs pour ne pas tomber dans le ridicule comme ce fut le cas mardi dernier. Dans un mauvais casting des rôles, des ministres de la République tenus en respect, suivaient religieusement le message qu’ils auraient transmis à ces jeunes. Quel objectif voulait-on atteindre en procédant ainsi ? Difficile de le dire. Surtout que l’image ne communique pas et tend même à dévaluer les hautes fonctions de la République. A quel jeu joue-t-on quand on envoie des jeunes en mission pour les suivre de loin ? D’ailleurs, ces personnalités de l’Etat alignées devant les jeunes conférenciers donnaient l’air d’étudiants en quête de connaissance. Pourtant, c’est le contraire qui aurait été la norme pour la crédibilité de l’information. Mais, il y a mieux. Outre le fait que les initiateurs de la stratégie soient passés à côté, il y a le choix des orateurs qui ne permet pas aussi de prendre au sérieux le gouvernement dans sa contre-attaque. Eu égard au passé relativement sombre de certains orateurs, la capacité des autres à convaincre leur vis-à-vis a pris un coup. Sans compter que la présence de ces autorités au sommet de l’Etat en ce moment gêne beaucoup. On se rappelle que deux au moins d’entre ces jeunes avaient été hostiles au changement, l’ont combattu dans tous les sens jusqu’en 2006 et même après. Ils ont œuvré jusqu’au dernier moment pour la révision de la constitution afin d’aider le président Mathieu Kérékou à s’éterniser aux affaires. Un autre appartenait à l’opposition jusqu’à la désignation du candidat unique de l’Union fait la Nation pour 2011. Le candidat qu’il soutenait n’ayant pas été choisi, il est contraint de rejoindre le pouvoir. Pouvait-on déjà lui faire confiance au point de lui confier un si grand rôle et en y mêlant les ministres et autres grands conseillers de la République ? C’était le pas de trop franchi.
Jean-Christophe Houngbo
(Br.Ouémé-Plateau)