Accès à l’électricité à Bonou:Les énergies renouvelables sauvent Adido

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Ein Hochspannungsmasten für Strom vor blauem Himmel und Sonnenstrahlen
Le gouvernement, dans sa détermination d’atteindre l’autonomie énergétique, accorde une place prépondérante aux énergies renouvelables. A côté de l’énergie thermique qui connaît de grandes réalisations, l’énergie solaire prend son envol. Dans la Commune de Bonou, les populations bénéficient déjà des retombées de cette politique. Une descente sur le terrain, le lundi 16 mars 2020, a permis de se rendre à l’évidence de ce que les énergies renouvelables sauvent le village de Adido depuis un an.
Lundi 16 mars 2020 ! Il est 12 heures. Un soleil accablant nous accueille à Adido, village enclavé de la Commune de Bonou, situé à 90 km de Cotonou. Le paysage est verdoyant et peuplé de quelques concessions. Le calme et l’air pur présageaient de ce qu’il y règne une atmosphère paisible. Les populations vaquent tranquillement à leurs occupations. La vie, elle est belle. En tous cas, pour Paul Kouton, un cultivateur rencontré dans les encablures de l’Ecole primaire publique de la localité. Le visage joyeux donnant l’impression d’avoir conclu une bonne affaire, il s’apprêtait à démarrer sa moto Bajaj quand nous l’accostâmes. Interrogés sur ce qui fonde sa joie, il nous confia, sans protocole, qu’il venait de régler sa facture d’électricité et qu’il en a profité pour acheter des unités pour créditer son compteur d’électricité à prépaiement. Et pourtant ! Il y a un an, il ne pouvait se permettre ce luxe. Le village n’était pas électrifié du fait de son éloignement de la voie Cotonou-Bonou-Kpédékpo. « Je suis ici depuis plus de vingt ans. On n’avait pas le courant électrique. Nous utilisions les lanternes et lampions pour voir. Mais cela avait des répercussions sur notre santé, puisqu’on inhalait la fumée. C’était un calvaire », lança-t-il l’air totalement désabusé de se rappeler de ce passé douloureux. Un passé douloureux qui, entre-temps, a été atténué par l’avènement des panneaux solaires.
« Lorsque les panneaux solaires sont apparus, on les a achetés et installés sur les toits de nos maisons. Mais, ils ne nous permettaient pas d’avoir le courant électrique souhaité », renseigna-t-il. Sur le flanc droit de l’école primaire se trouve l’une des rares buvettes du village. Amina Bonou, la promotrice, qui venait juste de servir un de ses clients, nous accueillit avec un mot de bienvenue en langue locale. Après nous avoir servi à boire, elle se prêta volontiers à nos questions. « Ma buvette, je l’ai ouverte il y a environ dix ans. Pour faire fonctionner mes congélateurs, j’utilisais des groupes électrogènes pour avoir du courant électrique. Ça ne me bénéficiait pas, puisqu’il fallait investir dans l’achat du carburant. J’avoue, à l’époque, mon business n’était pas rentable, faute du lourd investissement que je devais faire avant d’avoir cet intrant qu’est le courant électrique », informa-t-elle laissant échapper un grand soupir.
Etalant toujours les difficultés que les populations rencontraient à l’aune de la non-connexion du village au réseau conventionnel de la Sbee, Amina Bonou fait savoir qu’en temps de chaleur, ils étaient obligés de parcourir des kilomètres avant d’acheter de la glace. « Pour avoir de la glace, c’était avec la croix et la bannière. On allait dans le village voisin d’Affamè », précisa-t-elle. Egalement, poursuivit-elle, les enfants devraient étudier avec les lampions avec leur corolaire de maladies respiratoires.
Fin du calvaire
« Aujourd’hui, on vend de la glace partout à Adido ». Dame Amina Bonou a été formelle sur le sujet. Mais, par quelle alchimie cela est désormais possible ? Notre interlocutrice nous renseigna que c’est grâce au projet d’électrification solaire photovoltaïque initié par le gouvernement que Adido jouit, comme toutes les autres localités du Bénin, du courant électrique. « C’est le soleil qui nous embêtait avant qui nous donne le courant aujourd’hui. Depuis que cette centrale solaire a été mise en place, j’ai rangé mon groupe électrogène. C’est avec le courant provenant de cette infrastructure que j’alimente désormais mes appareils. Mon business marche bien maintenant. Mes enfants aussi étudient dans de bonnes conditions. L’ère des expositions aux lampions est révolue », confia-t-elle toute heureuse. Un peu plus tôt, Paul Kouton nous confia aussi sa joie d’être désormais un des bénéficiaires de ce projet. « J’utilise mes appareils. Je charge mon portable régulièrement. Je suis l’information à la radio et à la télé. Je ne peux pas vous dire à quel point ce projet nous soulage. Les tailleurs, les brodeurs, les coiffeuses et autres exercent leurs activités convenablement », lança-t-il fronçant les sourcils pour manifester sa satisfaction. Selon lui, l’initiative du gouvernement de chasser l’obscurité à Adido grâce aux énergies renouvelables est à saluer. C’est d’ailleurs pourquoi, poursuivit-il, il paie régulièrement ses factures. D’ailleurs, il venait de poser l’acte citoyen quand nous le rencontrâmes. Pour nous en donner la preuve, il exhiba deux reçus. L’un, portant la mention « Contribution à l’installation intérieure », affiche un montant de 2100 francs Cfa. Et l’autre renseigne sur le montant du crédit acheté (1.000 francs Cfa). « La facture n’est pas abordable, mais les bienfaits que nous procurent le courant électrique en valent la peine. C’est pourquoi, chaque fin du mois, je paie un peu un peu ma « Contribution à l’installation intérieure». J’en ai profité aussi pour acheter un peu de crédit, sinon je serai coupé », déclara-t-il.
