Campagne exclusivement médiatique pour les Communales:L’heure du bilan sur E-Télé

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Les professionnels des médias apprécient diversement le déroulement de la campagne exclusivement médiatique pour le compte des élections communales du 17 mai. Invités sur la télévision privée E-Télé lundi 25 mai 2020, Constant Agbidinoukoun, Basile Tchibozo, Maurille Carlos, Léonce Gamaï et Marie-Richard Magnidet ont fait le bilan de la gestion de l’instance de régulation. Si pour les uns la campagne s’est déroulée avec satisfaction, pour d’autres, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) n’aurait pas dû procéder à son encadrement. Ci-dessous, leurs arguments.

Marie-Richard Magnidet satisfait du déroulement

 

Globalement, l’ancien conseiller à la Haac, Marie-Richard Magnidet estime que la campagne exclusivement médiatique pour les Communales a été réussie. Sur la chaîne de télévision E-Télé lundi 25 mai 2020, il a reprécisé les intentions de la Haac en encadrant la gestion de cette campagne par les organes de presse. Selon lui, c’est à titre pédagogique que l’autorité de régulation prend une décision en période électorale pour rappeler aux professionnels des médias leur rôle. « Quand vous prenez la décision en question, il n’y a que quelques extraits des différentes lois qui régissent la profession et quelques articles qui régissent notre Code de déontologie. La Haac n’invente rien. Il faut rappeler aux professionnels certaines dispositions de la loi pour ne pas les amener au tribunal. Quand la Haac le fait, ce que les gens ne comprennent pas, est qu’elle est dans la logique de la pédagogie et non la sanction », a-t-il dit en éclaireur. De plus, a-t-il poursuivi, cette décision a été prise de concert avec les associations faitières. « La Haac ne prend aucune décision par rapport à cette période sans associer les associations faitières. C’est une manière de les inclure dans la régulation. L’objectif visé est d’amener les journalistes à éviter de poser certains actes. A des moments donnés, il faut canaliser les libertés. Sinon, on assistera à n’importe quoi. Le plus important est qu’on tire leçon de ce qui s’est passé. Sur ce plan, je trouve que nous avons eu droit à une campagne réussie », a-t-il martelé.

 

Constant Agbidinoukou déplore l’encadrement de la campagne

 

La campagne exclusivement médiatique décidée par le gouvernement, compte tenu de la pandémie du Coronavirus, n’a pas comblé les attentes. Constant Agbidinoukou, journaliste émérite de l’Ortb à la retraite, a dit toute son insatisfaction par rapport à la gestion qui en a été faite ce lundi 25 mai 2020 sur l’émission spéciale de la chaine de télévision E-Télé. Selon lui, les médias ont été seulement à la hauteur de ce que la Haac voulait. « La Haac ne voulait pas que la presse écrite participe à cette campagne au départ. Il a fallu que les responsables du Cnpa écrivent au président de la République pour dénoncer cette anomalie. Cela fait 30 ans que nous avons lutté et exigé la liberté de presse. Cela n’a pas été facile. On a pris d’importants risques à la Conférence nationale. Il faut qu’on permette à la presse de jouer son rôle », a-t-il révélé. Pour l’invité de Latifou Boni, il n’y a pas eu assez de débats pour permettre aux populations de comprendre les projets dont les candidats sont porteurs. « Il fallait organiser beaucoup plus de débats. Moi, cela m’a peiné. A mon avis, on a été très prudent. Les médias sont là pour informer, pour faire vivre la campagne. Qu’on prenne les candidats qui viennent sur les chaînes de télé pour qu’ils défendent les projets dont ils sont porteurs. Celui qui veut diriger Cotonou, qu’est-ce qu’il nous a dit durant la campagne ? Je vais changer la ville. Vous allez le faire comment ? C’est ce qui m’’intéresse. Les déchets qu’on retire chaque jour, comment vous voulez les gérer ? », s’est-il indigné.

