Comportements pour une bonne hygiène menstruelle en milieu scolaire:Les conseils du gynécologue Aboudou Mama Séni

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La gestion de l’hygiène menstruelle en milieu scolaire n’est pas chose facile pour les jeunes filles en milieu scolaire, notamment avec le mauvais entretien des toilettes. Cette situation n’est pas sans conséquences sur leur santé. Au détour d’une interview, Dr Aboudou Mama Séni gynécologue-obstétricien, à la clinique de Gynécologie-obstétrique de Lokokoukoumè évoque les risques sanitaires sur ces jeunes filles. Il donne quelques conseils pour une bonne hygiène menstruelle en milieu scolaire. Lire ci-dessous, l’intégralité de l’entretien.

Le Matinal : Que peut-on comprendre par les menstrues ?

 

Docteur Aboudou Mama Séni : Les menstrues, c’est ce que nous appelons communément les règles. C’est lorsqu’au cours d’un cycle menstruel,  il y a ovulation et il n’y a pas eu fécondation. Le follicule sort d’un sac qui se transforme en ce que nous appelons le corps jaune qui fait que la couche interne de l’utérus qu’on appelle endomètre se prépare à recevoir une grossesse. Si la grossesse n’est pas arrivée, donc cet endomètre se dessèche et sort sous forme de menstruation.

 

Quel est l’âge admis chez la jeune fille pour avoir ses premières règles ?

 

L’âge réglementaire pour la jeune fille d’avoir ses premières règles est compris entre 12 et 13 ans. Cependant avec le développement actuel et la précocité de la puberté aujourd’hui, nous avons des fillettes qui commencent par avoir leurs premières règles à l’âge de 8 ans, 9 ans.

 

Quels sont les comportements que la jeune fille doit avoir lorsqu’elle trouve ses premières règles ?

 

Si une fille a ses premières règles, d’abord il faudrait qu’elle sache. Il faut qu’on lui apprenne ce qu’on appelle règle et à partir de ce moment où elle trouve du sang, qu’elle sache qu’elle est devenue une personne en âge de tomber enceinte. Elle n’est plus une enfant. Elle a eu sa puberté donc elle peut tomber enceinte à n’importe quel moment et on doit lui apprendre à gérer les règles, c’est-à-dire quand elle a ses règles,  qu’elle doit faire pour éviter premièrement les infections. Deuxièmement, elle doit avoir certaines règles d’hygiène dans sa tête. Et cela, on doit le lui apprendre à l’école. C’est le travail de nos enseignants. Normalement, c’est depuis la maternelle qu’on commence par apprendre cela aux enfants dans beaucoup de pays. Moi, j’ai été dans les pays scandinaves, c’est quelque chose qui est enseigné aux enfants depuis à l’école maternelle. Dès qu’elles commencent, par comprendre certaines choses, on leur explique : « il viendra un moment de votre vie où on vous aurez du sang tous les mois et quand on a cela, le comportement doit changer ». On n’est plus un enfant et il faut prendre les dispositions pour éviter d’être infectées. Qu’est-ce qui se passe ? Dans nos écoles, les gens n’en tiennent pas compte. J’ai fait pratiquement le tour de tout ce qu’il y a comme écoles, lycées. Que ce soit publiques ou privées, aucune disposition n’est prise pour l’hygiène personnelle des filles.

 

Quelles sont les conséquences que peut causer le mauvais entretien des toilettes dans les écoles et collèges sur la santé des  jeunes filles ?

 

Elles peuvent avoir des infections facilement.

 

Quel genre d’infections par exemple ?

 

La première chose, ce sont les infections vaginales. Nous vivons avec nos microbes et à l’école, chacun vient avec son microbe. Qu’est-ce qui peut se passer ? Il y a ce que l’on appelle le croisement des germes. Quand tu  as ton staphylocoque à toi, j’ai le mien et la troisième personne a également pour elle. Ils n’ont pas les mêmes génomes. C’est ce croisement-là qui fera que la petite fille a ses propres staphylocoques. Ce sont des infections banales sans lesquelles on ne peut pas vivre et c’est son germe qui nous aide. Si nous n’avons pas cela sur notre peau, on sera réfractaire à n’importe quelle infection. Mais, dans des conditions qui ne sont pas des conditions normales, elles deviennent comme si elles étaient nos ennemis. Au lieu de nous aider, sur le plan sanitaire, à nettoyer le vagin, la vulve, cela devient des ennemis et c’est la maladie que cela va nous causer, à plus forte raison quand il y aura un croisement de plusieurs germes. Voyez, par exemple, dans une école maternelle, combien de petites filles viennent ? Même au primaire et au secondaire, combien il y en a ? Vous rentrez dans les toilettes, vous vous rendez compte qu’elles ne sont pas entretenus alors que déjà les parents payent beaucoup pour les écoles. Que ce soit les écoles maternelles, primaires et secondaires privées. Moi je n’ai jamais payé  moins de 300 mille par enfant à l’école et pourtant c’était l’école primaire. Mais quand je suis allé dans les toilettes, j’ai parlé  fatigué. Rien n’a jamais été corrigé. Tu ne peux pas. Ce qui fait que les enfants retiennent les urines. C’est grave pour les enfants.

