Des espaces verts sans espèces ligneuses à Cotonou

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 Il est aisé de constater que les ronds-points de la ville de Cotonou sont de plus en plus transformés en espace vert. Mais ces espaces comme le signale le spécialiste en géoscience de l’environnement, Florent Satognon Houessou, ne sont constitués que de fleurs, de gazon, d’espèces d’ornement avec une végétation basse. Pas d’arbre pouvant capter le dioxyde de carbone (Co2) libéré par les millions de véhicules et de motos qui défilent chaque jour sur nos différents axes routiers. En effet, les espèces ligneuses pouvant offrir de l’ombrage font défaut par endroits dans la ville de Cotonou. Il faut remarquer que partant de l’échangeur de Godomey pour le centre-ville, le terre-plein central est en béton. Ce n’est qu’à la hauteur du carrefour du stade de l’amitié Général Mathieu Kérékou que l’on observe un terre-plein central transformé en un espace vert aménagé et entretenu par le Rotary-International. Il s’agit de gazon mal entretenu et des fleurs plus ou moins taillées qui s’étendent sur quelques mètres. Juste après, il faut atteindre le carrefour Vèdoko pour observer un autre espace vert. C’est le rond-point qui est aménagé avec des fleurs et des gazons taillés, sous la responsabilité de la société Cfao Motors comme l’indiquent les plaques qui y sont posées. A l’image du carrefour Vèdoko, nous pouvons citer d’autres ronds-points entretenus par des entreprises et sur lesquels les gazons, fleurs et autres espèces d’ornement son t privilégiés. En la matière, nous pouvons citer le rond-point du carrefour Sobebra qui n’offre plus aujourd’hui sa beauté d’antan, le carrefour Pk 3,5 avec son espace vert entretenu par le Rotary-Club, le rond-point du marché St Michel ou des enseignes publicitaires sont posées. A ce niveau, force est de constater que cet espace vert récemment aménagé ne bénéficie plus de l’entretien qu’il faut. Les gazons verts taillés cèdent progressivement place aux mauvaises herbes touffues en plein cœur de la ville de Cotonou. En quittant le carrefour du marché St Michel pour le passage à niveau de l’avenue Steinmetz, le terre-plein central ne regorge ni d’espèce ligneuse encore moins d’espace vert. Ce tronçon végète dans une insalubrité notoire.

 

(Des jardins publics abandonnés)

 

Les jardins publics dont dispose la ville de Cotonou sont pour la plupart, mal entretenus, ou abandonnés. Nous avons focalisé notre attention sur quelques-uns de ces espaces verts. Il s’agit de celui du champ de foire appelé ‘’Jardin Cardinal Bernardin Gantin’’ et le jardin de Gbèdjromèdé en face du carrefour Seize ampoules. Ces lieux deviennent des dépotoirs à ciel ouvert, empoisonnant l’espace urbain. Les odeurs fétides et nauséabondes se sont substituées aux senteurs de la terre, de la verdure et des fleurs. Ces deux espaces verts sont pourtant situés en pleine agglomération. Le premier, qui visiblement est le plus grand jardin dont dispose la ville de Cotonou fait face au 12 ème arrondissement de Cotonou. Le second fait face à l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi. Dans cette ambiance d’insalubrité, des citoyens que nous avons rencontrés à ces deux lieux prennent quand même du plaisir à se reposer ou à contempler la nature. Plusieurs d’entre eux n’ont pas voulu aborder le sujet.Raymond et Sabine, deux jeunes qui étaient au  jardin du champ de foire, dimanche 13 octobre 2019, ont déclaré qu’ils ne sont pas gênés de se donner rendez-vous à cet endroit. « En choisissant nos sièges, nous essayons de nous éloigner au maximum de la broussaille et des déchets. Il est de la responsabilité des autorités de prendre des mesures qui s’imposent pour assainir le jardin », tente d’expliquer Raymond. Nous nous sommes rendus au 12ème arrondissement de Cotonou afin de comprendre les raisons pour lesquelles le site semble être abandonné. Malheureusement, le secrétariat du chef d’arrondissement a exigé à ce que nous adressions une lettre au CA pour que celui-ci puisse nous rappeler. Une démarche qui a été suivie sans que nous n’ayons le retour.

