Débat sur le dialogue politique et ses implications :Les vérités de Talon sur France 24 

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Dans un entretien accordé à France 24 et Rfi depuis Cotonou jeudi 7 novembre 2019, le président Patrice Talon a livré ses vérités sur les violences meurtrières qui ont secoué le Bénin en cette année électorale et a tendu la main à son rival en exil, Yayi Boni. Il s’est exprimé également sur le dialogue politique et ses implications, son projet avorté de mandat unique, la fermeture des frontières nigérianes, le franc Cfa et d’autres sujets.
Cette année a été marquée par une grave crise politique et par des violences meurtrières. Les législatives se sont déroulées en l’absence des partis de l’opposition. Le 28 avril, ¾ des Béninois se sont abstenus à ces élections législatives. C’est un record. Est-ce que cela n’a pas été pour vous un désaveu ?
Désaveu par rapport à quoi ? Par rapport à la réforme du système politique ou par rapport à mon action globalement, aux plans économique, social, sécuritaire ou éducationnel ? Un désaveu, je ne pense pas. Je ne fais pas cette lecture. A mon arrivée, j’ai dit haut et fort que la réforme du pays s’imposait sur tous les plans, y compris sur le plan politique. Les lois qui ont été  votées pour réformer le code  électoral, pour réformer la Charte des partis politiques ont été votées par le Parlement sortant, par les  députés qui étaient en place avant mon arrivée. Ce sont eux qui ont voté les lois en question.  Mais dans la  mise en œuvre de ces lois, comme on a pu le constater, il s’est posé quelques problèmes. Tout le monde n’a pas été en mesure de satisfaire les exigences de la loi. Les lois ont mis la barre un peu haut pour la compétition.
Vous le regrettez ?
Non. Je ne peux regretter parce que c’est une bonne chose. Mais je trouve que  la classe politiques et les groupes politique n’étaient pas suffisamment préparer à satisfaire les exigences qu’eux-mêmes ont fixées. Cela a donné lieu à des controverses auxquelles nous avons assisté. Mais quelles sont les réformes constructives, réparatrices qui n’engendrent pas des heurts et des controverses. C’est pour cela que la pertinence de la réforme a été confirmée par les difficultés que nous avions eues  à les mettre en œuvre sans histoire. Mais c’est derrière nous.
Cela n’est pas totalement derrière vous. Vous aviez parlé des heurts. Il y a eu des violences meurtrières très rares presque sans précédent dans le pays. Votre ministre de l’intérieur a admis que les forces de sécurité avaient utilisé des armes létales. Amnesty internationale affirme qu’il y a au moins 4 morts. Aujourd’hui, est-ce que vous pouvez nous dire officiellement parce que le Gouvernement n’a jamais exprimé sa position, combien de morts il y a eu dans ces troubles ?
Il y a eu des morts.
Combien ?
Je peux vous l’affirmer. Le Procureur de la République et le Ministère de l’intérieur ont annoncé qu’il y a eu environ 4 morts. La difficulté est qu’il y a des gens qu’on appelle des chasseurs qui ont été mobilisés à l’intérieur et à l’extérieur du pays par des acteurs politiques. Ces chasseurs ont tiré avec des armes sur des agents de sécurité, des militaires, des policiers et même sur des civils. Parfois  la riposte de protection des biens publics et de protection de soi a amené certains agents de sécurité à faire face aux tirs de ces chasseurs. Alors, les dégâts que cela peut causer aux plans matériel et humain, dans un camp comme dans l’autre,  et parfois pour dissiper leurs actions, certains sont partis avec leurs blessés. Parce que quand vous tirez sur les forces de l’ordre elles ripostent. Pour ne pas laisser des traces de qui vous êtes, les gens partent parfois avec les blessés. Donc, en estimant  que les dégâts ont pu être causés ici et là je confirme qu’on pouvait  atteindre le nombre 4 morts.
Et vous prenez votre part de responsabilité ?
Tout à fait comme la plupart des Béninois. Je suis le premier responsable aujourd’hui des forces de sécurité. Je suis le premier responsable en matière de maintien de l’ordre. Et toutes les fois qu’il y a des dérapages, qu’il y a un groupuscule de gens qui s’attaquent à leurs concitoyens, je suis le premier à assumer la responsabilité  dans un cas ou dans l’autre.
Monsieur le président, est-ce que vous vous représenterez en 2021 ?
