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Grâce au Financement basé sur les résultats (Fbr):La zone sanitaire de Banikoara, la référence du Septentrion

Le Financement basé sur les résultats (Fbr) dans le secteur de la santé, volet Banque mondiale tire inexorablement à sa fin. Dans la zone sanitaire de Banikoara qui fait partie intégrante des 8 premières zones au sein desquelles l’approche a été expérimentée, des performances sont enregistrées. Elles ont fait des centres de santé et de l’hôpital de zone, une référence au plan sanitaire dans le Septentrion.

Les merveilles du Financement basé sur les résultats (Fbr) dans la zone sanitaire de Banikoara forcent l’admiration. Depuis février 2012 que ladite zone a signé le contrat de partenariat avec l’Unité de coordination du Programme de renforcement de la performance du système (Prpss), une amélioration s’est observée dans la qualité des services offerts. Ceci, à travers le système de vérification mensuelle de la quantité des prestations, l’évaluation de la qualité des soins et services et les crédits Fbr virés de façon trimestrielle dans les comptes des formations sanitaires. En effet, tout au début de l’initiative, le système de santé mis en œuvre dans cette zone sanitaire ne répondait pas toujours aux besoins des populations. Selon le médecin coordonnateur, Vidékon Odjou, les indicateurs quantitatifs et qualitatifs n’étaient pas reluisants. Par exemple, les taux de recours aux soins, d’accouchement assisté et de Consultation postnatale (CpoN) étaient respectivement de 37%, 59% et 12%. Aussi, a-t-il relevé l’insuffisance des Ressources humaines, matérielles et financières dans certaines formations sanitaires, les difficiles conditions de travail des agents de santé, le faible niveau d’hygiène, la non-clôture de certains Centres de santé, l’indisponibilité de l’énergie électrique ou du dispositif de relais. En dépit des stratégies que le Ministère de la santé et les Partenaires techniques et financiers (Ptf) ont développé et mis en œuvre pour résoudre ces problèmes, les résultats étaient non satisfaisants. Ceci, à cause des actions qui ne visent pas souvent des résultats dans les centres de santé, de l’inexistence de la redevabilité ou de la reddition de comptes vis-à-vis de la communauté, de l’insuffisance de responsabilisation du personnel et du climat social souvent délétère du fait des mouvements de débrayage dans le secteur, l’inadéquation des actions mises en œuvre avec les besoins des communautés et la faible implication des communautés dans la gestion des formations sanitaires, traduit par le non-fonctionnement voire l’inexistence des Comités de gestion des centres de santé (Cogecs).

Le Fbr, une opportunité

04 ans après la mise en œuvre du Fbr (en 2016), la zone sanitaire Banikoara fait parler d’elle. Top score qualité, l’hôpital de zone est aujourd’hui le meilleur des hôpitaux de zone bénéficiaires des crédits du Financement basé sur les résultats (Fbr). Avec un personnel qualifié, cet hôpital reçoit en moyenne 60 patients par jour pour une capacité d’accueil d’environ 100 lits. Il offre tous les services de soins aussi bien aux populations riveraines que frontalières.

Les soucis de la non-amélioration du plateau technique, de mauvaises conditions de travail et de motivation personnelle des agents dans la zone sanitaire Banikoara sont conjugués au passé. A en croire le médecin coordonnateur, les supports de données sont désormais mieux tenus, les agents de santé sont motivés plus que par le passé et l’on assiste à une meilleure performance des formations sanitaires. Thèse confirmée par les agents de santé et les usagers rencontrés à l’Hôpital de zone de Banikoara et dans les Centres de santé de Gomparou et de Goumori. C’est le cas de dame Noura Orou-Yari, usager de l’hôpital de zone. « Je suis à ma 6ème grossesse. Les cinq premiers enfants sont nés dans cet hôpital. Je peux vous dire que changement, il y a vraiment car avant, les services n’étaient pas aussi bien organisés », a-t-elle confié. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, à la maternité, la sage-femme discute bien avec moi. Elle prend même mon adresse et parfois m’appelle pour me rappeler que je dois venir en consultation ». Une autre, Amina K., a avoué avoir abandonné le centre de santé de son arrondissement pour l’hôpital de zone à cause de l’attention que réservent les sages-femmes aux femmes en état de grossesse. « La sage-femme me donne des conseils pour la vaccination des enfants et surtout l’alimentation », a-t-elle reconnu.

