A Beyrouth:Emmanuel Macron appelle les dirigeants libanais à «de profonds changements»

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En visite à Beyrouth après la double explosion qui a ravagé une partie de la capitale libanaise mardi 4 août, le président français a appelé ce jeudi à une « refondation d’un ordre politique nouveau » et à de « profonds changements ».

Emmanuel Macron n’a pas mâché ses mots lors des différentes étapes de sa visite à Beyrouth. « C’est aujourd’hui le temps des responsabilités pour le Liban et ses dirigeants », a déclaré le président français, premier chef d’État étranger à se rendre au Liban après les explosions qui ont ravagé des pans entiers de la capitale libanaise, faisant au moins 137 morts et 5 000 blessés. Il avait rencontré au palais présidentiel son homologue libanais Michel Aoun, le président du Parlement et le Premier ministre Hassane Diab. Ces deux derniers ont quitté la réunion l’air grave, sans faire de commentaire. Emmanuel Macron s’est aussi entretenu à la résidence de l’ambassadeur de France avec les représentants des grands partis politiques, y compris le Hezbollah, pro-iranien. Réunir autour d’une même table ces acteurs de la scène politique libanaise dont certains ne se parlent presque jamais était déjà en soi un succès, relève notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh.Le président français a appelé à un « nouveau contrat politique » et à de « profonds changements ». Il a insisté sur la nécessité de rebâtir l’union nationale. Bien que s’étant longuement attardé sur les questions politiques, Emmanuel Macron a souligné que l’urgence était d’abord l’aide après la catastrophe qui a frappé la capitale libanaise. Il a ainsi annoncé la tenue dans les « tout prochains jours » d’une conférence internationale. « Nous aiderons à organiser dans les prochains jours des soutiens supplémentaires au niveau français, au niveau européen », avait-il déclaré plus tôt. La France a déjà envoyé des secouristes et des médicaments. Le président français a annoncé l’arrivée jeudi prochain du porte-hélicoptères amphibie Tonnerre qui apportera médicaments, soignants et matériel.

 

Enquête internationale

 

Le président français s’est également déclaré favorable à une enquête internationale pour déterminer les causes et les responsabilités dans la double explosion. Cette position rejoint celles de personnalités de l’opposition libanaise. Le leader druze Walid Joumblatt a ainsi affirmé qu’il n’avait aucune confiance en une enquête locale ou en le gouvernement libanais. Le mufti sunnite, la plus haute autorité religieuse de cette communauté, a lui aussi appelé à une enquête internationale. Les dirigeants officiels, eux, n’ont pas réagi à cette demande, mais la ministre de la Justice a annoncé qu’elle aura recours aux services d’experts internationaux pour le conseil. Le gouvernement a lancé deux enquêtes – l’une judiciaire et l’autre administrative – qui doivent rendre leurs conclusions dans les cinq prochains jours. Ce jeudi soir, le procureur militaire Fadi Akiki a annoncé qu’au moins 16 fonctionnaires du port de Beyrouth et des autorités douanières ont été placés en détention dans le cadre de l’enquête. Il s’agit de « responsables du conseil d’administration du port de Beyrouth et de l’administration des douanes, et des responsables des travaux d’entretien et des (ouvriers) ayant effectué des travaux dans le hangar numéro 12 », où étaient stockées les tonnes de nitrate d’ammonium, a précisé le procureur militaire.

 

« Aidez-nous ! »

 

Plus tôt dans la journée, après s’être rendu au port de Beyrouth, totalement détruit, le chef de l’État français a fait face, à Gemmayze, un quartier dévasté, à une foule ulcérée vis-à-vis de sa classe politique, quasiment inchangée depuis la fin de la guerre civile (1975-90) et accusée de corruption et de négligence. « Le peuple veut la chute du régime », ont scandé des habitants, ce à quoi le président français a assuré qu’il allait demander à ses interlocuteurs officiels de « changer le système, d’arrêter la division […], de lutter contre la corruption ». « Aidez-nous ! Révolution ! », a encore scandé la foule, le président français prenant le temps d’échanger avec elle à plusieurs reprises, dans la cohue.

 

De nombreux disparus

 

Mardi, des explosions provoquées selon les autorités par 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées dans un entrepôt ont rasé quasi entièrement le port de Beyrouth, provoquant d’importants dommages dans la capitale. Des dizaines de personnes sont toujours portées disparues, mais un colonel de la sécurité civile française, engagé dans les recherches de disparus au port de Beyrouth, a estimé ce jeudi qu’il y avait encore de « bons espoirs » de retrouver « des personnes vivantes ». La colère des Libanais est d’autant plus grande que la cargaison de nitrate d’ammonium, une substance hautement inflammable, se trouvait au port depuis six années, « sans mesures de précaution » de l’aveu même du Premier ministre libanais. Emmanuel Macron a déjà indiqué qu’il reviendra à Beyrouth le 1er septembre pour faire un premier point d’étape de l’« indispensable sursaut », affirmant attendre des autorités libanaises des réponses claires sur leurs engagements.

 

rfi

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