Dénomination des rues asphaltées et des édifices publics :Jean-Roger Ahoyo propose les noms des grands hommes béninois

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L’ancien ministre de l’environnement tient à l’attribution des noms des rois aux rues des villes et édifices publics, les noms des grands hommes qu’ils soient du passé ou des temps modernes en remplacement des noms coloniaux que certaines infrastructures portent. Dans la réflexion ci-dessous publiée, Jean Roger Ahoyo dresse ses arguments pour la faisabilité de son ambitieux projet.

La cerise sur le gâteau (de l’asphaltage) !!!

Depuis quelque temps, quand j’écris à mes amis et parents qui sont à Abomey-Calavi, je rétablis la graphie originelle en écrivant Abomey-Kandofy ! Une chanson populaire fon explique que la localité est trop petite pour contenir le grand marché Houndjro d’Abomey ; c’est donc à cause de la taille de son marché qu’on a baptisé la localité, plus petite qu’Abomey, d’Abomey Kan Do Fy, c’est-à-dire un morceau d’Abomey transplanté ici.

C’est ce souci de retour aux origines qui m’a fait penser à un projet pour :

– Donner à nos villes leurs noms d’origine

– Attribuer aux rues de ces villes les noms de nos grands hommes qu’ils soient du passé (comme Béhanzin) ou de notre temps (comme Aphity ou Maga) ; en remplacement des noms coloniaux que certaines rues portent jusqu’à présent !

J’en étais là, dans mes réflexions, quand l’Africain-Américain Georges Floyd a été assassiné à Minneapolis, aux Usa ! Cet événement tragique a déclenché, dans le monde, une grande vague, un tsunami de contestation anti-esclavagiste, anti-raciste et anti-colonialiste.

Cette occurrence est venue donner une nouvelle dimension à mon projet, tout en permettant de le restructurer. Désormais il s’agira :

– De nous débarrasser des oripeaux du passé colonial

– De revisiter les appellations de nos villes

– De traiter leurs rues par une politique de baptême et d’adressage

– De développer une politique statuaire dans nos villes.

 

  1. Le passé colonial

 

Nous ne devons pas rester en marge du tsunami anti-esclavagiste, anti-raciste et anti-colonialiste qui déferle actuellement sur le monde. Nous devons y participer en éliminant systématiquement les oripeaux du passé colonial qui traînent encore chez nous.

En Angleterre, la statue d’un esclavagiste a été déboulonnée à Bristol et précipitée dans la Tamise ; au Cap, en Afrique du Sud, la statue de Cécil Rhodes a été décapitée, à Vienne, en Autriche, les manifestants menacent la statue d’un inspirateur d’Hitler. Aux Usa, beaucoup de  statues de généraux confédérés ont été rangées dans les musées, de même que des drapeaux à connotation raciste. Au Congo-Kinshasa, la statue du Roi Léopold II a été remisée au Musée depuis quelques années ! Actuellement, c’est en Belgique même que ses statues sont vandalisées. Bref, de par le monde, un vaste mouvement a entrepris de mettre au musée les symboles esclavagistes, racistes et colonialistes.

Dans ce contexte nous devons faire chez nous, au Bénin un inventaire minutieux de ces symboles pour les éliminer systématiquement.

A Ouidah, il faut remplacer le buste de Chacha (Félix Francisco se Souza)  qui est érigé sur la place du Fort Français, par celui de Monseigneur Isidore de Souza. C’est ce dernier que nous devons honorer, et non son ancêtre esclavagiste.

Nous n’avons pratiquement pas de statues esclavagistes dans notre pays, mais nous avons encore, beaucoup de rues qui portent des noms coloniaux. Il y en a :

– A Cotonou, à Ganhi et dans l’espace entre Ganhi et le Lycée Coulibaly

– A Porto-Novo, autour du Palais des Gouverneurs (l’actuelle Assemblée nationale), dans l’ancien quartier européen de la ville.

Nous devons rechercher systématiquement ces rues pour les retrouver et les rebaptiser.

