Coopération monétaire entre l’Uemoa et la France:Le Bénin, l’un des grands artisans de l’Eco

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A travers  un accord intervenu le samedi 21 décembre 2019 à Abidjan, en présence des présidents français, Emmanuel Macron, et ivoirien, Alassane Ouattara, la fin du FCfa a été définitivement actée. Cette étape laisse place désormais aux diligences à engager par l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) pour l’avènement de l’Eco, la nouvelle monnaie commune.
Le Bénin a joué un rôle de premier plan dans l’avènement de la monnaie Eco. En témoigne l’implication sans faille de son ministre de l’Economie et des finances Romuald Wadagni et du président Patrice Talon. Dans ce débat sur le FCfa, l’opinion nationale et internationale se souvient encore de cet entretien que le Chef de l’Etat du Bénin a accordé à France 24 et Rfi le 7 novembre 2019. Dans son intervention, Patrice Talon avait déjà annoncé qu’un accord interviendrait sous peu et que les Etats africains concernés seraient libres de la gestion de leurs réserves de change. La présence du ministre de l’Economie et des finances, le président en exercice de la Conférence des ministres de l’économie et des finances de l’Uemoa, a été d’une grande contribution à l’aboutissement heureux du processus. Cheville ouvrière de cette ambitieuse réforme, Romuald Wadagni a tout mis en œuvre pour donner à cette œuvre régionale un contenu intéressant.
Historique et contenu d’une réforme innovante
Trois évolutions majeures sont actées à travers cette réforme. Il s’agit du  changement du nom de la monnaie de l’Uemoa qui deviendra l’ »Eco », la fin de la centralisation des réserves de change de la Bceao au Trésor français, le retrait de la France des instances de gouvernance dans lesquelles elle était présente. Le rôle de la France est transformé en celui de garant financier. Pour mémoire, les accords de coopération monétaire entre l’Uemoa et la France prévoyaient jusqu’ici d’une part, la centralisation d’une partie des réserves de change de la Bceao sur un compte d’opérations, ouvert dans les écritures du Trésor français, d’autre part, la présence de la France dans un certain nombre d’instances de gouvernance. Ces deux aspects vont disparaître. La centralisation en France d’une partie des réserves de change sera supprimée dans le cadre de la réforme. La France ne nommera plus aucun représentant dans les instances de l’Union où elle était présente : le Conseil d’administration et le Comité de politique monétaire de la Bceao, ainsi que la Commission bancaire de l’Umoa. Pour mémoire, la France ne participait pas aux principales instances décisionnelles que sont le Conseil des ministres de l’Uemoa et la conférence des chefs d’État.
Pas de parité fixe avec l’Euro
Il est utile de rappeler que la réforme ne remet pas en cause la parité fixe avec l’Euro et la garantie de la France. L’adoption de la nouvelle monnaie unique par tous les pays de la Cedeao pourra amener, le moment venu, d’autres évolutions. Dans la phase actuelle, les paramètres fondamentaux que sont la fixité du régime de change et la garantie sont maintenus. Ils représentent des éléments clés de la stabilité macroéconomique et monétaire de la zone Uemoa. Beaucoup se demanderont pourquoi cette réforme intervient aujourd’hui. En effet, la réforme actée aujourd’hui est le fruit de la volonté de l’ensemble des Etats de l’Uemoa et traduit la confiance supplémentaire de chaque partenaire l’un envers l’autre. Elle est aussi une étape préalable pour s’inscrire dans la feuille de route du projet de monnaie unique de la Cedeao. Elle s’inscrit dans la dynamique d’émergence déjà bien établie depuis plusieurs années au sein de l’Union.
Mise en œuvre concrète de
la réforme
La réforme a un effet immédiat après la signature de deux documents : un nouvel accord de coopération monétaire, qui remplace l’accord actuel qui avait été signé en 1973, et une nouvelle convention de garantie. Alors qu’elle est actuellement obligée de centraliser auprès du Trésor français 50% du montant de ses réserves, tout en disposant en retour et à tout moment de la même valeur mais en franc Cfa, la Bceao n’aura à l’avenir plus d’obligation particulière concernant le placement de ses réserves de change. Elle sera libre de placer ses avoirs dans les actifs de son choix, en fonction des rémunérations proposées par les différents actifs. Comment fonctionnera la garantie à l’avenir ? La garantie apportée par la France fonctionnera sur le même principe qu’actuellement : si la Bceao fait face à un manque de disponibilités pour couvrir ses engagements en devises, elle pourra se procurer les euros nécessaires auprès de la France.
Quid du projet de monnaie unique de la Cedeao ?
La réforme des relations de coopération monétaire entre l’Uemoa et la France s’inscrit dans le contexte de la création d’une monnaie unique à l’échelle de la Cedeao, dont certains paramètres ont été définis par les chefs d’Etat de la Cedeao en juin 2019, et qui permettra d’accroître l’intégration régionale des pays d’Afrique de l’Ouest. La mise en œuvre de ce projet pourrait débuter dès 2020, comme l’ont annoncé les autorités de la région. Pour autant, de nombreuses étapes restent encore à franchir et le respect des critères de convergence par chacun des Etats membres sera déterminant. C’est notamment pour s’inscrire dans ce processus et pour se préparer aux échéances à venir que les autorités de l’Uemoa ont souhaité refondre les modalités de leur coopération monétaire avec la France. A quel horizon alors la monnaie unique de la Cedeao pourrait-elle remplacer le franc Cfa? Un élargissement de l’Uemoa est-il envisagé à court terme ? Les autorités de la Cedeao ont annoncé en juin 2019 avoir retenu le nom « Eco » pour leur future monnaie. C’est donc en toute logique que les autorités de l’Uemoa ont décidé de transformer le nom de leur monnaie, du « Franc Cfa » en « Eco ».
Abdourhamane Touré

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