Etre candidat éventuellement ne conditionne pas mon action au quotidien. Cette candidature éventuelle  dépend de trois choses. Cela dépend de ma disponibilité personnelle, de mon état d’esprit. Cela dépend de l’environnement politique dans lequel nous sommes, puisque  les réformes en cours tendent à renforcer le rôle des partis politiques. Le troisième facteur duquel dépend la candidature de Patrice  Talon, c’est la mise en œuvre de mon action actuelle. Je suis relativement satisfait de la définition de l’action gouvernementale même si dans la mise en œuvre, il nous a fallu plus de temps que prévu. Ces trois facteurs demain détermineront mon choix. Je vous dis, j’aviserai en tenant compte de ces trois facteurs demain si je dois être candidat ou non.
Pour le cas du président Boni Yayi. Il y a eu des semaines de tensions à Cotonou. Vous avez fini par le laisser partir à l’étranger. De façon concrète, est-ce que vous vous êtes parlé directement ? Va-t-il rentrer au Bénin ?
C’est mon souhait que le président Boni Yayi rentre au Bénin. C’est un ancien président du Bénin. Le président Boni Yayi est désormais une personnalité particulière dans l’espace de vie au Bénin. Nous sommes dans l’Union africaine et la Cédéao. Et l’alternance politique doit être une réalité en Afrique. Les présidents en exercice doivent facilement passer la main. C’est pour cela que quelqu’un qui a été président de la République et qui, peut-être est confondu à des choses répréhensives doit faire l’objet d’un traitement particulier. C’est difficile à dire. Parce que je viens de dire tantôt dire que chacun doit répondre de ses faits et gestes. Mais, les pays africains continuent de se construire. Je ne peux vous dire que la Nation béninoise, nous avons fini de la construire. J’ai également, dans mon rôle actuel, la responsabilité de porter ma pierre à la construction de la Nation béninoise. Pour qu’un ancien président se fasse l’objet de tracasseries fondées ou pas, une bonne partie de la Nation, le peuple peut mal le percevoir. Et c’est pour ça que j’ai beaucoup regretté son implication dans ce qui s’est passé parce que le président Boni Yayi a été impliqué dans ce qui s’est passé. Je le lui ai fait comprendre parce que je suis direct. Mais, c’est du passé. Malgré cela, mon souhait était qu’il rentre et montre au peuple béninois que même s’il a désapprouvé la manière dont les élections se sont passées par la mise en œuvre des nouvelles lois et que cela a pu amener de la violence, nous sommes capables de tirer un trait sur cet événement difficile pour nous et que chacun de nous, dans la sagesse, continue de contribuer à un environnement de paix et de développement. Boni Yayi a été pendant 10 ans président de la République du Bénin, donc responsable de notre devenir, de notre destin commun. Même s’il n’est plus dans la charge, la noblesse de la fonction continue d’être pour lui un impératif. Et c’est pour cela qu’il serait bien que le président Boni Yayi rentre d’autant qu’aujourd’hui, plus personne ne doit craindre des poursuites de son action à cause de l’amnistie. Il n’a plus rien à craindre même s’il avait des inquiétudes quant à l’interprétation d’un juge sur ce qui s’est passé. C’est fini.
La semaine dernière, le Parlement a adopté une loi d’amnistie que vous venez de promulguer ce jeudi matin. Donc, beaucoup s’attendent à des libérations des dizaines de personnes qui avaient été arrêtées pendant ces conflits qu’on vient d’évoquer, mais certains défenseurs des droits de l’homme et d’autres pensent que c’était un moyen de protéger les forces de l’ordre contre d’éventuelles poursuites et d’éventuelles bavures que vous avez pu évoquer.
J’ai promulgué ce matin (hier jeudi 7 novembre 2019) la loi d’amnistie qui a été souhaitée par la classe politique toute entière et qui a été votée parle Parlement à l’unanimité. Nous savons très bien que, ce qui a été à la base de ces heurts et violences est bien la mise en œuvre d’une réforme politique souhaitée de commun accord, et qu’à l’occasion de la mise en œuvre, certains, n’ayant pas pu, ont voulu forcer le recul, l’annulation, la remise en cause de cette réforme. Si la classe politique reconnait dans son ensemble qu’elle n’a pas été à la hauteur des réformes souhaitées, est-ce que la conséquence qu’il faut tirer est que ceux qui, dans la manifestation, ont pu connaître des actes délictueuses ne doivent pas également être considérés comme étant des victimes de l’incapacité de la classe politique à conduire les réformes qu’elle a souhaitées ? Je pense aujourd’hui que la classe politique, dans son ensemble, est plus responsable de ce qui s’est passé autant que ceux qui ont été manipulés. Alors, si nous révisons les textes, aussi bien la Charte des partis politiques que le code électoral pour permette à la classe politique d’avoir une démarche plus graduelle dans la réforme politique, il est évident que les jeunes, les garçons qui ont été manipulés, qui ont été pris la main dans le sac par les enquêtes, il faut prendre des mesures pour les élargir. C’est une conséquence logique de notre aveu d’incapacité à faire les réformes que nous avons souhaitées nous-mêmes.
