An 4 du Nouveau départ:Sacca Lafia dresse le bilan au plan sécuritaire 

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Le ministre de l’intérieur et de la sécurité publique était sur le plateau de la télévision nationale hier jeudi 09 avril 2020. Au cours des échanges, Sacca Lafia a fait le point des réformes opérées par le gouvernement du président Patrice Talon dans le secteur de la sécurité quatre ans après. La création de la police républicaine, la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité ont été abordées.
Ortb: Quel était la situation du Bénin en avant 2016 en matière sécuritaire ?
Sacca Lafia : Le 06 avril 2016, quand je prenais les rênes de ce ministère, l’ensemble des Béninois avait un sentiment partagé d’insécurité. Et cela était réel. Je savais très bien qu’en ce moment, personne n’osait voyager, que ce soit en véhicule privé ou en transport commun. Je me souviens qu’au lendemain de ma prise de service, beaucoup de compagnies de transport en commun m’envoyait des correspondances pour demander d’avoir un gendarme ou policier pour les accompagner dans leurs véhicules. D’autres introduisaient des demandes de port d’arme parce qu’ils ne se sentaient plus en sécurité quand ils circulent de jour comme de nuit. Et cet environnement n’est pas spécifique à un endroit. C’est dans tout le pays. Dans les centres urbains, dans les milieux ruraux, tout le monde ne parlait que de ce sujet d’insécurité. Un sentiment généralisé d’insécurité dans tout le pays lié essentiellement au braquage. Vous circulez la nuit, vous arrivez à un point, vous constatez une longue file de véhicules, ce sont les braqueurs qui sont là en train de dépouiller tous les passagers de leurs biens, téléphones argents, autres produits de valeur. Dans la semaine, il peut en avoir plusieurs, deux, trois quatre fois à des endroits différents. Tout ce sentiment était insupportable pour les Béninois. Partout où il y a de l’argent, il faut s’attendre à ce que des bandits surgissent à l’improviste pour vous dépouiller de vos biens. Voilà la situation que nous avons trouvée dans le pays.
C’était visiblement une situation chaotique que vous décrivez monsieur le ministre. Mais quelles ont été les dispositions que vous avez prises quand vous avez fait cet état des lieux ?
C’est une situation chaotique et réelle vécue par nous tous. Seulement, l’insécurité, on l’oublie dès que la sécurité est rétablie et la sécurité on l’oublie dès que l’insécurité revient. Voilà la réalité. Vous convenez avec qu’on ne pouvait continuer de vivre dans une telle atmosphère parce que cela à des conséquences négatives sur les activités économiques. Cela a des conséquences négatives sur la santé physique des citoyens. Cela a des conséquences négatives pour l’avenir et même pour l’espoir. Parce que c’est dans la sécurité qu’on a envie d’entreprendre. Quand on n’est pas sûr d’avoir en permanence ses biens, on n’a pas confiance en l’avenir et cela joue sur le développement du pays. Voilà pourquoi, dès le départ, le gouvernement, avec l’aide de son chef, a mis l’accent sur le rétablissement de la sécurité dans ce pays. Savez-vous, qui dit sécurité dit présence d’un agent de sécurité. Sans agent de sécurité, il n’y a pas la sécurité. Le gouvernement, en analysant la situation, surtout avec l’orientation du président dans son programme de campagne, a jugé aberrant d’avoir les forces de sécurité, la gendarmerie en son temps et la police. Des forces ayant les mêmes attributs, ayant les mêmes missions. La gendarmerie agissait de son côté, la police agissait de son côté, cela paraissait quand même anachronique. Donc, la première réforme, c’est d’abord sur le plan humain. On a donc fusionné la police nationale