A ces performances qui ne laissent personne indifférent, s’ajoutent la bonne couverture des prestations et l’amélioration continue de la qualité des soins. En témoignent les indicateurs de la mère et de l’enfant de 2012 à 2015. Par exemple, le taux de la Consultation prénatale (Cpn) a atteint 81% en 2015 contre 79,9% en 2014, 75,7% en 2013 et 71,3% en 2012. Il en est de même pour les accouchements. De 57% en 2012, le taux n’a cessé de grimper pour se retrouver à 64% en 2015. Par ailleurs, la capacité de gestion des agents s’est vue renforcée, notamment sur le leadership et le management avec élaboration des Business plan (Bp) pour une meilleure consommation des crédits Fbr pour le fonctionnement. Quant à la proportion des formations sanitaires disposant de personnel qualifié selon les normes requises, il est souligné que 43,75% de celles-ci disposent de personnel qualifié contre 20% en 2014 et 6,66% en 2012 et 2013. Cette amélioration s’explique par la possibilité, grâce aux crédits Fbr, de faire des contrats de prestation avec les agents. Ce taux est resté néanmoins faible en raison de la pénurie en agents qualifiés dans le pays mais surtout de la réticence des agents à servir en zone éloignée.

L’équipement des Fosa, un avantage

Grâce aux crédits Fbr (40 341 058 FCfa en 2012, 143 590 177 FCfa en 2013, 59 977 413 FCfa en 2014 et 36 901 012 FCfa en 2015), des équipements ont été acquis par la zone sanitaire pour renforcer le plateau technique et offrir des soins qui étaient impossibles avant 2012. A l’hôpital de zone de Banikoara par exemple, un appareil d’électrophorèse, un automate d’hématologie, quatre concentrateurs d’oxygène à double sortie 10 litres et un appareil de photothérapie ont été achetés. Aussi, la formation sanitaire a-t-elle acquis un aspirateur électrique, un analyseur d’ions, un appareil de préparation d’eau de javel, une centrifugeuse à hématocrite, une centrifugeuse à 12 godets, deux machines à laver de 12 Kg et un groupe électrogène de 20 Kva. Le Centre de santé communal a aussi bénéficié d’équipements médicaux dont un stérilisateur, un spectrophotomètre, un réfrigérateur, un ordinateur de table avec unité centrale et imprimante et un bain-marie. Tout ceci a permis de mettre en service un laboratoire d’analyses bio médical opérationnel au grand bonheur des populations.

Les bonnes pratiques observées

Des initiatives personnelles ont été entreprises par les formations sanitaires de la zone sanitaire de Banikoara en l’occurrence l’hôpital de zone. Ces dernières ont contribué à faire de l’hôpital de zone, le top score qualité du Septentrion. Il s’agit du recours au contrat de prestation pour combler le déficit en personnel qualifié en vue d’assurer la continuité des soins dans les centres de santé et l’introduction d’un forfait pour les interventions gynéco-chirurgicales à l’hôpital de zone de Banikoara en juillet 2013. Cette dernière pratique satisfait les clients, aussi bien à l’externe qu’à l’interne. A ces deux pratiques s’ajoutent l’informatisation de la caisse pour une meilleure transparence dans la gestion des ressources financières, l’affichage de la grille tarifaire aussi bien à l’entrée de l’hôpital qu’au niveau de la caisse évitant ainsi les rançonnements et la surfacturation et la volonté manifeste du Directeur de l’hôpital de zone, l’adhésion du personnel, le soutien des supérieurs hiérarchiques, de l’Equipe d’encadrement de la zone sanitaire (Eezs) et du conseil de gestion de l’hôpital.