Vous avez tenté de faire passer un projet de mandat unique et l’opposition a fait échouer votre tentative. Cette réforme politique que vous faites en l’absence de toute l’opposition pour réviser la constitution n’est-elle pas une façon pour vous de prendre votre revanche ?
Oh non ! Je dois vous avouer que même si je continue de croire et de penser que le mandat unique est un bon modèle au profit de l’efficacité de l’action gouvernementale, je n’ai pas la prétention de dire qu’à tous les coups, ce modèle doit s’imposer à mes compatriotes. Le Parlement d’alors n’avait pas voté et n’a pas examiné cela. J’ai dit à plusieurs reprises que je faisais mon deuil de cette affaire. Les réformes constitutionnelles qui ont été faites que j’ai promulguées ce matin procèdent de la volonté et du consensus politique. A l’occasion du dialogue politique, les acteurs, dans leur quasi-unanimité, ont souhaité des aménagements, une certaine modernisation de notre arsenal organisant la vie politique et c’est la traduction des recommandations qui a généré ce besoin de réformer la Constitution. Je vous donne exemple. Si on décide de regrouper les élections désormais et que les élections législatives, présidentielles et communales aient lieu dans une même année électorale et que cela soit ainsi pour les temps à venir, cela veut dire que les mandats sont désormais de même durée. On ne peut le faire que si on touche la constitution parce que la Constitution a fixé le mandat des uns et des autres. Le mandat des députés est de 4 ans. Comment pouvons-nous, à l’avenir, porter le mandat à 5 ans pour organiser les élections dans la même année électorale de manière régulière et indéfiniment si on ne touche pas à la Constitution. Tout ce qui a été amendé, révisé au niveau de la Constitution relève de la volonté des acteurs politiques de manière unanime.
Avant de revenir sur le fond de la révision constitutionnelle, vous avez parlé de ce dialogue national.  Mais le dialogue national n’en était pas vraiment, parce que si les partisans d’anciens Présidents Nicéphore Soglo, Thomas Boni Yayi et de Sébastien Ajavon ne participent pas ce n’est pas vraiment un dialogue. C’est un monologue avec des partis qui vous sont proches ou affiliés.
Vous avez suivi le dialogue ? Vous n’avez pas vu le Parti du Président Boni Yayi Boni, les Fcbe participer au dialogue. Qui n’avez-vous pas vu au dialogue ? Donnez-moi le nom d’un…
Je vous ai cité des exemples, des noms des gens qui ont organisé un contre dialogue. C’est la preuve qu’ils ne voulaient pas s’asseoir à votre table.
Je m’intéresse à ce qui se passe dans mon pays. Je me suis également intéressé à ce que vous appelez contre dialogue et moi je n’ai vu personne. C’est vrai que j’ai vu l’ancien Président Nicéphore Soglo et je n’ai vu presque personne d’autres. J’ai vu aussi mon ancien Ministre de la défense Candide Azannaï. Mais je n’ai pas non plus la prétention que tout ce que nous allons faire au Bénin fera l’unanimité totale et que les 11 millions de Béninois, tous ensemble seront capables de s’asseoir à la même table. Pour moi les partis qui étaient représentés à ce dialogue dont les Fcbe qui constituent ce que vous appelez le Parti du Président Yayi Boni et qui à la date d’aujourd’hui, restent le même parti et je n’ai pas appris qu’ils ont eu une scission. Ils ont été suffisamment représentés, même par le secrétaire exécutif national. Ils ont participé. Les recommandations qui ont été formulées ont été exprimées dans un cadre de consensus et leur mise en œuvre s’est traduite par ce que vous avez vu. Je n’ai pas vu un seul élément de la révision constitutionnelle qui ne relève pas de l’intérêt général, qui ne soit pas conforme à la volonté depuis longtemps exprimée de moderniser notre arsenal juridique en la matière.
