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Religions endogènes au Bénin:Le Vodoun, une croyance décriée

Dans le royaume de Danxomè comme dans d’autres régions des départements du Zou et des Collines, le Vodoun est une croyance très répandue. Malheureusement, il est un sujet à polémique. Le concept Vodoun a été peint en noir et même de nos jours, évoquer cette divinité suscite mépris et peur. Or, aux yeux de ceux qui le pratiquent, le Vodoun n’est rien d’autre que Mahou Liassa, la représentation de dieu sur terre.

Selon Dah Houncassoudonon Ahinadjè, chef spirituel d’Agomè, le Vodoun est une religion propre à l’ancien royaume du Danhomè (actuel Bénin). D’après ses explications, il désigne l’ensemble des dieux ou forces invisibles auprès de qui les hommes sollicitent la puissance ou la bienveillance. Il est l’affirmation d’un monde surnaturel, mais aussi l’ensemble des procédures permettant d’entrer en relation avec celui-ci. Ces rites consistent notamment à entrer en relation avec un ensemble de dieux. Parti du Bénin, le Vodoun a été exporté dans le monde entier via la traite négrière. Le Vodoun, dira Eusèbe Adjamalè alias ‘’Eusart décor’’, peut être décrit comme une culture, un art, des danses, un langage, un art de la médecine, un style de musique, une justice, un pouvoir, une tradition orale et des rites. Pour sa Majesté Blomakpon, prêtre de Thron Kpétodéka, le Vodoun est un mystère très profond et insondable. De ses dires, on retient qu’il est une religion comme le christianisme ou l’islam qui prône l’amour du prochain, l’amour de sa patrie etc. Quand on parle de Vodoun, cela renvoie à « l’esprit saint. Selon les confidences de Dah Tamadaho Azilèmè, le panthéon Vodoun est donc composé de dieux dont la plupart sont l’incarnation ou la représentation de la puissance d’éléments de la nature ou de réalités plutôt abstraites. Ainsi, nous avons par exemple le Sakpata, dieu de la terre, le Hêviosso, dieu du tonnerre et de la foudre ou encore le Mami Wata, divinité des eaux. Toutes ces entités divines seraient directement ou non issues de Mawu et Lissa, incarnation des principes originels masculin et féminin. A cette panoplie s’ajoutent les divinités ‘’Dan’’ et ‘’Gou’’ Ces déités sont les principaux qui regroupent la religion Vodoun et leur appellation varie d’une région à une autre. Il est impératif de consulter l’oracle ou encore le « Fâ » pour se situer davantage sur la procédure à suivre dans l’exécution du culte. Le Vodoun, bien qu’il soit la religion de la majorité des Béninois, n’est pas nécessairement à la portée de tous.

Le contraste des statistiques

Les statistiques du recensement de 2002 ont révélé que 17% des Béninois pratiquent les religions traditionnelles alors que les chrétiens catholiques et protestants représentent 39% de la population contre 24% de musulmans. Une petite analyse pousse le chef spirituel d’Agomè à affirmer que dans la réalité, le culte vodoun est plus ouvert que les religions exotiques. A l’en croire, beaucoup de Béninois, même quand ils pratiquent déjà une autre religion, restent très attachés aux pratiques ancestrales. Ils participent aux cérémonies et y font recours en cas de nécessité, même s’ils ne le déclarent et l’assument ouvertement. En dépit de cette considération, le Vodoun est souvent marginalisé et même diabolisé à cause de certaines pratiques qui s’observent au sein de certaines confréries. Cependant, il n’est pas superflu de faire remarquer que certains adeptes de Vodoun s’engagent à nuire aux autres et ôtent des vies humaines. De par cette observation, on serait bien tenté de dire que le Mahou Lissa est un couteau à double tranchant. Mais très vite, les adeptes de Vodoun vont prouver le contraire. « Le Vodoun ne souhaite pas le mal de quelqu’un. Si on l’invoque avec raison, il agit positivement. Mais si on lui soumet un problème d’injustice visant à nuire son prochain, il n’accepte pas. Il y en a qui disent faussement que le Vodoun fait du mal. C’est plutôt des adeptes qui lui font recours à des fins destructrices », clarifie Dah Atogouinon, dignitaire de culte Vodoun. « Vous prenez quoi dans la cuisine pour couper les légumes ? C’est le couteau. Si vous prenez ce couteau pour aller tuer quelqu’un, on ne dira jamais que c’est le couteau qui a tué. C’est vous. Donc, le Vodoun est tranquille…. », renchérie Dah Aligbonon, prêtre du culte Vodoun à Houanwé. De ces propos, on déduit que le Vodoun ne nuit pas. Ce sont plutôt certains dignitaires, animés de mauvaise foi, qui se servent du Vodoun pour accomplir de sales besognes. Le Vodoun étant une valeur endogène, une valeur spirituelle et une valeur culturelle se veut alors un moyen de développement. « Il ne peut jamais y avoir de développement sans le Vodoun ici en Afrique », martèle Dah Aligbonon. Bien que certains aspects du Vodoun montrent des revers négatifs, il faut noter aussi qu’il a des perfections. Il urge alors que l’on travaille à changer la mentalité de ceux qui profanent le Vodoun. C’est pour valoriser ce patrimoine que le président Nicéphore Soglo a décrété le 10 janvier journée nationale du Vodoun.

Zéphirin Toasségnitché

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