Avant que sa poussière ne retourne sous le sol d’Adjati:Vider Albert Tévoédjrè!

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Comme beaucoup de Béninois, le patriarche Albert Tévoédjrè attend sa mort prochaine. Chaque fois qu’il sort d’une hospitalisation, il ne s’empêche de trouver que c’est une grâce supplémentaire. Le Renard de Djrèrègbé, comme l’appellent les acteurs politiques, est non seulement devenu un ancien, mais une bibliothèque que les dirigeants doivent vider avant qu’elle ne se consume.

« En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui part en fumée. » Cette pensée d’Amadou Hampâté Bâ, bien connue de l’humanité, tend à s’appliquer au plus âgé des hommes qui ont animé la vie politique du Dahomey et du Bénin. Albert Tévoédjrè qui ferme ses 90 ans en novembre 2019 n’est plus un homme à présenter. Il est un homme d’expériences et de connaissances. Pour que l’homme-bibliothèque ne se consume avec son contenu, les plus hautes autorités étatiques peuvent retirer de lui ce qu’il a à léguer au pays en termes d’héritage. Dans la situation socio-politique, quelque peu tendue, cet homme de réseaux ( de New-York au Vatican, de Genève à Paris, de Kigali à Pretoria, de Riyad à Accra) a assurément des approches de solutions. Comme le riche laboureur, il a à s’adresser particulièrement au premier des Béninois, Patrice Talon, en lui parlant sans témoins. Il est évident que dans les sociétés, la survie de certaines personnes, devenues anciens, rassure les citoyens. Ces genres de personnes ne sont pas légion sur un cycle de vie. Il en est ainsi du professeur Albert Tévoédjrè. L’homme qui, dans la foi, attend le moment de dire au revoir au peuple du Bénin est passé subitement dans les oubliettes. Dans ses navettes entre sa résidence et les centres médicaux, même ces protégés semblent attendre l’annonce qu’il retourne les pieds devant à Adjati dans la commune d’Adjarra, et de prononcer le rituel : « Adieu ! Paix à son âme. Repos éternel. » Mais a-t-il déjà tout donné au pays pour que les dirigeants jugent qu’il est bon à rien ? Certes, il a fini de servir le pays. Mais il reste qu’il lui lègue l’héritage. Et en cela, il faut des personnalités pour le recevoir. L’héritage ici n’est pas que de biens matériels dont la succession est du ressort de ses sexagénaires d’enfants. L’héritage, c’est peut-être une parole. C’est peut-être quelque chose à offrir à l’universalité que le fils, malgré sa bonne volonté, ne peut pas porter, ne peut pas assurer, ni assumer. Face aux dures réalités de l’âge avancé, Tévoédjrè ne craint plus rien. Sans jamais avoir été président de la République, il a su toujours attirer de la visibilité sur sa personne. Et il en serait ainsi jusqu’à sa mort. En effet, dans cet état affaibli, il promet de publier l’ouvrage « Oui, je crois », les 7 colonnes de ma Foi en Jésus Christ.

Un devoir spirituel

Même dans la « certitude médicale » que le patient poussera incessamment son dernier souffle, l’humain a le devoir spirituel d’assistance. Ainsi que l’avait soutenu le père Pruili Florent, Directeur de l’hôpital Saint Jean de Dieu de Tanguiéta dans ce que le Bénin appelle le drame de Porga survenu en mai 2006. Albert Tévoédjrè lance un cri de détresse. Le promoteur de la Maison africaine de la paix est un visionnaire et un homme de prophéties. Il est connu pour ses calculs politiciens dans les choix des présidents de la République depuis 1990. Mentor de Pascal Irénée Koupaki à la présidentielle de 2016, il a préféré au second tour Patrice Talon à Lionel Zinsou. Et son poulain sert l’administration générale de la présidence de la République. Défenseur de la Constitution du 11 décembre 1990, il s’attire la foudre chaque fois en prenant partie contre sa révision « impertinente », quoi que devenue opportune désormais. Pour ces assauts, il tombe en disgrâce avec les différents pouvoirs, depuis le temps de Kérékou III. Tévoédjrè laissera au dernier jour un héritage important pour l’humanité. Il s’agit de la Maison de la Paix. Concrétisation matérielle du projet Initiative africaine d’éducation à la paix et au développement par le dialogue interreligieux et interculturel, la Maison africaine de la Paix qui a reçu l’adhésion de nombre d’institutions internationales, dont l’ONU, de nombreux pays dont la Suisse, de nombreuses religions dont l’Eglise catholique, l’Islam et les religions endogènes est un chantier inachevé. En cohabitant, les adeptes des différentes religions qui se réclament des mêmes disciples, des mêmes apôtres élèveront les remparts de la culture de la paix. Le Bénin est une merveille au cœur des pays en conflit avec Boko-Haram. Or, en plus de la démocratie béninoise, c’est de la paix dont le Bénin peut se vanter à l’extérieur. Au-delà de la personne du patriarche, il faut plutôt y voir un héritage exceptionnel pour le Bénin. En effet, cette Maison est un complexe religieux où toutes les religions peuvent cohabiter en utilisant des temples différents commodes à chaque religion. Une salle de conférence et un réceptif hôtelier destiné à recevoir des étrangers ou des hôtes de marque sont abandonnés. Déprimé par l’état de santé d’un nonagénaire, Tévoédjrè, visiblement n’a plus les ressources de faire face aux charges liées aux travaux de finition avant de laisser l’héritage que le Bénin peut offrir à l’humanité. Alors, il faut que l’Etat béninois lui vienne en aide pour en être finalement le légataire historique.

Jean-Claude Kouagou

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