Dans cette loi de révision constitutionnelle que vous avez promulguée le jeudi matin, la règle des deux mandats présidentiels maximum est maintenue. En revanche, vous renoncez à cette promesse de candidat que vous faisiez en 2016 au projet du mandat unique ? On se souvient quand vous étiez candidat vous disiez : « Pour moi le mandat unique est fondamental parce que vouloir renouveler son mandat perverti le pouvoir et conduit à prendre des mesures populistes. Est-ce que vous avez changé d’avis ?
Non, je continue de croire à cela. Je viens de le dire.
Pourquoi vous n’avez pas fait passer ce mandat unique parce que vous avez maintenant une majorité très confortable à l’Assemblée nationale ?
Pourquoi devrais-je à cette occasion introduire et faire passer ce qui pour moi relève d’une volonté personnelle. Ce que vous venez de dire, si cela avait été voté dans la constitution, cela me donnerait raison. Ce qui prouve que je me suis servi du consensus de la classe politique, parce que j’ai un Parlement qui dans son ensemble, est favorable à mon action, je me serais servi de cet environnement pour faire passer mes réformes qui me paraissent chères ? Non. Je suis un homme honnête et dans l’action politique, j’essaie de rester le plus possible dans la conformité de ce caractère que j’ai.  J’aurai été ravi de voir mon pays un jour adopter ce modèle, mais il ne serait pas bien. Je peux brouiller le message que ce qui me parait cher, que les Béninois n’ont pas adopté. Je profite de cette occasion pour le faire passer. Cela me donnerait raison. Tout ce qui a été fait, tout ce qui a été apporté comme amendement relève exclusivement des recommandations des acteurs politiques.
La semaine dernière, le Parlement a adopté une loi d’amnistie que vous venez de promulguer ce jeudi matin. Donc, beaucoup s’attendent à des libérations des dizaines de personnes qui avaient été arrêtées pendant ces conflits qu’on vient d’évoquer, mais certains défenseurs des droits de l’homme et d’autres pensent que c’était un moyen de protéger les forces de l’ordre contre d’éventuelles poursuites et d’éventuelles bavures que vous avez pu évoquer.
J’ai promulgué ce matin la loi d’amnistie qui a été souhaitée par la classe politique toute entière et qui a été votée parle Parlement à l’unanimité. Nous savons très bien que, ce qui a été à la base de ces heurts et violences est bien la mise en œuvre d’une réforme politique souhaitée de commun accord, et qu’à l’occasion de la mise en œuvre, certains, n’ayant pas pu, ont voulu forcer le recul, l’annulation, la remise en cause de cette réforme. Si la classe politique reconnait dans son ensemble qu’elle n’a pas été à la hauteur des réformes souhaitées, est-ce que la conséquence qu’il faut tirer est que ceux qui, dans la manifestation, ont pu connaître des actes délictueuses ne doivent pas également être considérés comme étant des victimes de l’incapacité de la classe politique à conduire les réformes qu’elle a souhaitées ? Je pense aujourd’hui que la classe politique, dans son ensemble, est plus responsable de ce qui s’est passé autant que ceux qui ont été manipulés. Alors, si nous révisons les textes, aussi bien la chartedes partis politiques que le code électoral pour permette à la classe politique d’avoir une démarche plus graduelle dans la réforme politique, il est évident que les jeunes, les garçons qui ont été manipulés, qui ont été pris la main dans le sac par les enquêtes, il faut prendre des mesures pour les élargir. C’est une conséquence logique de notre aveu d’incapacité à faire les réformes que nous avons souhaitées nous-mêmes.
Vous avez tenté de faire passer un projet de mandat unique et l’opposition a fait échouer votre tentative. Cette réforme politique que vous faites en l’absence de toute l’opposition pour réviser la constitution n’est-elle pas une façon pour vous de prendre votre revanche ?