et la gendarmerie nationale. On l’a fait d’abord sur le plan intellectuel en reprenant les textes qui régissent la police et la gendarmerie. On a repris les textes qui créent chacune de ces unités et on a parlé aux hommes. On a veillé à ce que les intérêts des uns et des autres soient sauvegardés, que personne ne perde un kopeck de son salaire, ni de ses avantages. Voilà ce qui a été fait. Donc, cette fusion des deux forces leur a donné des ressources humaines. Parce que qui dit sécurité a besoin des ressources humaines. La seconde réforme a été sur le plan stratégique, sur le plan opérationnel. Du temps de la gendarmerie ou de la police, vous vous en souvenez, à l’entrée de chaque ville il y avait une barrière. La première barrière que vous trouvez c’est celle de la gendarmerie et 1Km à l’entrée de la ville vous avez celle de la police. Le même scénario à la sortie de la ville. Malgré ce dispositif, il y avait l’insécurité que je viens de décrire. Cela prouve que c’était une mauvaise option stratégique. Il fallait donc définir une nouvelle forme de stratégie. Parce que ces postes, à l’analyse, on a compris qu’au lieu d’être des postes de contrôle, étaient au contraire des postes de rançonnement des populations. Parce qu’on savait qu’avant de traverser ce poste dit de sécurité, il faut déverser 2000 ou 3000 francs Cfa. Les transporteurs le savaient. Avant de faire la route, le chauffeur est doté d’une cagnotte pour gérer la route. Cela ne pouvait donc pas continuer. On a dû lever toutes ces barrières. Tous les stratèges de la police ou de la gendarmerie n’étaient pas d’accord avec nous. Ils nous avaient reproché que cette stratégie allait rétablir l’insécurité. On a donc trouvé une stratégie qui compensait cette réforme. A la place des barrières, des check points nous avons instauré la patrouille en permanence sur tous les axes routiers avec priorité sur les corridors Cotonou-Malanville, Cotonou-Kraké, Cotonou-Hilacondji. Cela, dans un premier temps, en tenant compte de nos moyens roulants, en tenant compte de nos ressources financières, en tenant compte des ressources humaines en son temps. On a levé les barrières sur ces voies principales et on a établi des patrouilles. La police ou la gendarmerie en son temps circule de jour comme de nuit. Chaque unité avait un tronçon de route bien défini. Et on ne devrait y passer sans les rencontrer. Les contrôles ont été rétablis. C’est de cette façon qu’on a mis un terme au braquage. Dans un second temps on s’est intéressé aux voies secondaires pour appliquer la même stratégie. Ensuite, les centres urbains, on a établi la même stratégie. La fusion dont je parlais tantôt a été effective à partir du 1er janvier 2018 pour avoir une Police républicaine qui, non seulement doit changer de nom, mais doit changer de pratique, d’habitude. On a travaillé les policiers à les rendre plus courtois. On a mis dans l’esprit des policiers qu’ils là pour secourir les populations.
Sont-ils vraiment responsables ?
De façon relative, on a une satisfaction.
Monsieur le ministre, vous parliez de la Police républicaine et donc de la fusion de la Police et de la gendarmerie. On a entendu dire que ce n’était pas la bonne ambiance entre policiers et gendarmes.
Une brigade de gendarmerie disposait d’un budget annuel de 300.000 francs Cfa. Aujourd’hui, au lieu de 300.000 ils ont plus de 400.000 francs Cfa par mois pour le fonctionnement. C’est-à-dire une partie pour la patrouille, une partie pour entretenir le véhicule et une partie pour motiver le personnel. L’agent est obligé d’aller en patrouille aux heures de repas et loin de sa famille quand lui met quelque chose dans la poche. C’est rétabli de façon équitable et systématique.
