Accès intégral de tous à l’eau potable d’ici 2021:Plusieurs contrées du Bénin déjà couvertes

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Les populations rurales souffrent le martyre par rapport à l’accès à l’eau potable. Pourtant, l’indisponibilité criarde d’eau potable en milieu rural n’est pas une fatalité. La solution non plus n’est pas divine. Elle se trouve dans deux mots que sont l’organisation et la méthode. Le gouvernement à travers l’Agence nationale pour l’approvisionnement en eau potable en milieu rural (Anaep-Mr) annonce un maillage intégral du territoire rural. Pour avril 2020, 24 systèmes d’approvisionnement en eau seront installés pour desservir les populations pendant 20 années au moins.

Lorsqu’on se réfère à la question de l’accès à l’eau potable en milieu rural, l’opinion pense automatiquement à une absence totale d’infrastructures d’approvisionnement dans les localités concernées. Cette lecture n’est pas erronée puisqu’il y a bel et bien des localités non couvertes. L’évidence aussi est qu’il y a de nombreux cas de pénurie en eau liés aux infrastructures existantes qui sont hors d’usage. Dans plusieurs Communes du Bénin, les populations sont sans eau simplement parce que le groupe électrogène qui doit alimenter les installations est en panne depuis des années ou que la pompe est totalement défectueuse. Ces défaillances techniques assez récurrentes ne sont généralement pas solutionnées et plongent les populations dans la déprime. Les exemples foisonnent du Nord au Sud. Le plus criard est celui encore actuel dans l’une des localités du Plateau. Ce village continue de ployer sous le poids des eaux de qualité douteuse pour la simple raison que le château d’eau de 80 millimètres cube qui alimente la localité est abandonnée depuis 5 ans. L’infrastructure niche dans une haie d’herbes sauvages et pourrit de l’intérieur car la pompe qui devrait actionner l’eau est totalement hors d’usage. Idem dans le département du Mono où certaines localités rencontrent la même difficulté. Ces exemples expliquent l’état des lieux peu reluisant des infrastructures d’eau en milieu rural. Les installations déjà mal construites ne sont pas soumises à une maintenance  régulière ; ce qui accélère les pannes répétées. Après quelques tentatives de réparation infructueuses, elles se trouvent abandonnées parce que, les autorités communales et locales n‘arrivent pas toujours à faire face au coût généré par ces réparations. Face à cette image sombre, certains n’hésiteront pas à s’interroger sur les causes historiques de cette situation déplorable. La question trouve sa réponse dans un état des lieux assez frappant. Selon l’avis technique des experts de l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (Anaep-Mr), au moins 40% des ouvrages au plan national sont en panne. La raison en est que ces infrastructures sont, pour la plupart, gérées par des fermiers amateurs qui sont généralement en affermage ou en délégation avec les Communes. Le constat qui en découle est que pour la plupart des ouvrages, les défaillances notées ne sont pas aussi criardes  et pouvaient être solutionnées par ces fermiers. Comment se fait-il qu’ils ne l’ont pas fait et ont abandonné ces infrastructures alors qu’ils ont l’obligation d’assurer la maintenance ? Comment se fait-il que pour une simple question de fuite d’eau ou de panne de groupe électrogène ou de pompe, on prend la décision d’abandonner l’infrastructure en exposant la vie de nombreux compatriotes ? La question est toujours d’actualité. Avant certainement de situer les responsabilités dans ce secteur, le gouvernement a décidé de passer à une autre étape en confiant à l’Agence, la responsabilité  de faire les choses autrement. L’objectif assigné à celle-ci est de donner de l’eau potable à toutes la population rurale d’ici 2021. La mission est assez grande et les contraintes énormes. Comment procède l’Agence pour réussir le pari ?