Oh non ! Je dois vous avouer que même si je continue de croire et de penser que le mandat unique est un bon modèle au profit de l’efficacité de l’action gouvernementale, je n’ai pas la prétention de dire qu’à tous les coups, ce modèle doit s’imposer à mes compatriotes.  Le parlement d’alors n’avait pas voté et n’a pas examiné cela. J’ai dit à plusieurs reprises que je faisais mon deuil de cette affaire. Les réformes constitutionnelles qui ont été faites que j’ai promulguées ce matin procèdent de la volonté et du consensus politique. A l’occasion du dialogue politique, les acteurs, dans leur quasi-unanimité, ont souhaité des aménagements, une certaine modernisation de notre arsenal organisant la vie politique et c’est la traduction des recommandations qui a généré ce besoin de réformer la Constitution. Je vous donne exemple. Si on décide de regrouper les élections désormais et que les élections législatives, présidentielles et communales aient lieu dans une même année électorale et que cela soit ainsi pour les temps à venir, cela veut dire que les mandats sont désormais de même durée. On ne peut le faire que si on touche la constitution parce que la Constitution a fixé le mandat des uns et des autres. Le mandat des députés est de 4 ans. Comment pouvons-nous, à l’avenir, porter le mandat à 5 ans pour organiser les élections dans la même année électorale de manière régulière et indéfiniment si on ne touche pas à la constitution. Tout ce qui a été amendé, révisé au niveau de la Constitution relève de la volonté des acteurs politiques de manière unanime.
Avant de revenir sur le fond de la révision constitutionnelle, vous avez parlé de ce dialogue national.  Mais le dialogue national n’en était pas vraiment, parce que si les partisans d’anciens Présidents Nicéphore Soglo, Thomas Boni Yayi et de Sébastien Ajavon ne participent pas ce n’est pas vraiment un dialogue. C’est un monologue avec des partis qui vous sont proches ou affiliés.
Vous avez suivi le dialogue ? Vous n’avez pas vu le Parti du Président Boni Yayi Boni, les Fcbe participer au dialogue. Qui n’avez-vous pas vu au dialogue ? Donnez-moi le nom d’un…
Je vous ai cité des exemples, des noms des gens qui ont organisé un contre dialogue. C’est la preuve qu’ils ne voulaient pas s’asseoir à votre table.
Je m’intéresse à ce qui se passe dans mon pays. Je me suis également intéressé à ce que vous appelez contre dialogue et moi je n’ai vu personne. C’est vrai que j’ai vu l’ancien Président Nicéphore Soglo et je n’ai vu presque personne d’autres. J’ai vu aussi mon ancien Ministre de la défense Candide Azannaï. Mais je n’ai pas non plus la prétention que tout ce que nous allons faire au Bénin fera l’unanimité totale et que les 11 millions de Béninois, tous ensemble seront capables de s’asseoir à la même table. Pour moi les partis qui étaient représentés à ce dialogue dont les Fcbe qui constituent ce que vous appelez le Parti du Président Yayi Boni et qui à la date d’aujourd’hui, restent le même parti et je n’ai pas appris qu’ils ont eu une scission. Ils ont été suffisamment représentés, même par le secrétaire exécutif national. Ils ont participé. Les recommandations qui ont été formulées ont été exprimées dans un cadre de consensus et leur mise en œuvre s’est traduite par ce que vous avez vu. Je n’ai pas vu un seul élément de la révision constitutionnelle qui ne relève pas de l’intérêt général, qui ne soit pas conforme à la volonté depuis longtemps exprimée de moderniser notre arsenal juridique en la matière.
Le 20 août dernier, le Nigéria a fermé ses frontières terrestres avec tous ses voisins, notamment avec le Bénin. On connaît les raisons économiques, notamment la lutte contre la contrebande, mais on sait aussi l’investissement de l’ancien président, Obasanjo en faveur du président Boni Yayi. Est-ce que ce n’est pas à cause du traitement qui a été initialement infligé au président Boni Yayi que le Nigéria a pris cette mesure ?
Ce que vous dites est très réducteur pour le président nigérian et le grand Nigéria. Vous voyez les autorités nigérianes prendre une mesure aussi difficile qui porte préjudice à l’économie des deux pays juste parce que Yayi Boni aurait été interpellé ? Ce serait insultant pour le Nigéria d’agir ainsi. C’est vrai que ce qui se passe au Bénin, au Niger, au Burkina, au Nigéria interpelle globalement l’ensemble des responsables politiques des pays parce que nous vivons tous ensemble pour la concorde, la paix dans nos pays ; mais ce n’est pas pour autant qu’un pays voisin serait favorable à la pagaille. Les réformes qu’il y a eues ont été saluées par la communauté internationale, la Cedeao et les autorités nigérianes. Elles ont même désapprouvé les violences qu’il y a eues. Le président Buhari a été très clair là-dessus, quand je l’avais vu à l’époque : « Monsieur le président, vous ne devez pas laisser faire cette situation de désordre et de violence ». Il me l’a dit ouvertement. Donc, je trouve assez curieux, qu’on dise parce que le président Yayi Boni a reçu une convocation des juges, cela suffit pour la fermeture des frontières. Je dis non !
