Accueil > OPINIONS >

Où est l’Afrique ?

Si nous sommes tombés si bas, entend-on souvent, c’est parce que nos politiciens ne sont pas à la hauteur. Nos gouvernants seraient tous obsédés par leur propre réélection. Leur sens de l’Etat n’étant plus ce qu’il était, ils se garderaient, sitôt assis sur leur auguste fauteuil, de bouger une oreille, de peur d’effaroucher le bon peuple à moitié endormi. Tous des pleutres !

Vendredi matin, un officiel américain s’est permis de dénoncer « la lenteur inacceptable et tragique de l’armée nigériane » dans la recherche des jeunes filles enlevées. Une armée dont la 7e division a peur d’affronter Boko Haram dont les hommes sont aussi sanguinaires que l’a pu été l’armée. L’impéritie de la gouvernance au Nigéria s’est en effet, traduite par une aporie avouée face à Boko Haram. La sollicitation d’appuis militaires et stratégiques étrangers pour venir à bout d’une secte de barbares et d’islamistes fondamentalistes attardés et le grotesque du sommet sur la sécurité du Nigéria, qui a réuni ce week-end à Paris, autour de François Hollande, les Chefs d’Etat du Bénin, du Niger, du Tchad, du Cameroun et du Nigéria ont fini de ridiculiser la puissance factice du Nigéria.
Peut-on être le pays le plus peuplé et le plus riche d’Afrique, la première économie du continent et ne pas être capable de sortir des griffes de leurs geôliers jihado-mafieux, les lycéennes enlevées dans leur dortoir par Boko Haram depuis le 14 avril dernier ?
Payer pour l’incurie de l’armée et la démission de l’Etat ; telle est la terrible histoire des adolescentes enlevées à Chibok. Les autorités semblent au mieux impuissantes, au pire, indifférentes. Goodluck Jonathan, semble tétaniser, comme peut laisser accroire l’annulation de sa visite vendredi à Chibok, la ville martyre située dans l’Etat de Borno.
L’émotion est planétaire et vive. Une émotion théâtralisée, juste pour donner le change. Des adolescentes auraient été emmenées au Cameroun et au Tchad voisins et vendues pour certaines, contre une dizaine d’euros, à des combattants de Boko Haram pour leur servir d’ « épouses ». De tels crimes étaient commis dans les années 1990 en Algérie, lorsque les jihadistes du GSPC enlevaient de jeunes filles pour des « mariages temporaires ».
Boko Haram, dont la traduction crypto-littérale signifie « l’éducation occidentale est un péché », dans la langue locale, le Haoussa, est un groupe islamiste et une organisation terroriste obscurantiste basée dans le nord-est du Nigeria, le nord du Cameroun et du Niger. Boko Haram est présent au Nigeria depuis 2002, mais la violence et les attaques ont commencé à s’aggraver en 2009. Le principal objectif de ce groupe est d’établir un Etat islamique « pur », régi par la charia ; pour ce faire, il cherche à déstabiliser cette région du pays jusqu’à Abuja, en frappant ce qu’il considère comme anti-islamique comme les écoles, en particulier l’éducation des filles. En 2013, le gouvernement nigérian a déclaré l’état d’urgence dans trois Etats du nord-est : Borno, Yobe et Adamawa. Il vient d’ailleurs d’être renouvelé pour six mois, mais il est tourné en ridicule par la version en âge de la pierre taillée, des taliban Afghans.
Boko Haram, secte qui s’est transformée en groupe plus mafieux que religieux à partir des années 2009, est responsable de plusieurs milliers de morts par attentats dans le pays, dont plus de 1 500 depuis janvier 2014. Le Nigéria n’a pas le monopole du ridicule tragique sur le continent. Hélas !
Pour ce qui est de l’Algérie par exemple, tout a été dit et montré. Il y a des équilibres à maintenir et des privilèges à sauvegarder. Si ce pays était moyennement riche, il aurait été certainement plus juste, plus prospère, moins prévisible. Mais, on sait que le gaz et le pétrole sont des excréments du diable.
Ni honte ni pudeur. C’est ainsi. Certains citoyens se plaignent de la mauvaise image qui colle à la peau de l’Afrique. L’amalgame est vite fait.
Pendant ce temps-là, le pouvoir égyptien prononce des condamnations à mort, en gros, contre des islamistes comme s’il annonçait la météo. L’espoir est froissé, piétiné, et les peuples souffrent.
Al-Sissi, lui aussi, veut être « élu » président de la République. Pour cela, il s’est autoproclamé maréchal ! C’est fou ce que le pouvoir peut rendre stupide et cruel. Maréchal ! Et pourquoi pas Prix Nobel de la paix ? Après tout, l’ex-général Al-Sissi a expulsé les Frères musulmans du pouvoir et mis en prison des milliers. Il l’a fait dans le sens de rétablir l’autocratie militaire en Egypte. Non, il fallait montrer sa force et faire condamner à mort de simples opposants. Je ne sais pas si les sentences seront exécutées, mais si l’armée donne l’ordre de fusiller des opposants, c’est le meilleur moyen d’ouvrir les vannes à une guerre civile.
Tout cela sent mauvais et n’annonce rien de bon. Le chemin de la paix, la vraie, celle qui s’ouvre sur la modernité, sur l’émergence et la reconnaissance de l’individu, est long. Ni la patience ni le courage ne manquent aux peuples africains. Mais combien de temps durera ce cauchemar qui n’épargne personne et détruit tout sur son passage ?
Face à la barbarie, la démocratie est souvent démunie.

Winner Abbecy

PLUS D'ARTICLES