Coordonnateur de l’unité de gestion du projet Arch:Venant Quenum à cœur ouvert sur le volet assurance maladie

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La phase pilote du volet Assurance maladie du projet Arch prend en compte cinq localités du Bénin. Pour mieux comprendre le projet à travers ce volet et avoir une idée sur ce qui est fait jusque-là, nous nous sommes rapprochés du coordonnateur de l’Unité de gestion du projet, Venant Quenum. A travers une interview qu’il a accordée à notre rédaction, il nous fait ici le point du projet de juillet à octobre 2019. Lire ci-dessous l’intégralité de l’entretien.

Matinal : Que peut-on comprendre par le Projet Arch ?

 

Venant Quenum : Le projet Arch est le principal outil de mise en œuvre de la stratégie de protection sociale du gouvernement. Il constitue un paquet intégré de quatre services de protection sociale à savoir : l’assurance maladie, la formation, le crédit et l’assurance retraite qui seront délivrés dans le cadre d’un guichet unique de l’Agence nationale de protection sociale (Anps).

 

Quand est-ce que le projet a vu le jour ?

 

Le document du projet a été validé en mai 2017 par le gouvernement dans sa phase conceptuelle. Mais après cela, nous avons conduit des études approfondies sur chacun des volets du projet. Ce qui nous a permis aujourd’hui la possibilité d’opérationnaliser les différents volets du projet Arch.

 

Que revêt le volet assurance maladie ?

 

Le volet assurance maladie est considéré comme le cœur du dispositif de Arch. C’est le volet le plus important et le plus compliqué à mettre en œuvre. Le bien-fondé de ce volet est d’abord d’avoir des populations qui jouissent d’un parfait état de santé pour être capables de produire. C’est pourquoi nous mettons un accent particulier sur le volet assurance maladie.

 

La phase pilote du volet assurance maladie a démarré depuis juillet dernier. Quelles sont les localités bénéficiaires ?

 

La phase pilote va se dérouler dans sept Communes du Bénin. Deux Communes au Sud, deux Communes au Centre et trois Communes au Nord. Au Sud, nous avons les Communes d’Abomey-Calavi et de Sô-Ava. Au Centre, nous avons les Communes de Dassa et de Glazoué. Au Nord, nous avons les Communes de Djougou, Copargo et Ouaké.

 

La phase pilote a-t-elle démarré simultanément dans toutes ces Communes ?

 

Nous sommes dans un processus progressif. C’est vrai, le gouvernement a déjà commandé 350 mille cartes pour les indigents concernés de toutes ces zones, mais le rythme d’impression des cartes nous a seulement permis d’obtenir les premières cartes pour les zones de Calavi et Sô-Ava. Et ces cartes ont été automatiquement distribuées aux populations de cette zone qui ont commencé par aller aux soins. Nous projetons d’ici à quelques semaines de recevoir le deuxième lot de cartes concernant les cinq autres Communes qui restent et simultanément, nous ferons le déploiement de ces cartes sur ces cinq Communes.

 

Quand nous prenons ces différentes localités, comment est-ce que la mise en œuvre de la phase pilote se fait  de façon pratique ?

 

Nous avons un processus d’abord de formation des acteurs du système de santé sur le contenu du panier de soin. Nous mettons à leur disposition les outils de prise en charge des malades. Nous leur indiquons les pathologies qui sont prises en compte, les médicaments associés à cela, et les centres de santé se mettent au pas pour accueillir les malades. Dans les premières zones déjà, nous avons apporté une dotation en termes de médicaments, puisque l’assurance maladie de l’Arch va de la consultation  aux médicaments en passant par les analyses. Donc, les centres de santé sont préparés pour accueillir les malades avant qu’ils ne commencent par aller dans les centres de santé. Si bien qu’au jour d’aujourd’hui, avec la collaboration de l’Agence nationale de l’assurance maladie (Anam), les formations ont été déjà faites pour les acteurs de terrain. Donc, les médecins, le personnel médical des zones sanitaires de Dassa, Glazoué, Djougou, Ouaké et Copargo sont dans le processus de recyclage de préparation pour accueillir très prochainement  leurs premiers malades du projet Arch.

 

Si l’on doit faire un bilan à mi-parcours depuis juillet à aujourd’hui, que peut-on retenir ?

 

Nous pouvons retenir qu’aujourd’hui, nous avons environ 700 bénéficiaires du projet Arch qui sont allés dans les centres de santé se faire soigner gratuitement à la charge du projet Arch. Nous avoisinons déjà une enveloppe financière de près de 1 million 200 mille francs Cfa de factures qui seront honorés dans un délai d’un mois au maximum vis-à-vis des prestataires et nous devons aussi  signaler peut-être quelques difficultés de mise en route du processus. Heureusement, les acteurs du Ministère de la santé se sont dévoués à la tâche et corrigent au fur et à mesure les petites difficultés qui s’observent si bien que la première tournée de suivi effectuée par le comité national de suivi du projet composé des Ministres et du coordonnateur que je suis a été très satisfaisante.  La mise en œuvre du projet dans sa phase actuelle rassure.

 

Quel est le montant alloué à la phase pilote ?