La situation des frontières terrestres entre le Nigéria, le Niger et le Bénin est une situation difficile. Elle est une situation préoccupante aussi bien pour nous, pour notre population, pour nos acteurs économiques que même pour les autorités nigérianes. J’ai eu le président Buhari plusieurs fois déjà sur la question. Il est très embarrassé. Il m’a dit qu’il attend les conclusions d’une étude en cours pour régler un problème qui est devenu récurrent depuis plus de deux décennies. Les administrations douanières béninoises, nigérianes et des autres pays qui entourent le Nigéria ne font pas leur travail comme il faut, de sorte qu’il y a beaucoup de fraudes au niveau des frontières terrestres. Depuis 20 ans que les gouvernants des deux pays tiennent des réunions, cette question a toujours été évoquée. Donc, nous sommes en train de chercher des solutions techniques pour que les nouveaux comportements des administrations, de part et d’autre, ne compromettent pas la vie communautaire, la libre circulation des personnes et des biens entre nos pays.
Malgré vos nombreuses rencontres avec le président Buhari, il n’y a pas de solution. La fermeture des frontières est prorogée jusqu’au 31 janvier 2020. Quelles mesures concrètes peuvent-être prises pour mettre un terme à la contrebande qui pénalise l’agriculture et l’industrie nigériane ?
L’économie béninoise est aussi pénalisée. Savez-vous par exemple que tous les produits  pétroliers qui sont consommés au Bénin à plus de 90% proviennent de la contrebande du Nigéria ? Savez-vous aussi que le Bénin importe beaucoup les biens de consommation manufacturiers du Nigéria et échange aussi avec lui les produits agricoles ? Nous avons donc une économie interdépendante. C’est tant mieux d’ailleurs !
Là, il y a un gros risque du coup
Il ne faut pas dramatiser non plus. Ce n’est pas parce que les frontières terrestres sont fermées qu’il y a catastrophe. J’invite les uns et les autres à mettre la mesure qu’il faut. Les conséquences d’une telle situation, ce n’est pas la catastrophe. Je peux vous l’affirmer. La situation est préoccupante et a des conséquences variées sur les économies des uns et des autres, mais pèse davantage sur notre économie parce que nous sommes d’une petite taille. Les administrations sont en train de travailler pour enfin trouver des mesures techniques qu’il faut pour que cette solution radicale ne puisse pas durer. D’abord, elle ne peut l’être parce que nous sommes deux pays frères, et quelques soient les problèmes techniques que nous reconnaissons tous, nous sommes tenus de trouver une solution pour ne pas mettre un mûr entre les deux peuples. Ce n’est pas la volonté du président nigérian et ce n’est non plus ma volonté. Pas du tout. Nous travaillons à cela.
Donc, vous espérez une solution bientôt ?
Il y aura une solution très bientôt qui va satisfaire les exigences du libre échange entre nos deux pays.
Le gouvernement français s’est dit prêt à une réforme ambitieuse de la zone Franc. Seriez-vous favorable à un transfert monétaire des réserves de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) dans un autre pays que la France ?
Cette réforme qui veut qu’il n’y ait plus de compte d’opération et que la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest et de l’Uéomoa ne garde plus une partie de ses réserves de change auprès du trésor français est souhaitée de tous, y compris le gouvernement Macron. Nous sommes tous d’accord à l’unanimité pour mettre fin à ce modèle qui, en fait techniquement, n’était pas un problème.
C’est l’année prochaine que le FCfa doit être remplacé par l’Eco dans les pays de la Cedeao. Vous qui êtes un homme pragmatique, croyez-vous vraiment en cela ?
C’est un agenda politico-économique, mais les réalités de l’économie sont parfois en déphasage avec la volonté politique. Ce n’est évident que techniquement. Soyons prêts à rentrer dans une monnaie unique l’année prochaine. Les critères de convergence, l’harmonisation de tout ce qui concourt techniquement à l’entrée de tous ces pays dans la même monnaie posent encore quelques problèmes de calendrier. Même si nous n’y parvenons pas véritablement l’année prochaine, la volonté demeure et nous souhaitons qu’un jour, les pays de la Cedeao puissent tous se retrouver au sein d’une même monnaie.
Transcription : La Rédaction

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