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Relation entre les hommes et les animaux :Le cheval, un fidèle compagnon du Batunnu

Domestiqué par les êtres humains, le cheval reste et demeure un animal sauvage. Malgré son état d’animosité, le cheval est devenu très lié à la culture du peuple Batunnu dans le nord du Bénin. Par ailleurs, le cheval est également un fidèle guerrier, compagnon, partenaire de sports et loisirs. L’animal est plus que vénéré par les Batunnu.

Appelé « Douman » en langue Bariba, le cheval constitue pour ce peuple, l’animal le plus adoré. Selon la plupart des sages et notables de cette ethnie, le cheval a positivement marqué l’histoire de ce peuple. Selon certains d’entre eux, le cheval est demeuré depuis des lustres, le fidèle compagnon qui incarne la gloire et l’honneur du Batunnu. Cet attachement au cheval à bel et bien un sens. Pour le prince Wasangari, Zakari Boni et cavalier-propriétaire d’un cheval au quartier Gare dans la ville de Parakou, la plupart des chevaux rencontrés dans la cité des Kobourou et ses environs, viennent du Niger. Selon ce prince Wasangari, Secrétaire général des cavaliers de cette cité, c’est au Sahara que le grand nombre de chevaux se retrouvent, mais à l’état sauvage. Sans s’être jamais rendu dans le Sahara pour toucher du doigt cette réalité, il a, tout de même, laissé entendre que le prix d’achat d’un cheval moins coûteux avoisine 300 000 FCFA. Par contre, le cheval à pelage blanc ne s’obtient pas à moins de 1 500 000 FCFA. C’est d’ailleurs l’espèce la plus convoitée par tout prince Wasangari. Quant à l’obtention des équipements entrant dans le cadre de son habillement (la selle, les rênes, les étrillés, les tapis) s’acquièrent au Nigéria. Il a fait savoir que certains accoutrements de l’animal sont confectionnés sur-place à Parakou par un couturier d’origine Togolaise. A en croire ce cavalier, ce sont les princes Wasangari qui ont intégré le cheval dans la culture du peuple Batunnu. Feu Chabi Mama a été cité comme étant l’un des premiers cavaliers de Parakou à importer et à promouvoir les chevaux dans la cité des Kobourou.

Ce que représente le cheval pour le Batunnu

En milieu Bariba, le cheval occupe une place capitale pour le déroulement de toute cérémonie culturelle. Pour certains cavaliers, sa présence au sein d’une concession constitue une protection en matière d’envoûtement. Ce serait l’une des raisons pour lesquelles la vie du cheval tient trop à cœur au Batunnu. D’après plusieurs témoignages proches de la cour royale de Parakou, le cavalier considère le cheval comme sa première femme en raison de son attachement à sa culture. Toujours selon le prince Zakari Boni, c’est grâce au cheval que le prophète Mahomet a pu faire la guerre de l’Islam. Il a aussi rappelé que cet animal a servi de moyen de locomotion aux Wasangari lors des guerres interethniques ou de conquête des dynasties. « Grâce à cet animal, nos parents allaient très loin pour conquérir davantage de territoires », a-t-il déclaré. Selon lui, c’est d’ailleurs ce qui justifie le fait que le royaume de Nikki est considéré aujourd’hui comme un empire. Par ailleurs, le prince Zakari Boni a indiqué que cet animal est prestigieux et donne une certaine considération et donc de l’estime à son maître, surtout quand celui-ci sort, bien habillé avec son cheval. Parlant des sales temps de l’animal, il a fait savoir que le cheval, lorsqu’il est fâché, peut devenir un danger pour tout être humain et même pour son maître surtout si ce dernier le brutalise. Pour le ramener à de meilleurs sentiments, il suffit de le tapoter sur la tête. Par contre, pour relancer l’animal au rythme de la volonté du cavalier, il faut le « péroner ». Mais lorsqu’il est bien dressé, le cheval n’a pas besoin d’être « péroné » pour répondre à la demande de son maître, ont précisé des cavaliers de la région.

