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Prolifération des morgues traditionnelles:Un casse-tête pour les autorités

La prolifération des morgues traditionnelles dans les coins et recoins des départements du Zou et des Collines est devenue depuis des années un casse-tête pour les autorités politiques et administratives qui coiffent cette région du centre-Bénin. Une série de sensibilisations citoyenne, sur fond de menaces de fermeture de ces morgues hors normes, n’a guère émoussé l’ardeur des promoteurs qui en créent davantage tous les jours.

Les morgues traditionnelles sont-elles devenues des scorpions ? Tout-porte à le croire. Sinon, comment comprendre, qu’après des séances de sensibilisation, empreinte de menaces de fermeture pendant un bon moment, les promoteurs de ces funérariums traditionnels, au lieu de fermer baraque, continuent d’en créer sans être réprimer. Les autorités en l’occurrence, le préfet du Zou et le Directeur départemental de la santé (Dds), les principaux meneurs de cette lutte ont-ils été mordus par ce scorpion ? Leur silence traduit parfaitement ce constat. L’on se souvient encore de ces multiples sorties de l’ancien préfet, Armand Maurice Nouatin et de l’ex-Dds, François Kossouoh, soutenus par la conférence administrative départementale (Cad). Au cours d’une tournée, ils ont inventorié ces morgues puis donné un moratoire à leur promoteur quant à leur fermeture. Mais depuis lors, plus rien. Tout ceci était assimilable à une fanfaronnade puisque, ni le Dds, ni le préfet n’a pu prendre un acte administratif pour passer à la vitesse de croisière et fermer ces morgues créées sans autorisation au préalable. Vous me diriez que les vrais acteurs de la lutte ne sont plus au poste. On est d’accord. Mais n’oublier pas que l’Etat est une continuité. Donc ceux qui sont là actuellement devraient poursuivre et aller jusqu’au bout. Mais apparemment, ce dossier semble être classé définitivement parce que les nouvelles autorités (Dds et préfet) du département ne s’en préoccupent guère. Selon les indiscrétions, elles se méfient de ce dossier et refusent d’y mettre le doigt au risque de se mordre. Les promoteurs des morgues traditionnelles ont-ils finalement le dessus ? Personne pour le moment ne peut le dire. Ainsi, nous avons poussé notre curiosité loin afin d’en savoir plus. Approché, l’autorité préfectorale du Zou, Firmin Aimé Kouton, a confié que la balle est dans le camp du procureur de la République près le tribunal de première instance d’Abomey. A l’en croire, c’est lui qui devrait, par une décision de justice, ordonné le retrait des corps de ces morgues pour inhumation dans une fosse commune et la fermeture des funérariums hors normes. Si possible, enclencher des procédures judiciaires contre ces personnes.