Portant la trace du passé colonial, il y a aussi les localités dont les graphies ont été modifiées par le colonisateur. Tel est le cas d’Abomey-Kandofy devenue Abomey-Calavi. Je propose qu’on revienne à Abomey-Kandofy !

Au début de la colonisation, il y avait Carnotville, dans la zone de Tchaourou ; actuellement le quartier Arkonville existe dans la zone des bâtiments sociaux de la ville d’Abomey-Kandofy. Le Carnotville de Tchaourou a disparu de la carte (tant mieux !), mais le quartier d’Abomey-Kandofy, doit  être rebaptisé.

 

  1. Le traitement de nos rues.

Les nouveaux maires doivent définir une nouvelle politique pour les rues de leurs villes ; nous voyons deux aspects possibles :

  1. L’appellation.

Nous venons de proposer ci-dessus d’effacer les noms coloniaux. Il faut utiliser désormais les noms de nos grands hommes, du passé (comme nos Rois) comme de notre temps (leaders politiques, personnages célèbres) pour désigner nos rues

A Abomey, le Centenaire du Roi Glèlè a proposé de baptiser les rues de la ville avec les noms de nos Rois. Aux Rois on peut ajouter, s’agissant de Béhanzin, les Généraux de son armée comme Tchatchablokou, Godogbe et Godjila ? Le Centenaire de Béhanzin a réitéré la même proposition, en donnant deux exemples :

– La voie Bohicon-Abomey : Boulevard Béhanzin

– La voie Goho-Préfecture : Avenue du Prince Ouanilo (Pendant ses deux séjours à Abomey en 1921 et en 1928, c’est l’itinéraire qu’il empruntait pour rejoindre Djimè)

Le maire Ahanhanzo n’a pas réalisé ce programme ! Nous venons de proposer au nouveau maire, Antoine Djedou, de le reprendre pour le réaliser.

En plus du baptême des rues, les noms de nos grands hommes doivent aussi être donnés aux édifices publics importants de nos localités.

Les établissements scolaires et universitaires peuvent recevoir les noms de nos  Enseignants Célèbres, depuis le primaire jusqu’au supérieur.

Les établissements sanitaires et hospitaliers recevront les noms de nos médecins et professeurs de médecine célèbres.

En dehors des leaders politiques, nous avons ainsi beaucoup de célébrités dont les noms peuvent être donnés, non seulement à nos rues, mais aussi à nos édifices importants(1)

1) S’agissant des célébrités de notre pays, il vaut mieux attendre leurs décès pour les ‘’immortaliser’’ en donnant leurs noms aux rues et aux édifices publics !

  1. L’adressage

L’opération d’adressage consiste à doter les rues de numéros pour faciliter le repérage des maisons et faciliter la distribution du courrier.

Nous devons encourager nos maires à faire l’adressage dans leurs rues où l’opération est possible.

Une tentative a été faite par le maire Léhady Soglo à Cotonou. Mais elle manque de cohérence, les numéros ne se suivant pas !!!

 

III. Une politique statuaire dans nos villes

Nous appelons politique statuaire, la politique qui consiste à équiper nos villes en statues. Il s’agit d’aménager des places publiques pour accueillir les statues de nos personnages célèbres. Il existe déjà un début avec :

– La statue de Béhanzin à la Place Goho à Abomey

– La statue de Tofa à la Place Bayol à Porto-Novo

Cette place doit être rebaptisée Tofa et recevoir une nouvelle statue du Roi Tofa 1er, la statue actuelle étant mal faite.

– La statue de Bio Guera à Parakou

– La statue de Maga à Parakou

Existe-il une statue pour orner la Place Tabera à Parakou ?

Avons-nous crée à Natitingou une Place Kaba, avec sa statue ?

Pourquoi ne pas créer une grande Place à Ouidah avec la statue de Kodjo Marc Tovalou Houénou ou du Capitaine Jean-Adjovi. Tovalou fait partie des tout-premiers intellectuels universitaires du Dahomey avec Ouanilo Béhanzin, son cousin ; tandis que la Capitaine Adjovi est le 1er dahoméen à atteindre le grade de Capitaine dans l’armée française !