« La campagne médiatique a été terne et fade », selon Basile Tchibozo

Quelques jours après la proclamation des résultats, les acteurs des médias font déjà le bilan de la campagne médiatique. Intervenant le lundi 25 mai 2020 sur la chaîne de télévision E-Télé, le président de la Plateforme des promoteurs et acteurs de développement des médias au Bénin (Padem-Bénin), Basile Tchibozo, a confié que la gestion de cette campagne exclusivement médiatique qui est une première au Bénin, comporte des couacs. « Il a eu une sorte de réquisition systématique des organes de presse. On doit se contenter de livrer les messages des partis », a-t-il fait observer. A son avis, cela pose un problème en termes de réflexion intellectuelle par rapport à une campagne. « Le modus operandi, ce n’est que des messages que les partis envoient. Parfois, certains partis envoient un ou deux messages en trois jours. Cela a été terne, cela a été fade. C’est rester une sorte de campagne médiatique fade à telle enseigne qu’on se demande comment l’opérationnalisation a été négociée », a insisté l’ancien candidat aux élections à la Haac. Basile Tchibozo a aussi déploré l’impossibilité pour les organes de presse de contracter d’autres contrats. « La décision prise par la Haac devrait être murie avec toutes les associations des médias. Cela a été brusque », a-t-il souligné.

 

Maurille Carlos : « Il y a à redire »

 

La campagne exclusivement médiatique décidée par le chef de l’Etat, à l’heure du bilan, semble-t-il, comporte des insuffisances. Le lundi 25 mai 2020 sur la chaîne de télévision E-Télé, le journaliste Maurille Carlos de radio Capp Fm a confié que la gestion de cette campagne par la Haac a posé de problème aux organes de presse. « Nous ne nous sommes pas retrouvés comme il se devait », a-t-il fait savoir. Selon lui, si cette campagne exclusivement médiatique se comprend du fait de la crise liée au Coronavirus, sa gestion a toutefois péché, notamment avec l’interdiction faite aux organes de presse de négocier des contrats autre que ceux de la Haac. « Par le passé, il y a un certain nombre d’acteurs qui viennent nous voir pour la couverture de la campagne.  Cette fois-ci on nous l’a interdit. On nous a dit de nous limiter à ce qu’ils nous apportent », a-t-il précisé. A son avis, l’institution chargée de la régulation des médias a été très stricte. « La décision de la Haac est même sujette à critique. On nous a même interdit l’utilisation de certains genres journalistiques. On nous a dit que nos programmes communiqués à telle date ne doivent pas être modifiés lors de la campagne. On l’a fait, mais il y a à redire », a-t-il fait observer.

Léonce Gamaï fustige la non-considération des médias en ligne

Les médias ont-ils joué leur rôle lors de la campagne exclusivement médiatique pour les Communales de 2020 ? La question a fait le menu de l’émission spéciale de la chaîne de télévision privée E-Télé le lundi 25 mai 2020. Léonce Gamaï, co-fondateur du média en ligne Banouto, pense que, globalement les médias n’ont pas pleinement assumé leurs fonctions dans la campagne. A l’en croire, ces fonctions, en période électorale, sont essentiellement d’informer, d’éduquer et de mobiliser. Malheureusement, a-t-il noté, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication s’est contentée d’encadrer cette campagne. « Quand on prend chacune de ces fonctions, vous vous rendez compte que nous sommes restés à l’étape primaire de l’information. C’est juste des messages des partis qui sont plaqués dans les organes de presse écrite. Or, notre fonction est de questionner ces hommes politiques, ressortir les enjeux du développement dans les différentes Communes, mettre en exergue les profils des candidats, allez même fouiller dans leur passé pour voir s’ils n’ont pas des cadavres dans leurs placards. Cela devait se faire à travers des débats », a-t-il fait observer. Selon l’invité de Latifou Boni, la situation des médias en ligne était spéciale, parce que dans la réquisition des organes de presse, la Haac n’a pas pris en compte les médias en ligne. « Le jeu est resté plus ou moins ouverts sur les médias en ligne », a-t-il informé.

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