L’environnement des morgues traditionnelles

Le monde des morgues traditionnelles laisse à désirer au point, qu’il interpelle aussi bien les promoteurs et les clients que les autorités sanitaires. Dans les départements du Zou et des Collines on dénombre d’une quinzaine de morgues traditionnelles qui fleurissent au grand bonheur pécuniaire des responsables de ces établissements de recel de cadavres. Dans la plupart des localités qui les abritent, ces morgues se présentent en une pièce de 16 m2 en moyenne. Elles disposent, d’une espèce de couchette bâtie en dure sur laquelle les corps nouvellement réceptionnés reçoivent des soins. Le personnel des morgues traditionnelles est souvent constitué des jeunes et des personnes âgées qui jouent des rôles bien définis dans l’entretien des cadavres, l’entreposage et le suivi. Ce sont des agents qui pour la plupart versent dans l’alcool, et sans vergogne se plaisent dans la manipulation des corps. D’aucuns disent qu’ils ont des pouvoirs surnaturels et communiquent avec les morts et ont de l’emprise sur l’au-delà. Un tour dans plus d’une dizaine de ces morgues traditionnelles et l’effroi et la tourmente se sont emparés de nous. Des cadavres en putréfaction sont entassés dans des pièces et dégagent des odeurs intenables. Tenez-vous tranquille, des miasmes envahissent et repoussent à l’ouverture des chambres qui accueillent les corps. Le constat est désolant et à la limite effroyable. Certains qui ont l’habitude de visiter ces lieux parlent d’une bombe à retardement qui guète les populations. « Un mal de société, un danger public qui risque d’affecter et d’emporter toute une génération s’y rien n’est fait » averti, Yvonne Kpalica, une cohabitante de la morgue traditionnelle d’Avogbana. Ces pompes funèbres atypiques qui opèrent en toute illégalité sous le couvert des Organisations non gouvernementales (Ong) sont installées en pleine agglomération dans les Communes d’Abomey, Bohicon, Djidja, Agbangnizoun, Za-Kpota, Dassa-Zoumè. Elles hébergent des cadavres pendant deux à trois années. Ces corps desséchés et décharnés sont rendus méconnaissables du fait des traitements et manipulations de toutes sortes qu’ils subissent dans ces établissements de type exceptionnel. Le promoteur de la morgue traditionnelle dénommée « Silébo » d’Avognana (Bohicon), Mathias Singbé, en dépit des mises en garde des autorités, implore leur clémence pour continuer à exercer cette activité. Il a déclaré détenir des actes administratifs signés par le préfet d’alors, ce qui lui permet d’opérer en toute tranquillité. « Un cadavre entreposé dans la morgue « Silébo » rapporte en moyenne 25 mille F Cfa le mois », a déclaré le promoteur de morgue, Mathias Singbé. La particularité est que ces morgues ne disposant pas de chambres froides, elles n’utilisent donc pas de l’énergie électrique de la Sbee. Du coup, elles baissent les coûts et soumettent à rude concurrence les morgues modernes.
Un traitement affligeant pour les cadavres

D’une morgue traditionnelle à l’autre, les pratique sont les mêmes à quelques exceptions près. Dans ces funérariums, on observe une sorte de momification des corps. De l’injection des produits chimiques de toutes sortes, du formol, de l’acide-hydro mélangé à des mixtures de produits traditionnels. Chacun y va de son gré dans ces morgues traditionnelles. Au niveau de la morgue de Dilly dans la Commune Agbangnizoun, nous avons vu des corps attachés, enrôlés dans des linceuls et empilés dans une petite pièce. « Ces cadavres ont déjà fait plus de deux ans et personne n’est venue chercher », a déclaré le gardien de la maison.

Source de transactions d’organes

De l’autre côté, les parents des défunts, ceux-là qui déposent les corps de leurs parents décédés dans ces morgues justifient la situation par le fait que la procédure est moins contrayante et que le coût est à la portée de leur bourse. « Il n’y pas de place dans les morgues modernes, c’est ce qu’on nous dit chaque fois ; donc les morgues traditionnelles nous soulagent beaucoup », a laissé entendre un client qui a déposé le cadavre d’un proche dans une de ces morgues. Les indiscrétions font également état de ce que dans les quartiers qui hébergent ces établissements de pompes funèbres, des manipulations malsaines à des fins de commerce sont faites sur des cadavres à la faveur de la nuit. Certains promoteurs sont aussi accusés de vider les cadavres de leurs viscères et autres organes pour conserver pendant longtemps les cadavres. Les morgues traditionnelles constituent une source de transactions d’organes. De sources concordantes, il est vérifié que des prélèvements d’organes s’opèrent sur les cadavres, surtout ceux-là qui sont destinés à faire un long séjour dans ces morgues. Ces organes humains alimentent le marché noir et sont vendus à des coûts onéreux. Les prêtres de divinités, féticheurs et les personnes qui exercent dans l’occultisme échangent et commercialisent dans un réseau à vase clos, où des organes humains sont arrachés dans ces morgues et servent entre autres dans la magie noire. Des allégations, que Mathias Singbé, balaie du revers de la main. Selon lui, la mémoire du défunt est respectée. A cet effet, des dispositions sécuritaires sont prises pour éviter la profanation des corps. Au regard de tout ce qui précède, l’Etat, à travers le ministre de la santé et celui de la justice doit agir vite et maintenant afin d’éviter que ce commerce ne s’enracine comme l’essence de la contrebande.

Zéphirin Toasségnitché

Houénouxo

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