Aïvo-« Les démocrates » : une union au lendemain incertain

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Comme à la veille de chaque élection présidentielle, on assiste à un mercato de recrutement de personnalités diverses au sein des partis politiques. « Les démocrates » viennent de signer l’adhésion du Professeur Frédéric Joël Aïvo à leur cause. Mais, pour le Consultant politique et Expert électoral, il s’agit d’un non-événement, au regard de l’histoire politique du pays où les alliances se font et se défont au lendemain des joutes électorales. Lire des extraits de son décryptage, hier jeudi 26 novembre 2020, sur la chaîne de télévision E-Télé.

« Le professeur de droit constitutionnel, Frédéric Joël Aïvo, a décidé d’atterrir dans la barque du parti « Les démocrates ». Pour moi, le Consultant politique, il s’agit d’un non-événement. Si on devait réaliser l’arbre généalogique des partis politiques au Bénin depuis 1960, on verra que c’est quand les gens ne sont pas au pouvoir qu’ils s’unissent. Après les élections, on voit comment le divorce est systématique. C’était le cas en 2011 avec l’Union fait la Nation et l’Alliance pour un Bénin triomphant (Abt). Ces regroupements circonstanciels n’ont pas empêché l’historique Ko de Boni Yayi à la Présidentielle de 2011. C’est pour dire que les Béninois, même s’ils sont en grande partie des analphabètes, ils ne sont pas aussi bêtes qu’on le croit. Ils savent apprécier. Dans le cas d’espèce, c’est plutôt le message que porte le professeur Frédéric Joël Aïvo qu’il faut décrypter. En effet, le point commun entre « Les démocrates » et lui est le rétablissement de la démocratie et de l’Etat de droit. Ce qui est dérangeant quand ils clament cet engagement partout est le silence des partis tels que l’Union progressiste, le Bloc républicain, le Parti du renouveau démocratique, l’Union pour le développement d’un Bénin nouveau… On ne comprend pas pourquoi ils se taisent par rapport à ces répétitions effrénées de rétablissement de la démocratie. Je pense qu’ils doivent inviter les auteurs d’un tel slogan à un débat. Qu’est-ce qu’on appelle Etat de droit et démocratie ? Ce que nous faisons aujourd’hui, comment on l’appelle quand les partis animent la vie politique ? Comment on l’appelle lorsque vous avez des élections régulières ? Quel nom donne-t-on donner à notre système politique lorsque les citoyens ont la liberté d’expression, vont et viennent, et adhèrent au mouvement de leur choix ? Qu’est-ce qui manque à l’Etat de droit au Bénin ? Quelle est la place de l’opposition ? Est-ce qu’elle peut se permettre des déclarations fracassantes ou de faire la politique de la chaise vide et après dire qu’on l’a écartée ? Qu’est-ce qu’ils amèneront au regard de notre histoire ? Voilà comment il faut nourrir le débat politique. Je suis très exigeant sur la qualité du discours public, parce que nous avons en face des populations qui croient en nous… »

 

« On a la chance d’avoir Frédéric Joël Aïvo qui est un agrégé du Cames, professeur de droit public à l’Université d’Abomey-Calavi. Je connais sa valeur. Intellectuellement, c’est un cadre dont le Bénin peut être fier. Mais, lorsque le professeur du droit constitutionnel parle du rétablissement de l’Etat de droit et de la démocratie, ma question est de savoir là où il y a le problème. En effet, toute démocratie a ses couacs. Aux Etats-Unis par exemple, on a eu l’affaire George Floyd. On en a de pire dans d’autres pays. Quand on dit qu’on veut remplacer le président Patrice Talon, c’est normal. C’est même souhaité qu’il y ait des gens qui nourrissent cette ambition. Mais, qu’ils disent ce qu’ils veulent faire de mieux que celui qui est là. Car, à mon avis, ce que proposent « Les démocrates » est abstrait et confus. C’est un peu comme Monsieur Jourdain à qui on demande, en pleine prose, ce qu’on appelle la prose. C’est absolument maladroit de bousculer une porte qui est déjà ouverte. La porte est déjà ouverte. Qu’est-ce que vous voulez aller y faire ? Répondez à cela plutôt que de mener un débat pauvre… »

 

« Aujourd’hui, nous sommes dans une transition avec le président Patrice Talon. C’est connu. Il y a un certain nombre de contenus déjà dans le projet Nouveau départ. Même si le chef de l’Etat n’a pas dit qu’il est candidat, lui-même, en sillonnant tout le pays ces derniers jours, c’est clair qu’il a dû comprendre que le peuple fonde sa confiance en lui et qu’il ne peut pas se dérober à ce devoir. Et si, il y a 5 ans, il est venu sur la pointe des pieds, je pense que, aujourd’hui, il est tenu de répondre favorablement aux appels de ce beau monde qui croit en lui, qui estime qu’il peut continuer à porter ce chantier de réformes qui s’opèrent au Bénin, un changement de mentalité et de paradigme ».

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