Agroécologie:L’alternative pour la protection des sols et des cultures

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L’agriculture industrielle, développée tout au long du 20ème siècle a permis une production alimentaire au-delà de la norme, mais avec des conséquences parfois désastreuses. Dégradation de la qualité des sols, disparition de la biodiversité, mais aussi réchauffement climatique sont, entre autres les revers de l’agriculture industrielle. De plus en plus de chercheurs, militants écologiques et agronomes plaident donc pour une redéfinition des principes agricoles afin de produire une agriculture plus respectueuse des écosystèmes. L’agroécologie selon plusieurs scientifiques serait la solution. Embarquons-nous dans cet univers.

Des mouvements sociaux basés sur l’agroécologie ont vu le jour ces dernières décennies, réclamant de la part des gouvernements un frein dans la production intensive, et le respect de l’environnement dans la pratique agricole. Aujourd’hui, cette méthode de production tend à se développer un peu partout dans le monde. Beaucoup s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle pratique agricole.  Pour l’agronome Pierre Bediye, l’agroécologie est une technique ancienne de production qui a été oubliée. « Nos parents africains et particulièrement béninois utilisaient cette technique. Ils ne connaissaient pas les intrants chimiques, les fertilisants chimiques, les pesticides chimiques et ils produisent en respectant l’environnement avec des produits de qualité. Donc, on ne peut pas dire que c’est une nouvelle forme d’agriculture, mais c’est une forme dont il faut faire la promotion parce qu’elle s’impose aujourd’hui », a-t-il déclaré. Pour l’agronome, la différence entre l’agroécologie et l’agriculture conventionnelle est le choix des intrants. Pour fertiliser le sol, l’agroécologie va choisir le compost qui est de l’engrais naturel contrairement à l’agriculture conventionnelle qui privilégie les engrais et pesticides chimiques qui détruisent   l’environnement (l’eau, l’air, le sol) et créent des problèmes de santé aux agriculteurs et aux consommateurs des produits agricoles. Pour l’atteinte des Objectifs du développement durable, Claire Quenum, Point focal du réseau africain pour le droit à l’alimentation, estime qu’il serait important pour les différents Etats de faire la promotion de l’agroécologie. « L’agroécologie doit être transformée en politique et programme de développement. Il est temps que nos pays s’intéressent au contenu de l’agroécologie afin qu’elle soit développée pour que la population se nourrisse bien. Il y a déjà des initiatives dans les pays africains et il est impérieux de les promouvoir », a expliqué ce défenseur du droit à l’alimentation. Brice Sohou, président de  l’Observatoire africain de surveillance du climat, de la terre, des eaux et des cultures (Amoclimwec) pense, pour sa part, que le système éducatif du Bénin ne permet pas une incitation à la pratique agroécologique. « Les jeunes sont écartés de la tradition et des valeurs ancestrales qui doivent être des vecteurs de préservation de l’agroécologie. Cette tradition doit être transmise de génération en générations», a-t-il déclaré.

 

Claire Quenum, point focal du réseau africain pour le droit à l’alimentation: «On a toujours produit du riz selon les normes agroécologiques»

 

«Il y a des produits avariés qui sont déversés sur nos marchés. Dans nos communautés, on a toujours produit du riz selon les normes agroécologiques qui permettent aux gens de bien s’alimenter. Actuellement, nos marchés sont inondés de riz venant d’autres pays et nous ne savons même pas les conditions dans lesquelles cela a été produit. Nous devons être capables de nous nourrir nous-mêmes en consommant des aliments sains. Si quelqu’un contrôle votre ventre, il vous contrôle totalement et va-vous dicter les comportements que vous devez avoir».

 

Brice Sohou, président de Amoclimwec : «L’agroécologie se fonde sur nos valeurs culturelles»

 

«L’agroécologie se fonde sur nos valeurs culturelles. Nous avons des habitudes ancestrales qui doivent être transmises de génération en génération. L’éducation ne nous apprend pas toujours ces valeurs ancestrales que nous devons préserver. Nous devons faire un  diagnostic sur ce que nous avons comme richesse pour faire de l’agroécologie.  La diversité culturale pour la préservation des agro écosystèmes est très importante. Si nous continuons toujours à exporter, de l’extérieur, toute cette politique agricole qui nous menace, nous devenons tout simplement une ordure de l’étranger. Nous ne savons pas tout ce qui est contenu dans ces molécules exportées dans nos pays et nous sommes exposés à une réduction de notre espérance de vie. L’agroécologie devrait être transformée en une forme de politique agricole permettant de nourrir les hommes et non de faire du commerce parce qu’il y a une différence entre les valeurs que préservent le paysans pour nourrir les hommes et les valeurs que préservent les industriels pour vendre en quantité. Si j’ai juste envie de vendre, je peux produire du n’importe quoi sur mes surfaces agricoles et cela peut créer autant de catastrophes alors que le paysan est là pour nourrir. Mais il faut reconnaître qu’il y a de l’espoir parce qu’il y une certaine volonté au sein de la société civile dans nos pays pour influencer les différentes politiques à l’agroécologie».

