Campagne cotonnière 2020-2021:Le Bénin envisage 850 000 tonnes

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Le Bénin ne dormira pas sur ses lauriers s’agissant de la production cotonnière lors de la prochaine campagne (2020-2021). Actuellement premier en Afrique avec 714 000 tonnes, le pays veut maintenir le cap avec au moins 850.000 tonnes. Pour y arriver et malgré le contexte sanitaire marqué par la pandémie du Coronavirus, le gouvernement a son approche. Interrogé, le ministre de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche, Gaston Dossouhoui, livre tout sur les dispositions prises  pour que l’hégémonie béninoise dure le plus longtemps possible.

Le Conseil des ministres du 1er juillet 2020 a décidé de racheter les intrants coton et le coton-graine sur le prix de l’année dernière. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

 

Gaston Dossouhoui : D’abord, le coton se produit en utilisant beaucoup d’intrants. La semence, d’abord, les engrais et les pesticides par la suite. La conjoncture de cette année est particulière parce que depuis les maisons de fabrication, l’engrais a pris de la valeur. Le coût s’est renchéri. Cela s’est aggravé par la difficulté de transport liée au Coronavirus. Nous avons eu la chance au Bénin d’avoir quelques premiers bateaux qui avaient accosté avant la crise sanitaire. Mais peu de temps après, les coûts ont flambé. Même à l’intérieur du pays, le déplacement de facteurs de production du port, à l’intérieur, devrait être plus cher que l’année dernière, le gas-oil et les frètes. Si tous les planteurs ont demandé, après avoir fait les calculs, que nous avons d’autres avantages à sauvegarder, c’est de pouvoir nous conformer et maintenir notre place de premier. Fort de cela, les sociétés de distribution ont concédé les fameux intérêts…Parallèlement, il y a la mise en place d’intrants pour les cultures vivrières qui se développent…Quant aux insecticides, face aux mêmes conditions, les mêmes raisonnements ont prévalu pour qu’on les maintienne aux prix de l’année dernière de sorte que les insecticides soient à 3500 FCfa le demi-litre, la quantité qui couvrirait un demi hectare, les herbicides à 5000 FCfa mais il y a des herbicides précoces qui sont une nouveauté aujourd’hui qui coûtent 7000 FCfa le litre. Ceci c’est pour encourager les planteurs. L’encouragement, c’est que le cours du coton est aujourd’hui en baisse. Néanmoins, on a maintenu le prix ici et on a récupéré en baissant le prix du kg. On a maintenu ce prix à 265 FCfa le kilogramme de coton graine aux planteurs, prix payé aux planteurs. Sur ces prix encore, les égreneurs paient 15 FCfa en plus dont 10 FCfa de fonction critique et 5 FCfa de réserve stratégique. Les volumes que nous brassons sont maintenant importants. C’est le lieu de rappeler que nous avons été premier l’année, il y a un an. Nous sommes premier encore, la campagne dernière en produisant 714 000 tonnes. Et c’est important, ces mesures ont été prises pour maintenir le Bénin en matière de qualité de productivité.

 

Monsieur le ministre, la question du surendettement se pose dans le secteur. Qu’est-ce qu’il en est et qu’est-ce qu’il faut faire ?

 

Aujourd’hui, les intrants sont pris à crédit. C’est le groupement qui les achète au nom de ses membres. L’Aic a encore mis en place, un crédit spécial d’accompagnement à taux zéro pour que les gens puissent faire les récoltes et autres activités. Mais tout cela ne suffit pas. Il y a les institutions de microfinance aujourd’hui qui ont négocié des crédits au niveau des producteurs par le biais de caution solidaire, les Ca (représentants) de ces groupements prennent les crédits au nom des groupements. Et tous ces crédits sont dénoués au moment où on paie le coton. Il se fait maintenant que parfois sans l’avis des coopérateurs, les groupement prennent suffisamment de crédit et surendettent la coopération au point que quand l’Aic finit de payer les fonds coton, les gens ne sont pas capables de payer à chaque producteur ce qu’ils doivent. Il y a un surendettement interne qui oblige certains à ne pas recevoir le fruit de leur travail. Si nous ne prenons garde, de braves producteurs qui n’avaient pas contracté autant de crédits, n’ayant pas reçu le fruit de leur travail peuvent baisser les bras et dire qu’ils sont démotivés qu’ils ne feront plus le coton. A l’interne, nous aurions tué la filière. C’est pourquoi nous avons pris la décision suivante : à travers d’abord un arrêté interministériel, on a aussi averti les institutions de microfinance, pour dire si une institution de microfinance veut accorder du crédit à un groupement où à un élément du groupement, il est important de faire la requête à l’Aic et de s’assurer que le groupement-là peut régler son crédit, que le groupement n’a pas encore atteint son niveau d’endettement maximal. L’Aic ne doit pas aussi dormir sur cette requête. Il a un maximum de 10 jours pour réagir. De cette façon, on va décourager tous ceux qui vont mettre en place des crédits de façon fantaisiste. De toute façon, si une Institution de microfinance (Imf) passe outre cette disposition, elle aura à payer le prix. On ne va pas lui faire le retrait systématique à la source et va se débrouiller pour prendre son crédit auprès de ceux qui auront contracté.

 

Dans ce contexte de Covid-19, quelle est l’ambition du Bénin pour la campagne prochaine ?

 

Nous n’allons pas mettre la charrue avant les bœufs. Mais il y a une chose : nous voulons absolument aller dans une démarche d’intensification de la production. Une démarche de durabilité dans la production. Cela veut dire que nous allons mettre en place aujourd’hui des technologies innovantes qui préservent la qualité du sol, la qualité du produit que nous allons avoir, les différentes molécules (pesticides, insecticides,…) que nous utilisons, pour garantir une bonne qualité du coton-graine et du coton fibre ainsi que la santé des hommes qui pratiquent la culture cotonnière. De plus, on doit travailler pour que les rendements montent. Aujourd’hui, nous sommes autour de 1,2 tonne par ha. Nous voulons aller nécessairement en moyenne à 1,5 tonne. Ce faisant, même si nous avons 600 000 hectares plantés, nous pouvons titiller les 900 000, ou 1 000 000 de tonnes. Pour aller progressivement, nous mettons la barre à au moins 1,3 tonne par hectare dans tout le Bénin pour la campagne à venir. Si nous arrivons à planter 700 000 hectares, au moins, nous irons à 850 000 tonnes ou peut-être un peu plus. Mais dans tous les cas, nous allons progresser. Je rappelle qu’à l’avènement de ce régime, à la première campagne, à la faveur de la confiance qui est revenue au niveau des paysans à cause de la présence du président Talon, nous sommes passés à 457 000 tonnes. La deuxième année, nous sommes allés à 695 000 tonnes, et nous sommes désormais premier en Afrique. Maintenant nous sommes à 714 000 tonnes. Nous allons monter à 850 000 tonnes au moins pour la campagne à venir.

 

Propos recueillis pour « Le Matinal  » par Abdourhamane Touré

 

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