Des difficultés observées et doléances
Ce projet d’électrification solaire photovoltaïque initié par le gouvernement ne satisfait pas toutes attentes des populations. Selon Paul Kouton, des perturbations sont régulièrement observées sur le réseau entre 00 et 01 heure. « Il y a souvent des coupures générales. On ne comprend pas pourquoi. En saison des pluies, par exemple, le courant est faible », indiqua-t-il. Toutefois, il pense que, pour corriger le tir, il va falloir renforcer la capacité de production de cette mini-centrale solaire photovoltaïque. Mieux, il souhaite que le réseau conventionnel de la Sbee puisse aussi venir à Adido pour combler le déficit observé. « Nous remercions le Chef de l’Etat et le ministre de l’énergie pour ce qu’ils font. Qu’ils se rappellent de nous pour renforcer la capacité de production locale. Si la Sbee peut venir renforcer ce qui est mis en place, ce serait bien. Les soudeurs et autres grands consommateurs vont en bénéficier », souhaita ce quinquagénaire. Amina Bonou, quant à elle, outre la baisse de tension notée sur le réseau observé souvent la nuit, souhaite que les lampadaires soient mis à disposition pour l’éclairage public. « Nous voulons acheter des lampadaires, mais ils nous ont dit que les ampoules ne sont pas encore disponibles. A part cela, nous souhaitons que le projet impacte d’autres ménages, parce que tous les ménages ne sont pas encore connectés », fit-elle savoir
L’ouvrage en question
Suivant les orientations de nos deux interlocuteurs, nous nous rendîmes sur le site du projet. Une horde de panneaux solaires sont érigés donnant l’impression d’un toit. A proximité se trouve une sorte de conteneur comportant des équipements électriques. Le sol, quant à lui, est recouvert de granites de façon à faciliter la marche aux usagers. Nous entrâmes, et nous nous dirigeâmes vers un appâtâmes magnifiquement érigé. Assis, seul, et fièrement flanqué de son uniforme de travail, Geraud Fadéyi, agent de « La poste du Bénin », nous accueillit. Son rôle sur le site, nous confia-t-il, est d’assurer les opérations de vente de crédits et d’autres services. Sa présence sur les lieux se justifie par le fait que « La poste du Benin » est un partenaire de Winch énergy en charge de la mise en œuvre du projet. «Tout évolue normalement. Les équipements fonctionnent bien », rassura-t-il. Selon lui, des techniciens viennent deux à trois fois par semaine pour assurer la maintenance. Quant à la couverture intégrale de la zone, il nous informa que les demandes d’abornement continuent de leur parvenir ; preuve que le projet suscite assez d’engouement. « D’autres qui sont dans des villages éloignés souhaitent aussi bénéficier du projet », attesta-t-il. Au sujet des perturbations observées par les populations, il certifia qu’elles sont dues principalement au fait que le temps soit menaçant ou le soleil n’a pas été ardent dans la journée. « Les gens viennent se plaindre ici. Mais nous sommes en train de travailler pour l’amélioration de la qualité du service », lança-t-il confiant.
Quid du projet ?
Des informations reçues sur-place, l’ouvrage réalisé et mis en service par le ministre de l’Energie Dona Jean-Claude Houssou, le vendredi 15 mars 2019, va permettre non seulement la fourniture de l’énergie électrique, mais aussi assurer une connexion Wi-Fi associée à des services connexes dont ceux de « La poste du Bénin ». Il s’agit de la phase expérimentale d’un projet innovant qui prend en compte 100 villages sur toute l’étendue du territoire national. Le site expérimental du projet d’électrification solaire photovoltaïque implanté dans la localité d’Adido est composé d’une centaine de panneaux solaires avec des batteries chargées grâce au soleil. C’est de l’énergie propre sans diesel, et le système fonctionne très bien pour une durée minimale de 35 ans.
Joël Samson Bossou

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