Dénonciation des manœuvres contre le régime Talon:Lettre ouverte à Yayi Boni

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Les agitations de l’ex-chef de l’Etat, Yayi Boni avant et après les législatives du 28 avril 2019 ne sont pas du goût du juriste d’entreprise, Norbert Chogolou. Dans une lettre ci-dessous publiée, il propose  invite l’ancien président de la Banque ouest africaine de développement (Boad) à mettre à la disposition de son successeur, son expérience et ses ressources afin que tout comme lui, il puisse apporter sa pierre à l’édification du Bénin.

Monsieur le Président,

Il y a quelques jours de cela, alors que je me rendais dans une localité du Couffo, je n’ai pu m’empêcher d’exprimer ma surprise à la vue d’une agence du Padme. Au-delà du simple aperçu de ce bâtiment, ce qui a attiré mon attention est le fait que les couleurs verte et blanche, symboles de l’identité visuelle de cette structure, étaient toutes éclatantes.

Ces couleurs venaient manifestement d’être refaites. Preuve, s’il en fallait, que ce qui était un fleuron du paysage financier béninois a bon an mal an survécu aux assauts destructifs que vous lui avez portés.

Je me permets de vous raconter cette anecdote parce que le Padme est l’une des premières victimes de ce trait de caractère qui va durement et durablement marquer votre présidence : la méchanceté. Oui Monsieur le Président, il faut le rappeler aux contemporains et l’instruire à la postérité.

Il convient d’autant plus de le dire que dans la posture de victime que vous adoptez aujourd’hui, beaucoup peuvent être enclin d’oublier ce que vous avez été. Au regard de la mauvaise gouvernance qui a caractérisé vos mandats, je pense pour ma part que vous n’êtes pas qualifié à mener un combat que vous voulez légitime.

Il me plaît de vous poser une question Monsieur le Président : en votre temps, avez-vous toléré ce que vous considériez être des outrages à votre personne de chef d’État ?

René Azocli, l’ex-directeur emblématique du Padme, et beaucoup d’autres Béninois sont assez bien placés pour répondre à cette question.

Andoche Amégnissè, qui avait publiquement proclamé être votre premier opposant au lendemain de votre élection en 2006, a été, au mépris de la liberté d’expression, emprisonné pour une ridicule affaire de publication illégale. Comme si cela ne suffisait pas, vous avez mobilisé en 2009 une armée de 07 avocats contre lui dans un rocambolesque procès d’outrage à chef de l’État.

Que dire de Lionel Agbo qui avait dénoncé le règne de la corruption à la Présidence de la République ? Plutôt que de s’intéresser à la véracité du message, vous vous en êtes pris au messager. Vous avez également utilisé contre Lionel Agbo l’arme d’un procès abusif avec en prime un mandat d’arrêt international. Le député Aho et le ministre Richard Sènou ont subi les pires des avanies parce que soupçonnés d’avoir aidé Lionel Agbo à s’enfuir.

Faut-il aussi vous rappeler que vous avez poursuivi en justice Janvier Yahouédéou pour offense au chef de l’État à la suite de ses déclarations sur l’affaire Icc-Services. Affaire, faut-il le préciser, qui met en lumière à la fois la faillite de votre régime quant à ses obligations de protection des citoyens, mais aussi une collusion sans précédent entre les gouvernants d’un côté et une entreprise d’escroquerie de l’autre côté.

Le cas de Cyr Kouagou, ex-directeur général de la Communauté électrique du Bénin (Ceb), illustre à suffisance votre méchanceté. Alors que vous étiez bons amis à l’époque où vous étiez à Lomé à la tête de la Banque Ouest Africaine de Développement, il a fallu que ce dernier soit comme vous candidat à l’élection présidentielle de 2011 pour que vous en fassiez un ennemi.

Vous avez mis sur pied une commission d’enquête sur sa gestion à la Ceb qui a rédigé un rapport sans l’avoir écouté. Le gouvernement togolais n’a pas avalisé les suites que vous vouliez donner à ce rapport. Vous ne vous êtes pas pourtant arrêté là. Vous avez déployé une énergie considérable pour obtenir son limogeage à la tête de la Ceb. Là aussi vous avez échoué.

Les pages ne seraient pas suffisantes pour dire vos attaques contre Abdoulaye Bio Tchané et sa famille pendant cette même élection. Souvenez-vous qu’en 2016 vous avez interdit à ce dernier d’atterrir à l’aéroport de Parakou avec l’aéronef qu’il avait loué pour se déplacer aisément à travers le Bénin ?

Aujourd’hui que vous semblez être très amis avec le président Nicéphore Soglo. Vous qui pensez devoir vous prononcer sur la gestion de votre successeur, faut-il vous demander si vous avez supporté les critiques du président Soglo sur votre gouvernance ?