On a appris par le passé que les fonds destinés aux hommes en uniformes ne leur  parvenaient pas
Ces fonds sont laissés à la responsabilité du commissaire. C’est quand l’agent va en patrouille aux heures de repas qu’on lui donne les moyens de survivre et à faire sa mission. On ne paie pas pour la patrouille. Donc, si vous devrez partir en patrouille à 20h et revenir le lendemain matin à 6h on ne vous paie rien. Parce qu’à cette heure,  il n’y a pas de repas. Si dans la répartition des tâches, vous devez partir à 10h et que vous devez revenir à 18h, à midi il y a un repas, et si vous devez être loin de votre famille, on vous donne quelque chose pour le repas. Il y en a qui pensent que dès qu’ils ont l’occasion d’aller en patrouille, quel que soit le moment,  on doit leur donner 2000 ou 3000 francs Cfa pour le travail. Non. Ils ont déjà un salaire et le salaire c’était pour faire un travail correctement. Le fonds de patrouille,  c’est pour leur permettre d’être dans des conditions normales pour faire le travail sans être gêné par des conditions alimentaires.
A côté de toutes ces stratégies, il y a eu également le matériel roulant.
C’est le troisième axe de la réforme. Quand nous étions venus, les brigades ou les commissariats utilisaient des matériels roulant branlants, il y avait à peine une dizaine de véhicules dans tout le pays qui étaient en état de fonctionnalité. On a compris que sans le matériel roulant, la patrouille que nous avons instaurée n’était pas possible. C’est ainsi que de 2016 à ce jour, le gouvernement a doté la police républicaine de plus de 250 matériels roulants de toutes catégories. Plus de 5 milliards investis dans l’acquisition des véhicules pour assurer la quiétude des Béninois.
Les conditions de vie des hommes en uniformes
Je l’ai dit il y a un instant. C’est l’une des conditions de la fusion. Personne ne devrait perdre la plus petite fraction de son salaire. Donc, le salaire a été maintenu. Les avancements n’ont jamais été retardés. Si les gens parlent de condition de vie, je ne sais pas si ce sont de primes particulières, mais il faut d’abord qu’ils puissent justifier le salaire. Peut-être comme les gens travaillent effectivement maintenant, ils veulent une augmentation de salaire. Cela n’a pas été le cas pour les autres agents de l’Etat. Mais aucun fonctionnaire de Police ne peut témoigner que son salaire a été réduit de quelque manière que ce soit. C’est le même traitement qui est fait aux agents de l’Etat qui est fait aux agents de la Police et leur travail n’a pas autrement changé.
Qu’en est-il de l’équivalence des grades ?
L’équivalence des grades a été définie par un décret pris en Conseil des ministres en 2015 avant notre arrivée et cela a été concrètement appliqué. Mais quand les deux ont été séparés, pour diriger un poste de gendarmerie, il fallait être adjudant ou adjudant-chef. Pour diriger une unité à la Police, il faut être commissaire. Or, dans l’équivalence des diplômes, l’adjudant-chef n’est pas automatiquement commissaire. Donc, les adjudants chef qui dirigeaient les unités au niveau des Communes se sont retrouvés en dehors des commandements au profit des commissaires qui étaient souvent dotés de baccalauréat. Dans l’équivalence des grades, l’adjudant-chef n’avait pas le même grade que le commissaire. C’est la différence. Ceux qui dirigeaient les unités ne sont plus ceux-là qui les dirigent maintenant. Sauf les officiers de la gendarmerie, les lieutenants ou les capitaines qui sont devenus les commissaires qui dirigent les commissariats.
En termes de couverture, il y avait combien de commissariats quand vous veniez ?
Je sais que depuis qu’on a fusionné les deux unités, il y a une cinquantaine de nouveaux commissariats. Dans chaque commune, il y a toujours un commissariat. Et selon la taille de chaque Commune, il y a deux à trois autres arrondissements qui bénéficient d’un commissariat. A terme, quand nos effectifs vont le permettre, nous allons doter chaque arrondissement d’un commissariat. Pour le faire aujourd’hui, on tient compte des zones les plus criminogènes, on tient compte de la taille et de la position géographique d’une localité frontalière.
(Suite dans notre prochaine parution)
Source Ortb

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