 

Michel Babadjidé, paysan béninois, initiateur de la maison du paysan: «Si les Etats n’organisent pas l’agroécologie, il n’y a aucun espoir»

 

«Si les Etats n’organisent pas l’agroécologie en Afrique, il n’y a aucun espoir pour les Africains. Quand on va faire l’agroécologie comme des exportateurs, c’est en ce moment que nous allons gagner, parce que si d’autres personnes ont l’argent pour acheter très cher  ce que nous produisons de façon écologique, alors on va gagner autant de fois si on se met dans cette dynamique de produire pour vendre aux autres. Mettons-nous dans le paradigme de nourrir».

 

 

 

 

  

 

 

‘’Les jardins de l’espoir’’, un modèle de promotion de l’agroécologie au Bénin

La promotion d’une agriculture sans pesticides et engrais chimiques est en vogue au Bénin à travers plusieurs initiatives. Tanguy Gnikobou (photo) et Oluwafemi Kotchoni sont deux jeunes béninois qui ont eu l’idée de créer l’ Association « Les jardins de l’espoir ». Il s’agit d’une coopérative de cinq fermes gérées par ces jeunes diplômés qui, au départ, n’avaient aucune formation en agronomie. Au détour d’une visite dans sa ferme à Togoudou dans la Commune d’Abomey-Calavi, Tanguy Gnikobou nous a entretenu sur sa passion  qu’est l’agroécologie.

Il sonnait environ seize heure, mardi 29 octobre 2019 quand notre équipe de reportage a été accueillie à Togoudo, sur l’un des sites de l’association ‘’Les jardins de l’espoir’’. Après une visite guidée, Tanguy nous a confié que l’association a été créée dans le but de sensibiliser les agriculteurs sur les techniques de l’agroécologie. « L’idée a germé en 2013 où mon associé et moi étions des activistes. Nous nous sommes dit que c’est bien d’être contre le système capitaliste. C’est bien de sensibiliser la population à manger bio, mais il faudrait que nous passions à l’action en allant  à la terre  et en pratiquant  une forme d’agriculture qui respecte le sol, l’homme et l’environnement », raconte-t-il. En décembre 2014, les deux amoureux de la nature ont implanté la première ferme située dans la commune de Tori et baptisée ‘’Jardin de l’espoir’’. Tanguy et Oluwafemi ont rencontré d’autres jeunes qui avaient la même vision qu’eux. Ainsi, en juin 2015 l’association ‘’Les jardins de l’espoir’’ a été lancée. A ce jour, les Jardins de l’espoir sont transformés en une coopérative de cinq fermes gérées par sept associés et un peu plus de vingt personnes sur les cinq sites. Plusieurs applications agroécologiques sont expérimentées sur les sites des Jardins de l’espoir. L’une de ses applications, à en croire Tanguy, est l’association des cultures. « On a une mouche qui attaque la carotte, mais cette mouche n’aime pas l’odeur de l’oignon. Il y a une autre mouche qui attaque l’oignon, mais n’aime pas l’odeur de la carotte. Donc quand vous avez un plant de carotte et un plant d’oignon qui sont ensemble, les deux se protègent mutuellement », raconte Tanguy Gnikobou qui ajoute qu’il pratique le binage. En abordant la rentabilité de l’agroécologie, notre interlocuteur renseigne que l’activité, en elle-même, est rentable puisque en matière d’investissement, il y a moins de dépenses. « En faisant du compost, on peut fabriquer ses propres intrants, en matière de fertilisation des sols. En matière de lutte contre les ravageurs, on peut faire ses propres extraits, du coup, en matière d’investissement, on dépense moins par rapport à l’agriculture chimique. C’est vrai qu’en matière de rendement, il y a une certaine adaptation qu’il faut au bout d’un certain temps, mais au bout de trois ans, vous devenez stable et vous n’avez rien à envier à celui qui fait l’agriculture chimique. Aujourd’hui, la clientèle est là et nous sommes vraiment débordés. Avec mes associés, nous avons une relation collégiale pour nous épauler et faire des ventes groupées », confie-t-il.

 

Le cas des jardins Jinukun

 

A l’image des Jardins de l’espoir, Jinukun est une association de promotion de l’agroécologie au Bénin. Cette association dispose de deux fermes expérimentales. L’un à Djeffa dans la Commune de Sèmè-Podji et l’autre à Grand-Popo. Les produits issus de ces différentes fermes sont vendus sur deux marchés. Il y a un marché qui s’anime à Cocotomey et un autre qui s’anime à Cotonou précisément à Akpakpa. Patrice Sagbo, environnementaliste et membre de Jinukun, renseigne que les produits issus des fermes de Jinukun sont vendus au même prix que les produits issus de l’agriculture conventionnelle. « Lorsque vous achetez un kilogramme de carotte sur les marchés de Jinukun, vous les achetez au même prix qu’un kilogramme de carotte ailleurs. On l’a voulu ainsi pour que tout le monde puisse accéder à une alimentation saine. On le fait parce qu’on gagne beaucoup en faisant de l’agroécologie. Les gens croient que c’est à perte que nous le faisons, mais c’est faux. C’est parce que pour nous, ce serait injuste d’avoir un coup de production bas et de vendre le produit cher », raconte-t-il.

 

 

 

 

 

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