Serge Adanlao

Quelques impressions

Le maire de Banikoara, Sarako Bio Tamou :« Nos agents de santé font la fierté de la Commune »

« …Grâce au Fbr, nos agents de santé font la fierté de la Commune de Banikoara. Les Centres de santé ont doublé leur score en l’intervalle de 4 ans. Quant à l’Hôpital de zone sa performance était passée de 49,81% en 2012 à 95,24% en 2015 et ne cesse de progresser jusqu’à présent. Dans le but de prévenir les maladies, de réduire la mortalité infantino-juvénile le Fbr a permis l’amélioration de l’implication et de la prise en charge des relais communautaires dans la référence à temps des femmes enceintes, des accouchées récentes, des enfants à vacciner ou malades graves. Le rôle du Coges n’est pas à négliger vu son importance dans les sensibilisations de la population, son rôle de médiateur entre la communauté et les formations sanitaires et son implication dans le règlement des conflits »

Bachirou Taïrou, Directeur exécutif Bcd Ong : « L’accueil et la qualité des agents sont à améliorer »

« Nous sommes chargés de la contre-vérification de la qualité des soins offerts aux populations. Nous recherchons les patients dans la population pour les interroger sur les soins à eux administrés. Depuis 2013 que nous avons commencé, la qualité des soins s’est améliorée du fait que les agents de santé savent qu’ils sont suivis. Quelques poches relatives à l’accueil, la qualité des agents de santé et l’assainissement de certains Centres de santé sont cependant à améliorer ».

Koffigan Gadézouhoin, responsable service urgence-Tri de l’Hz de Banikoara : « Que le Fbr nous aide à disposer de morgue et d’ambulance »
« Le Fbr a changé le visage de la plupart des hôpitaux. L’hygiène est chose effective. Le personnel est motivé à mieux faire le travail. Dans les hôpitaux qui ne sont pas pris en charge par le Fbr, les agents s’habillent de façon désordonnée ce qui n’est pas le cas ici chez nous. Nous souhaiterons que le Fbr nous aide à disposer d’une morgue et d’une ambulance ».

Ayssathou Lafia, présidente du comité de santé de l’hôpital de Banikoara :
« …Le Fbr, c’est pour nous un vrai soulagement »
« Il y a 3 ans de cela, l’hôpital n’était pas dans le même état. Aujourd’hui, on peut dire qu’il a quelques améliorations. Dans le domaine de la qualité des soins et de l’accueil des patients, il y a trois ans, l’accueil était décrié.Il y avait beaucoup de plaintes. Les prestations aussin’étaient pas de qualité parce qu’il n’y avait pas beaucoup d’agents de santé qualifiés. Là où on devait avoir une sage-femme, il y a une infirmière. Mais aujourd’hui, nous avons constaté avec le Fbr qu’il y a renforcement du personnel qualifié et aussi du matériel médico-technique qui a été acquis. C’est pour nous un vrai soulagement. Sincèrement, il y a beaucoup de choses qui se sont améliorées dans cet hôpital. Je salue aussi le leadership du Directeur actuel grâce à qui ces changements sont aujourd’hui visibles ».

Ali Oroukoura, Pdt Cogecs Kokey : « Avec le Fbr, les patients peuvent se soigner et payer après »

« Le Fbr est une bonne chose pour la Commune de Banikoara. Dans tous les Csa, les agents de santé effectuent un bon travail. Les patients sont satisfaits de l’accueil et du prix. Sans argent, ils peuvent se faire soigner d’abord et payer après. Avant le Fbr, le coût des soins était très élevé. Maintenant, le coût est abordable. Il y a aussi l’ordre dans les formations sanitaires ».

Propos recueillis par S.A

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