 

Quel est l’attitude que ces jeunes filles doivent avoir après avoir contracté ces infections ?

 

Elles doivent pouvoir les signaler à leurs parents. Cela passe par la communication. D’ailleurs, ce sont les parents qui font le premier travail. Ce n’est pas à l’école qu’on doit leur apprendre cela. Ce sont les parents d’abord. Quand tu as ton enfant, si c’est un garçon ou une fille, de toutes les manières, tu commences par lui parler des choses qui vont lui arriver et qui ne sont pas encore arrivées. Vous aurez vos règles. Ce n’est pas encore arrivé quand même. On les prépare psychologiquement et quand ça arrive, les règles d’hygiène doivent être rigoureuses. Donc le travail, c’est à la maison. Maintenant si elles contractent ces maladies, l’école n’étant pas le lieu où aujourd’hui quelqu’un va leur en parler, il revient aux parents de le faire. La fille, elle est beaucoup plus proche de sa mère, la mère va lui en parler. Le père, lui en parlera aussi. Vu que moi j’ai une fille, je lui en ai parlé quand elle n’avait pas encore 10 ans.

 

Quels conseils avez-vous à donner à ces jeunes filles qui sont surprises par les menstrues à l’école où les toilettes sont mal entretenues ?

 

Ces jeunes filles doivent communiquer avec leurs parents. L’école ne leur donnera absolument rien. Admettons une fille qui ne sait pas ce qu’on appelle règle avant que les règles ne viennent. Si les règles la surprenne aux cours, qu’est-ce qu’elle peut faire ? Rien. C’est pour cela que je dis que ce sont les parents. Il faut aller en amont. Ce sont les parents qui doivent leur expliquer ce que cela veut dire et que l’âge des règles, lorsque cela va arriver, voilà ce qu’il faut faire. Elles doivent avoir une hygiène rigoureuse. Si ce sont des couches, des bouts de tissus propres, les parents préparent cela pour ces enfants-là. Leur donner des bouteilles d’eau. Elles doivent toujours avoir de l’eau avec elles. C’est le cas de ma fille. Cela a été ainsi jusqu’à aujourd’hui où elle est à l’université. C’est pour vous dire que le travail revient aux parents. Nos  écoles ne sont pas vraiment appropriées pour que nos enfants puissent avoir une puberté, une adolescence vraiment épanouie. Pour le moment, c’est comme cela. Si nous, nous n’avons pas connu d’autres pays, on croirait que c’est pareil partout. Ce n’est pas la même chose dans les autres pays surtout les pays scandinaves. Ils sont bien. Moi j’ai étudié dans l’une des villes de l’ex-union  soviétique, c’était inclus dans la formation. Depuis les écoles maternelles jusqu’à la fin  de vos études, il y avait toujours cette formation sanitaire qui était incluse dans le programme.

 

Un conseil à l’endroit des responsables d’écoles ?

 

On parle aujourd’hui d’infection vaginale. Mais ce n’est pas que cela. Il y a aussi les infections intestinales. Il doit y avoir des points d’eau dans les écoles et établissements pour se laver les mains, du savon et quelque chose pour sécher ces mains  pour que la main  sale n’entre pas dans le vagin. Quand la main sale entre dans le vagin, cela peut amener l’infection de l’extérieur vers l’intérieur. Donc, les chefs d’établissement doivent jouer leur rôle dans ce que les parents payent comme scolarité pour leurs enfants. On parle des filles beaucoup plus parce que ce sont elles qui vont porter les enfants. Les garçons aussi sont des êtres humains et eux aussi peuvent contracter des maladies de la sphère génitale. Donc, il faudra que les toilettes soient propres et régulièrement nettoyées. Un peu comme ce qui se passe dans les hôpitaux, puisque dans les hôpitaux, nous faisons ça nous-mêmes. Ils doivent pouvoir faire cela dans les écoles privées et dans les écoles publiques. Ce n’est pas seulement des points d’eau où il faut laver la main d’une manière assez formelle. On a dit de faire et ils le font. Le conseil que nous avons à donner est que le responsable des écoles doit pouvoir faire ce travail de sorte qu’il y ait le respect du minimum de règle d’hygiène sinon, cela ne peut pas aller. On ne finira pas avec les problèmes.

 

Un dernier mot pour conclure cet entretien

 

Nous devrions être conscients que l’Etat a dit que nous sommes des enseignants. Nous nous sommes des médecins. Nous ne cessons pas de parler de ça. Nous organisons dans ce sens des émissions. Nous avons des émissions que nous faisons et nous en parlons. Nous donnons des conseils pratiques pour éviter les infections aussi bien génitales que digestives.

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