Can 2019:Imorou raconte la qualification du Bénin

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Le footballeur berruyer Emmanuel Imorou, qui possède la double nationalité, s’est qualifié avec le Bénin dimanche à la Coupe d’Afrique des nations. Il raconte ce moment de joie collective au milieu d’une saison compliquée avec son club du Stade Malherbe de Caen.

 

La qualification

C’était stressant à partir de l’égalisation des Togolais (à la 72e). On sentait que l’on était en position de faiblesse. Au moment du but de Steve (Mounié, à la 83e), c’était la libération. Tout le banc s’est levé. On s’est dit que c’était acquis. C’était le soulagement. Cela fait neuf ans que l’on n’a pas fait la Can donc forcément c’était un soulagement pour nous, pour tout le peuple béninois, pour tous les gens qui étaient au stade ou devant leur télé.

L’ambiance au stade

C’était hyper chaud. L’entrée était gratuite. Du coup, dès le matin, le stade était déjà plein. J’ai vu des images de gens qui grimpaient aux arbres, monter au bout d’une branche pour accéder au stade. C’était hyper dangereux. C’était vraiment la folie. Un de mes amis était sur place et même avec un billet d’invitation, il n’a pas pu rentrer parce qu’il y avait trop de monde. Quand on est arrivés au stade, pour voir comment était le terrain, c’était déjà plein et le bruit était assourdissant. On ne s’entendait plus parler. On sentait que les gens n’attendaient que ça. Le bruit était assourdissant.

L’ambiance après le match

C’était fou. En octobre, lorsqu’on avait battu l’Algérie, tout le monde était rentré sur le terrain. Ça avait été un peu flippant – on se disait que si l’on tombait par terre, on risquait de se faire marcher dessus – du coup, l’invasion a été mieux gérée et a mis plus de temps à se faire. Mais j’avoue que je suis rentré assez rapidement aux vestiaires pour être tranquille (rires). C’est vrai que pour la population, un simple match de foot peut faire beaucoup. Ça leur fait un rayon de soleil dans leur vie. Partout où nous allons, nous sommes félicités, nous sommes encouragés. C’est forcément archi-plaisant et puis quand on est dans une saison qui est compliquée comme la mienne, c’est une bouffée d’oxygène.

Les festivités

La première étape, ça a été de sortir du stade. Là aussi, c’était assez compliqué. Un écran géant avait été mis devant le stade, donc il y avait énormément de monde. On a essayé de sortir, les policiers nous ont escortés jusqu’au bus. Une fois dedans, c’était vraiment plein, plein de monde donc on n’avançait au pas. On est allés jusqu’à notre hôtel où l’on était suivi par des centaines de scooters et de mobylettes. C’était vraiment impressionnant. On s’est posés deux heures à l’hôtel, puis on est allés chez le président de la République qui nous a accueillis chez lui. Il y avait des ministres et le président de la Fédération notamment. Ils nous ont félicités, ils ont eu de beaux discours envers nous, on a pris un apéritif dinatoire là-bas, c’était vraiment sympa. Après on est rentré à l’hôtel ensemble et chacun a fêté ça à sa façon.

La Can 2010

Avant de connaître ma première sélection en 2010, je n’étais jamais venu en Afrique noire. C’était une découverte. Je suis quelqu’un d’assez introverti, j’ai du mal à aller vers les gens, donc je suis un peu resté dans mon coin. Ça faisait beaucoup de découvertes d’un coup. J’ai vraiment apprécié la compétition, c’était exceptionnel. J’avais conscience de ce que c’était, mais je pense que là je vais vraiment l’apprécier à sa juste valeur parce que j’ai une certaine expérience en club et en sélection. Cela va faire dix ans que je suis là. J’ai conscience de la chance que j’ai. Je suis Béninois et c’est rare pour nous de faire la Coupe d’Afrique. Tous ces éléments-là vont faire que ce sera encore plus enrichissant d’y participer.

Le retour au championnat

On est dans une saison très compliquée, dans une passe très compliquée en ce moment (Caen est 20e et dernier de Ligue 1, Ndlr). En plus, à titre personnel, je n’ai pas ou très, très peu de temps de jeu. Étant en fin de contrat, j’aurai à cœur de jouer, d’aider mon club. Je sais que je peux apporter à cette équipe. J’ai l’habitude de jouer le matin, de ce genre de matchs au couteau qui sont épuisants mentalement et physiquement. Et puis, il va falloir que je montre pour l’année prochaine parce qu’il faut que je retrouve un point de chute. Et j’ai envie d’enchaîner les matchs pour arriver avec du rythme à la Coupe d’Afrique.

Sa première partie de saison

Le tout début s’est plutôt bien passé. J’ai pu enchaîner quelques matchs comme titulaire. Après j’ai eu quelques soucis de blessure, des soucis personnels en ce début d’année. Avec toutes ces choses cumulées, c’était assez compliqué. Maintenant, cela va physiquement et mentalement. Je suis apte à tout donner pour faire ce que je sais faire. Je suis rentré à la mi-temps contre Saint-Etienne, avant de partir en sélection. Un de mes coéquipiers avait pris un carton rouge au match d’avant, ce qui faisait une place de plus à mon poste. Mon objectif, ce n’est pas seulement de retrouver le groupe, mais de retrouver une place de titulaire. Je suis un compétiteur. C’est ça qui me pousse et me fait avancer.

Propos recueillis par Ludovic Aurégan (Coll)

Légende : Emmanuel Imorou, lors de la réception, dimanche 24 mars, de l’équipe nationale, par le président du Bénin Patrice Talon

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