Nous devons donc, dans toutes nos Communes, créer des Places Publiques pour y célébrer un fils de la Commune ou du Bénin à travers sa statue.

Nous venons de proposer, au maire d’Abomey, cinq Places publiques reparties sur l’ensemble du territoire de la Commune :

– A Ahouaga (quartiers des 1er Rois), la Place de la Sagesse aménagée autour d’une colonne qui portera à son sommet le ‘’Cassoudou du Danxome’’.

– A Gbècon-Hounli, Arrondissement du roi Guézo, la Place de l’Unité avec une colonne centrale qui portera sa Jarre Percée, qui est devenue un symbole universel de l’Unité(2)

– A Djègbé, Arrondissement du Roi Glèlè, une Place du roi Glèlè.

– A Vidolé, l’Arrondissement des Rois Tégbessou et Kpengla, la Place du Roi Kpengla (3) dans le quartier Adandokpodji

2) La jarre percée a été choisie comme symbole par la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (Feanf), à sa création en 1950 !

3) Le roi Kpengla est considéré comme le véritable créateur de l’Armée du Danxomè !

– Enfin, au cœur de la Cité Royale et devant le Musée Historique, la Place de la Repentance, avec un monument en forme d’Assin Géant où nous ferons des libations pour honorer les nombreux esclaves vendus par le Royaume, et les nombreuses victimes innocentes des sacrifices humains. Il n’est pas évident que la Famille Royale accepte ces propositions ! Mais nous devons, avec beaucoup de pédagogie, proposer ce comportement nouveau que les temps modernes nous inspirent.

 

  1. Une commission nationale

Pour concevoir et mettre en œuvre cette politique d’aggiornamento de nos villes, nous proposons une Commission nationale composée d’historiens, de géographes et des représentants de nos maires.

Ce sont en effet nos Maires qui seront à l’œuvre pour baptiser nos rues et nos édifices publics. Cela fait partie de leurs attributions d’édile.

Mais ce sont les historiens et les géographes qui les aideront pour établir, au niveau de chaque Commune, la liste des personnages historiques et des personnalités célèbres, dignes de donner leurs noms à nos rues et à nos établissements !

Les maires ou leurs représentants,  les historiens et les géographes formeront le noyau dur de la Commission. Mais ils peuvent solliciter les personnes ressources capables de les aider efficacement dans l’accomplissement de leur mission.

Nous proposons que cette Commission nationale travaille sous la supervision du ministre du cadre de vie et du développement durable,  des ministres  en charge de l’Education, du ministre de l’Intérieur (4) et du ministre de la Décentralisation. Pour donner du poids à ses travaux, ils doivent faire l’objet d’une Communication conjointe qui sera introduite par l’ensemble des Ministres impliqués.

 

Conclusion

Nos Communes, du moins les plus importantes (Cotonou et huit villes secondaires) sont actuellement le champ de réalisation des travaux d’asphaltage(5) ! Cela concerne :

– L’aménagement de 255 rues

– Le creusement de 420Km de caniveaux

– La réalisation de 100km de collecteurs

Pour un montant de près de 450 milliards de Francs Cfa.

Ces chiffres (6) concernant la première phase qui est en train d’être bouclée. Puis, la seconde phase sera entamée ; sans compter le programme d’assainissement pluvial dont le démarrage est imminent !

Les travaux de la Commission que nous proposons, lorsqu’ils seront achevés, constitueront la cerise sur le gros gâteau des réalisations de l’asphaltage et de l’assainissement pluvial !

Lorsque l’ensemble de ces travaux seront terminés, nos Communes auront changé de visage ; elles seront méconnaissables !

C’est ce que j’espère très fortement

 

Jean Roger Ahoyo

 

Ancien Ministre de l’environnement

 

 

Cotonou, le 22 juillet 2020

 

 

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