Coût très élevé de l’entretien d’un cheval

L’entretien du cheval tient beaucoup à cœur également à tout cavalier. La santé et l’embonpoint de l’animal font partie des occupations quotidiennes des propriétaires de chevaux ou des membres de leurs familles. Pour certains cavaliers de Parakou, cet entretien est coûteux et très pénible à supporter surtout en saison sèche durant laquelle il faut parcourir plusieurs kilomètres pour avoir la variété d’herbe consommée par ce mammifère. Selon le prince Zakari, le cheval ne devrait en principe pas appartenir aux pauvres. Car, les dépenses sont énormes pour ce qui concerne son achat mais aussi pour son alimentation. « En dehors de l’herbe fauchée qu’on obtient gratuitement en brousse pour le foin, le son de maïs et du mil s’acquièrent à grands frais auprès des femmes transformatrices de ces céréales en boisson locale, pâte et autres dérivés, au prix de 500 à 800 FCFA la bassine. Alors que ces substances nutritives pour les chevaux s’obtenaient gratuitement dans un passé récent dans nos villes et campagnes. Cela fait que tout le contenu d’une bassine de ces aliments est consommé en quatre jours au plus tard par un cheval », a-t-il laissé entendre. Quant au volet sanitaire de l’animal, le cavalier Zakari Boni a salué l’expertise des vétérinaires sur-place à Parakou, qui selon lui, assistent comme cela se doit les propriétaires de chevaux. Au nombre de ces derniers, le Docteur vétérinaire appelé Bankolé est l’un des pionniers qui œuvre inlassablement pour la bonne forme des chevaux à Parakou. Il n’a pas occulté l’officier Tassou de la cavalerie du 2ème Bataillon inters-armes (Bia) du camp Séro Kpéra de Parakou, qui, contacté n’a pu dire un mot en raison de son statut de militaire. Leur expertise permet d’enregistrer moins de pertes en vie de ces animaux.

L’animal comme un compagnon culturel du Batunnu

Sans cheval, il n’y a point de Gaani, une fête annuelle célébrée à Nikki et dans les autres localités du pays. C’est à cette occasion festive que les princes Wasangari font leur sortie à chevaux. Tout le parcours rituel du roi se fait à cheval. Outre cette phase importante de la Gaani, il y a la danse et la course aux chevaux qui rehaussent l’image de cette fête d’origine batunnu. De nos jours, plusieurs autres peuples l’ont adoptée avec évidemment la participation des chevaux. Boni Zakari a aussi confié que pendant la fête de la Gaani, les batunnu portent non seulement leurs regards sur l’accoutrement du cheval, mais aussi sur l’habillement du cavalier. Pour lui, un cavalier ne passe jamais inaperçu dans une localité en raison de son moyen de locomotion. Lors de la Gaani, a précisé Zakari Boni, le meilleur cheval est l’animal qui a bien dansé ou remporté des courses. Cela fait ainsi le bonheur de son maître. Le cavalier batunnu rencontré a laissé entendre que la ville de Parakou est de moins en moins animée en matière de sortie de chevaux. Au temps du roi Akpaki Dagbara, s’est-il rappelé, les occasions de sortie se multipliaient en fonction des déplacements du roi qui invitait régulièrement les cavaliers pour des tournées dans les villages. Il se désole du fait que les cavaliers de Parakou soient aujourd’hui sollicités par des hommes politiques durant les périodes de campagnes électorales moyennant de modiques sommes.

La viande de cheval n’est pas consommée par les princes Wasangari

Selon la tradition Bariba, la viande de cheval n’est pas consommable. Selon Zakari, l’animal, à sa mort, est enterré, à l’exception de la queue et de la tête qui sont retirées. La queue sert aussi aux guérisseurs traditionnels batunnu et aux chanteurs de la musique traditionnelle dans le pays. Quant à la tête, elle est souvent utilisée pour des pratiques de protection contre l’envoûtement. Toujours dans le même sens de la protection humaine contre le mauvais sort, le prince Wasangari a affirmé que l’accoutrement du cheval y participe.

Hervé M. Yotto & Alexis Ogoubi
(Collaboration)

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