 

Des études à l’action

 

Aussitôt après la création de l’Agence, l’équipe dirigeante s’est mise à la tâche. Elle a très vite recruté un bureau d’étude qui a commandité un avant-projet-sommaire. Les experts commis à la tâche ont travaillé pendant six mois et ont produit un document qui renseigne à suffisance sur toutes les options possibles à appliquer pour une mise en œuvre réussie du projet. L’un des meilleurs choix que cette étude a permis de faire est le changement de la taille des système d’approvisionnement en eau potable en milieu rural. En effet, selon les experts, les systèmes d’approvisionnement étaient réalisés par villages ou quartiers de ville. Depuis 1960, souligne-t-il le Bénin n’a pu réaliser que 649 systèmes sur les 5294 villages et quartiers de ville que compte le Bénin selon l’actuel découpage. L’Agence avait donc pour mission de réaliser en 3 ans 5294 systèmes moins 649. Face à ce premier défi, l’option était de prôner la rationalisation. Dans le but de contourner l’obstacle, les experts de l’Agence ont pris comme unité de base, les arrondissements, ce qui permettra de construire au total 546 systèmes au lieu de 5294. En dépit de cette option, le problème n’était pas totalement réglé, car dans certaines régions du Bénin telle que le nord Bénin, les habitats sont dispersés ; ce qui rend non bénéfique la réalisation de système par arrondissement. Egalement, il y a dans plusieurs parties de cette région, des zones cristallines où la quantité d’eau souhaitée est rare. Face à ces défis, il a été procédé à des divisions pour réussir l’exercice. En somme, selon les clarifications des experts, le Bénin dispose désormais d’un réel plan cadastral global de couverture en eau pour la population rurale. Ce travail a été fait par le bureau d’étude sous la supervision des experts de l’Agence. Il a permis d’avoir l’avant-projet sommaire qui renseigne sur l’état physique, les potentialités des communes ainsi que le dimensionnement des réseaux. Il est prévu la construction de 618 systèmes qui permettra de mailler tout le territoire national. En même temps que ce travail technique est en train d’être réalisé, l’Agence a démarré le montage des dossiers de construction de 166 systèmes pour lequel le financement est bouclé à l’heure actuel. Ce programme est dénommé : « Programme d’investissement à court et moyen terme ».

 

En 2020, 24 systèmes seront opérationnels

 

Selon les experts, les premières infrastructures en eau potable en milieu rural construites par l’Anaep-Mr seront définitivement opérationnelles dès avril 2020. Il est annoncé le démarrage effectif de 24 systèmes pour desservir des milliers de populations. Quelle est la performance de ces systèmes et qu’est-ce qui change véritablement ? Selon les clarifications, les installations ont une capacité plus importante que les anciennes infrastructures. En effet, un seul système installé est capable de donner de l’eau à boire à 40.000 voir 100.000 personnes, ce que ne peut jamais faire un château d’eau de 30 mètres cubes qui ne peut desservir que 3000 personnes. « Désormais,  un seul système  est capable de couvrir tout un arrondissement ou même deux ou trois arrondissements.  Le système qui sera déployé par exemple au niveau de l’arrondissement d’Alafiarou dans la Commune de Tchaourou donnera de l’eau à boire à tout Alafiarou. Cet arrondissement compte de gros villages qui seront tous couverts. De la même manière, on a dit que nous n’aurons pas de l’eau à Bembéréké. Nous avons fait un forage pour donner à boire à tout le village », a déclaré un expert de l’Agence. Mieux, souligne-t-il, ces infrastructures donneront de l’eau aux populations pendant 20 ans. « Nous offrons le service pour 20 ans. L’équipement que nous mettons en place donnera de l’eau pour 20 ans », a-t-il laissé entendre. A côté de ces 24 systèmes qui seront opérationnels en avril 2020, plusieurs autres procédures sont en cours. L’appel d’offre de 16 systèmes est en cours et en février, les travaux risquent de commencer de ce côté. En effet, ce qui caractérise aussi l’Agence, c’est la précision au niveau des travaux scientifiques. En réalité pour le compte de cette composante, il était prévu le lancement de l’appel d’offre de 21 systèmes, mais 5 ont, par finir, été recalés simplement parce qu’ils n’ont pas pu trouver l’eau. La règle au niveau de l’Agence est que la partie contractante doit assurer l’Agence de la disponibilité technique de l’eau avant le démarrage du volet financier. « Si je ne vois pas l’eau, je ne donne pas le Ok pour l’appel d’offre. Si je veux distribuer l’eau je mobilise d’abord l’eau. Nous avons essayé de mettre la barre haut parce que par le passé, les gens sont habitués à n’utiliser que 16 mètres cubes. Maintenant, il faut un certain nombre de travaux assez contraignants », a laissé entendre un haut responsable de la structure. En plus de ces 16 systèmes pour lequel le démarrage des travaux est imminent, il y a 24 autres systèmes en cours et 31 autres financés par Omidelta dont les travaux de 9 seront lancés et 44 autres systèmes financés par la Banque islamique de développement et de commerce (Bidc).  

