Conférence nationale des forces vives:Il y a 30 ans s’ouvraient les assises!

0
2048

19 février 1990-19 février 2020. 30 ans que le Bénin a vaincu la fatalité en convoquant les assises de l’historique Conférence des forces vives de la Nation à l’Hôtel Plm Alédjo. Retour sur le contexte et le déroulement de cette rencontre  de 10 jours qui a connu la participation de différentes sensibilités et a ouvert le chemin à la démocratie au Bénin.

Le génie béninois s’est exprimé du 19 au 28 février 1990. Alors que le pays était confronté à la crise de 1989, le chef de l’Etat d’alors, Mathieu Kérékou, s’est rendu à l’évidence qu’il fallait ouvrir la brèche pour réformer son gouvernement. C’est ainsi que le 4 août 1989, les échanges ont commencé entre le président Mathieu Kérékou, les syndicats, et les exilés pour aplanir les divergences. Mais le président était foncièrement contre toute idée de multipartisme et donc de vrais changements. Le 7 décembre, une séance gouvernementale a décidé de l’organisation d’une Conférence nationale au premier semestre de l’année suivante. Elle devait marquer la fin du règne du marxisme-léninisme, et doter le Bénin d’une nouvelle loi fondamentale qui intègre le multipartisme, la création d’un poste de Premier ministre, et une décentralisation du pouvoir d’Etat. 15 jours plus tard, soit le 22 décembre 1989, le Comité national préparatoire de la Conférence des forces vives de la Nation a été installé. Sous la présidence de Maître Robert Dossou, ledit Comité a travaillé jusqu’au 19 février, date du démarrage des travaux. L’unanimité a été faite autour du départ de Mathieu Kérékou, mais ce dernier n’était pas dans cette logique. Se rendant compte de l’évidence, le natif de Kouarfa a pris la mesure de la situation. Il a instruit les délégués de mettre en place une commission en vue de procéder à la rédaction de la nouvelle Constitution…Cette dernière avait pour mission de rédiger une Loi fondamentale de bonne facture au lieu de se préoccuper de la formation d’un nouveau gouvernement immédiatement. L’eau a coulé sous le pont. Le gouvernement de transition a été formé. C’est ce dernier qui a organisé le référendum qui a approuvé la Constitution, et les élections qui ont permis d’installer le Parlement, puis  d’élire le président de la République en 1991.

 

Déroulement des travaux

 

Au premier jour de la conférence nationale, c’est-à-dire le 19 février 1990, une question préjudicielle à laquelle il fallait trouver de réponse s’était posée. Il fallait s’assurer de la légitimité des décisions qui seront issues des travaux, les délégués n’ayant pas été élus par le peuple. Le problème avait été soulevé par le délégué Alexis Hountondji dans l’après-midi du 19 février. Après de moult discussions, les délégués ont fini par s’entendre sur la nécessité de poursuivre la Conférence. Toutefois, il fallait avoir la garantie de la reconnaissance de la souveraineté de l’Assemblée. En attendant, deux groupes se sont constitués : celui partisan d’un régime présidentiel et celui d’un régime parlementaire. Le premier devrait assurer la stabilité économique avec un Exécutif fort, et le second un Premier ministre responsable devant le Parlement, qui pouvait censurer une prise de pouvoir. Finalement, c’est le régime présidentiel qui va triompher, avec un Premier ministre pendant la période de transition. La dernière bataille, celle de la souveraineté, a connu son épilogue le 25 février par le vote de 370 délégués pour la souveraineté de la Conférence, contre 17. Dès lors, les décisions de la Conférence ont été rendues exécutoires. Conséquence, la dissolution des institutions issues du parti unique a été prononcée. Ce coup de force n’a pas été du goût du gouvernement en place, en l’occurrence son chef. Le 26 février, Mathieu Kérékou a pris part aux travaux de la Conférence dans le but de remettre en cause la décision prise. Il attendait « l’indication des mesures efficaces et concrètes propres à sortir le pays du marasme économique », et les conférenciers lui ont servi la politique de la souveraineté. Naturellement, il a refusé de rendre le tablier, mais il n’aura pas le choix car le Premier ministre, Nicéphore Soglo, a été élu. La présence de Mathieu Kérékou était devenue de plus en plus inutile. A bout, l’artisan de l’ouverture démocratique a dû jeter l’éponge. Il a fini par reconnaître les conclusions de la Conférence nationale et pris l’engagement de la mise en œuvre des recommandations. La Conférence s’est achevée le mercredi 28 février. A cette occasion, le rapporteur général, Albert Tévoédjrè, a déclaré : « Une reconquête de soi, de sa dignité de manière à reprendre l’initiative historique, la responsabilité de son destin, dans l’amitié avec les autres peuples et nations ».

 

Conséquence

 

La première conséquence de la Conférence après la clôture des travaux est l’élection de Nicéphore Soglo comme président de la Nouvelle République le 1er août 1991. Cinq années plus tard, en 1996, grâce aux institutions installées, l’héritage démocratique a été poursuivi. Mathieu Kérékou a été élu président de nouveau. Il a dirigé le pays jusqu’en 2006, date à laquelle il ne pouvait plus se représenter à l’élection présidentielle, la Constitution ayant limité le mandat présidentiel à un, renouvelable une seule fois.

 

Serge Adanlao

 

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here