 

Nous sommes dans une enveloppe budgétaire de l’ordre de 3 milliards ou plus précisément de 2 milliards 855 millions francs Cfa pour couvrir la phase pilote qui durera entre 6 mois et 9 mois au maximum afin d’opérer les réglages nécessaires avant l’extension de l’assurance maladie de l’Arch à toute la population.

 

Etes-vous sûr que ce montant permettra de couvrir cette phase pilote ?

 

Largement. Nous sommes partis sur la base d’estimation précise et les études nous ont donné les outils pour évaluer le nombre de personnes qui pourraient être prises en charge dans le cadre de cette phase pilote et les coûts associés. Les premiers constats ont montré que nous sommes à 99% sur le bon chemin. On avait prévu que les pathologies les plus importantes soient le paludisme, la diarrhée et quelques affections connexes, et les chiffres du premier mois concordent parfaitement avec le contenu du panier de soins. 73% de personnes sont prises en charge pour cause de paludisme. Les maladies diarrhéiques représentent 2% des prises en charge  et les autres affections connexes. Donc, nous sommes totalement dans le contenu du panier qui nous rassure pour le bon déroulement de cette phase pilote.

 

Quelles ont été les difficultés rencontrées durant la période d’essai ?

 

Nous avons rencontré quelques difficultés en matière d’organisation, de préparation des acteurs et aussi une faible communication autour du processus. Les populations devraient être plus informées, parce que nous avons distribué près de 20 mille cartes à Abomey-Calavi et Sô-Ava. Il n’est pas évident que tous les bénéficiaires sachent la conduite à tenir par rapport à l’outil qui se trouve dans leurs mains. Aujourd’hui, ils peuvent se faire consulter gratuitement dans les centres de santé. Au moindre malaise, les populations devraient avoir le réflexe d’aller se faire consulter dans un centre de santé.

 

Le choix des bénéficiaires s’est fait comment ?

 

Le choix des bénéficiaires est fait au terme d’un long processus d’identification des pauvres extrêmes du Bénin. C’est un processus en trois grandes étapes. La première étape s’est déroulée sur toute l’étendue du territoire national où avec l’aide des communautés, on a ciblé les ménages en situation de pauvreté. La deuxième étape a permis d’envoyer des enquêteurs sous la supervision de l’Insae, faire une enquête sur les conditions socio-économiques des ménages supposés pauvres. Et c’est au regard des données recueillies que l’Insae calcule le score de pauvreté des individus. Il y a un seuil qui permet de retenir un ménage comme étant en situation de pauvreté extrême ou non. C’est après ce travail qu’on a une première base de pauvres et cette base dans une dernière étape est soumise encore à la communauté pour dire, vous nous avez identifié un certain nombre de personnes en situation de pauvreté présumée. Après les tests, tel nombre de ménages, a été retenu. Par contre, nous avons d’autres ménages qui ne sont pas en situation de pauvreté au regard du bien matériel, du confort dans lequel ils vivent chez eux. On ne peut pas les considérer comme des pauvres extrêmes. Ensemble avec la communauté, nous validons cette liste de ménages pauvres extrêmes qui seront prises en charge par le gouvernement à 100% pour leur prime d’assurance.

 

Pour cette phase pilote, les personnes identifiées sont au total combien ?

 

Dans notre base, nous avons environ 120 mille ménages en situation de pauvreté extrême qui pourront bénéficier intégralement de la prise en charge pour l’assurance maladie Arch.

 

Tantôt vous évoquiez les difficultés rencontrées, quelles sont les solutions que vous envisagez pour corriger le tir ?

 

Il y a les problèmes d’insuffisance d’effectif dans les centres de santé par exemple qui sont en voie d’être corrigés par le gouvernement à travers un recrutement massif du personnel de santé pour renforcer les centres de santé. Parce que, au regard de ce que nous observons aujourd’hui, si la grande affluence commence avec tous les bénéficiaires, on imagine que les centres de santé pourraient être très vite débordés. Mais pour le moment, le problème se pose à une petite échelle et le Ministère de la santé a pris des dispositions pour redéployer du personnel dans les centres de santé pilotes afin que le déficit soit comblé.

 

Après la phase pilote, quelle sera la suite ?

 

A la fin de la phase pilote, il est prévu une petite évaluation et au terme de cette évaluation, nous allons voir s’il y a des paramètres à corriger ou non et suggérer au gouvernement la possibilité de généraliser le projet Arch sur toute l’étendue du territoire national.

 

Un dernier mot pour conclure cet entretien

 

Je vous remercie pour votre démarche et l’intérêt que vous portez aux populations. Je voudrais profiter de l’opportunité que vous m’offrez pour dire aux bénéficiaires de l’Arch de ne pas hésiter à se rendre dans les centres de santé pour se faire examiner avec leurs cartes biométriques du Ravip. Vous savez, c’est une première. Pour les premiers exemplaires de la carte biométrique d’identité nationale, ce sont les pauvres extrêmes du Bénin qui sont les privilégiés, qui ont obtenu les premières cartes, et c’est inédit. Cela  n’a pas commencé par les fonctionnaires. Cela n’a pas commencé par les riches. Ce sont les pauvres du Bénin qui sont  les premiers à obtenir la carte d’identité nationale biométrique et ça, c’est à l’actif du gouvernement qu’il faudrait remercier.

 

Propos recueillis par Léonce Adjévi

 

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