 

Quid des anciens ouvrages ?

 

Par rapport à ces ouvrage, il est annoncé un plan de réhabilitation, mais suivant une méthodologie assez cohérente. En effet, il a été procédé à une répartition spatiale du pays en trois zones appelées périmètres d’affermage. Dans un périmètre d’affermage, il est regroupé à la fois les anciens et les nouveaux ouvrages. Le premier périmètre compte les départements du Borgou, de l’Alibori, de l’Ouémé et du Plateau. Le second compte l’Atacora-Donga et l’Atlantique. Le troisième compte le Mono-Couffo et Zou-Collines. Beaucoup se demanderont pourquoi on n’a pas regroupé les localités par région. Selon les experts, ce découpage se justifie par la nécessité de parvenir à équilibrer les eaux par rapport aux populations. L’autre souci est aussi social. «  Si nous partons des anciens découpages et que nous prenons par département, nous aurons des populations à fable revenu compte tenu de l’indice de pauvreté. Nous nous sommes dit qu’il faudra faire une sorte de péréquation interne ou les plus riches paient pour les plus pauvres », ont-il laissé entendre.  Que comporte un périmètre d’affermage ? En effet selon les clarifications des experts, un périmètre d’affermage comporte des équipements de fourniture en eau mis en place par l’Etat et sera géré par un fermier professionnel qui sera recruté par l’Agence. Un fermier professionnel est une personne physique ou morale qui sait offrir un service de gestion publique de la fourniture de l’eau. « La gestion publique de fourniture en eau est un métier. On ne se décrète pas fermier. Cela s’apprend. Le dossier d’appel d’offres pour le recrutement de ces trois fermiers est en cours. Pour ce faire, nous avons recruté une taxe force, c’est-à-dire une équipe d’experts professionnels pluridisciplinaires qui va travailler dans le cadre du recrutement », nous a-t-on confié.

 

Du concret déjà avec la phase pilote

 

Au cours de son intervention sur AskGouv, le Directeur de l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (Anaep-Mr) Sylvain Adokpo-Migan a fait part des zones dans lesquelles la phase est déjà en pleine opérationnalisation avec la mise en service des systèmes d’approvisionnement en eau potable. Il a cité les Communes de Sakété, de Gogounou et de Zogbodomey. Dans ces Communes respectives, les populations expérimentent déjà la mise en œuvre du vaste plan d’approvisionnement en préparation. Au cours de son intervention, le premier responsable de la structure a tenu à rassurer. « Vous allez constater que nous avons trois sites au Bénin où c’est déjà une réalité. Vous allez dans la Commune de Sakété, vous allez voir qu’à partir des Aev existantes, les opérateurs privés sont sous contrat et améliorent le service en fournissant de l’eau à l’échelle des concessions. Vous allez à Gogounou vous allez voir la même chose. Vous allez à Zogbodomey, vous allez voir la même chose. Donc, on a fait ce pilote pour voir si le modèle que nous proposons est possible. On s’est rendu compte après quelques années que c’est quelque chose qui est faisable. Les gens peuvent avoir l’eau potable chez eux en milieu rural. Des opérateurs peuvent gérer comme il faut, ce service tout en remplissant les obligations contractuelles et que le tarif peut être amoindri », a-t-il laissé entendre.

 

   

 

 

 

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