Il convient de vous rappeler là aussi certains faits. Au courant de l’année 2008, lorsque le président Nicéphore Soglo dénonça la descente tous azimuts de vos ministres dans les arrondissements de Cotonou au nom de la violation des lois sur la décentralisation, quelle a été votre réaction ? Vous n’avez rien trouvé de mieux que de dépêcher le porte-parole d’alors de votre gouvernement, le docteur Alexandre Hountondji, lui porter une réplique peu amène.

Au cours de la même année, lorsque le président Soglo a dénoncé sur les antennes de Rfi les travers de votre mal-gouvernance, vous avez une fois de plus commis le docteur Alexandre Hountondji pour lui apporter une réponse. La réaction de cette dernière a été d’une outrance impudique au point de susciter l’indignation dans votre camp politique.

D’ailleurs, selon le témoignage de l’un de vos très proche, vous-même avez jugé les écarts de langage de votre ministre totalement disproportionnés et discourtois. Pour preuve, toujours selon ce témoignage, le président Soglo serait venu vous voir à la Marina pour déplorer ce manquement à sa personne au regard de ses titres et qualités.

En réponse, vous avez piqué une colère et demandé qu’on vous emmène le Dr Hountondji manu militari. Ce qui fût fait. Une fois en votre présence, vous l’avez verbalement malmené.

Vous ne pouvez donc que constater que l’attitude de votre successeur est aux antipodes de la vôtre. Il vous laisse vous exprimer à loisir quand bien même vous en appelez explicitement à une insurrection contre les institutions de la République. Mais manifestement vous faites mauvais usage de votre liberté d’expression. En effet, à la suite de vos appels à la rébellion, il s’en est suivi de graves incidents à la suite des dernières élections législatives.

Que dites-vous aujourd’hui des casses, des incendies, des vols, des destructions de biens, des blessés et des morts qui s’en sont suivis à la suite de vos incitations à la révolte et sur la fausse alerte de votre prétendue arrestation ? Il est en effet évident que si vous n’avez pas fait ces déclarations à tous points de vue condamnables, rien de tout cela ne serait arrivé. On aurait notamment pas eu à voir dans des vidéos le triste spectacle de jeunes béninois en train de préparer des cocktails Molotov. A ce jour vous n’avez d’ailleurs pas dit un mot de compassion à l’endroit des victimes de Tchaourou.

Monsieur le Président, en dépit de votre méchanceté, les Béninois dans leur ensemble ont consenti, dans l’esprit de pardon et de conciliation qui les caractérise, de vous accorder une retraite apaisante. Mais vos derniers agissements ne sont pas sans provoquer chez eux les douloureux souvenirs de votre gestion.

Ils se souviennent en effet de ce que vous avez bâillonné la liberté d’expression, muselé la presse au travers des fameux  »contrats » dans un premier temps et de fermeture ainsi que de procès dans un second temps. Ils n’ont pas oublié que c’est sous votre gouvernance que la presse béninoise s’est retrouvée dans les profondeurs du classement de la liberté de presse alors que pendant longtemps elle en côtoyait la cime. Comment pouvait-il en être autrement quand les médias d’Etat se livraient à une langue de bois digne de l’époque marxiste-léniniste et du culte de votre personnalité ?

Pensez-vous qu’ils ont oublié les improvisations de votre gestion ou encore, et surtout, les scandales financiers qui ont jalonné votre présidence ? Comment pensez-vous qu’ils doivent oublier les colossaux détournements de fonds et les gigantesques gaspillages qui ont eu lieu à l’occasion de l’organisation du sommet de la Communauté des États Sahélo-Saharien au Bénin ?

Le siège de l’Assemblé nationale ou encore la centrale électrique de Maria-Gléta sont entre autres les avatars des errements délictuels de votre gestion qui se rappellent au bon souvenir des Béninois. Et que dire des concours frauduleux d’entrée dans la fonction publique ? Ces concours frauduleux au travers desquels vous avez tué le mérite, l’équité et le rêve pour les plus démunis d’accéder à une condition de vie meilleure.

Que dire de l’argent public que vous avez utilisé à des fins électoralistes en créant à l’envie des structures et programmes fantaisistes de microcrédits destinés à le partager avec prodigalité ?

Monsieur le Président, cette lettre n’a pour seul objectif que de vous faire savoir que nous n’avons pas oublié les travers qui étaient les vôtres pendant que vous étiez chef d’État. Au-delà de ce rappel, il y a aussi une attente que je sais être légitime car bénéfique pour le Bénin et les Béninois.

J’attends en effet de vous que vos actes et paroles s’inscrivent dans la préservation de la paix sociale et de la cohésion nationale. Le gouvernement de notre pays commun en a grandement besoin pour tous nous engager dans le chemin du développement et de l’émergence économiques. Je vous incite à mettre à disposition à votre successeur votre expérience et vos ressources afin que tout comme vous, il puisse apporter sa pierre à l’édification d’un grand Bénin.

Recevez mes sentiments patriotiques et fraternels.

Norbert Chogolou, juriste d’entreprise

 

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