 

A qui incombe l’entretien des espaces verts

 à Cotonou ?

 

Suite à l’insalubrité observée au niveau des jardins de Houéyiho et Missèbo, le ministre José Didier Tonato du Cadre de vie et son collègue de la décentralisation, Allasane Séidou ont effectué une descente, lundi 9 septembre 2019, sur le terrain pour remettre les pendules à l’heure. Pour le ministre de la décentralisation, lorsque l’Etat réalise des infrastructures de cette qualité, les élus locaux devraient s’approprier l’infrastructure et assurer son entretien. « Ce que nous avons vu pose le problème du fonctionnement des organes infra-communaux. Il y a un effort à faire pour que ces organes fonctionnent », a déclaré Alassane Séidou. Le maire par intérim de la ville de Cotonou, Isidore Gnonlonfoun, a reconnu à cette occasion les défaillances observées. « Je pense que nous avons été interpellés malgré tous les efforts qui sont faits. Il y a nécessité aujourd’hui que chaque élu, à commencer par le conseiller local, le chef de quartier le chef d’arrondissement puisse jouer véritablement son rôle de proximité », a répondu Isidore Gnonlonfoun. Le ministre du cadre de vie, a pour sa part, signalé que l’entretien n’est pas seulement une question de ressources mais une question de conscience. « Que chaque riverain se transforme en gardien de cet espace. Que le chef quartier soit le principal contrôleur de l’entreprise en charge de cet espace sinon on ne s’en sortira pas », a-t-il lancé. Le directeur de l’Ong Nature tropicale, que nous avons interviewé, pense qu’il est temps d’appliquer les sanctions. « Il y a des gens qui sont payés pour balayer. Quand ils ne le font pas, la sanction doit suivre. S’il n’y a pas des poubelles à certains endroits, il revient à la population de réclamer cela. Si on met les poubelles et celui qui doit ramasser ne vient pas faire son travail, il doit être sanctionné. C’est comme ça que ça doit fonctionner. L’application des règles doit permettre de dissuader les uns et les autres », nous a confié Joséa Dossou Bodjrènou.

 

Propos du ministre Tonato face à l’insalubrité du jardin de Houéyiho

 

« Je voudrais rappeler ici que nous sommes actuellement en train de réaliser 80 km de voierie d’assainissement et d’espace vert. Ce qui s’est passé ici c’est qu’à la réception provisoire, nous avons maintenu l’entretien pendant douze (12) mois afin que tout ce qui a été mis en terre ici se consolide avant que nous ne passions la main au bout des 12 mois. Nous n’étions pas suffisamment rassurés et donc nous avons prolongé encore de 6 mois. Nous avons tenu la main pendant 18 mois avant de la passer à la collectivité locale. Depuis bientôt 1 ans que la main est passée cet espace se dégrade. Il y a des immondices partout sur le gazon. La poubelle est pleine. Maintenant, ce sont des sacs de déchets qui sont entassés sur les clôtures grillagées. Les images qui ont circulé montrent qu’on vient accrocher à la clôture des sachets d’ordure ménagère.Ce n’est plus un espace de récréation, ce n’est plus un poumon vert. C’est devenu un espace toxique pour la ville, toxique pour la santé, mais toxique également sur le plan esthétique. Quand vous n’avez pas fait un aménagement et on dépose n’importe quoi, on remarque ça très peu, mais lorsque vous avez pris soin de l’aménager et ça devient un dépotoir,  on remarque ça très vite. Ça agresse la vue, vous constatez qu’aujourd’hui il y a plus de maintenance du tout. Nous avons été instruits par le chef de l’État pour faire le point et prendre la main jusqu’à ce que la mairie assure sa responsabilité en matière de maintenance d’infrastructures publiques urbaines ».

 

 

Des rues et espaces bien boisées

Les rues et places publiques dotées d’espace vert ne souffrent pas toutes d’un manque d’entretien. Les artères de plusieurs quartiers sont peuplées d’arbres alignés parfois sur une distance non négligeable. L’on peut prendre comme exemple le quartier Gbèdjromèdé. Pour s’en convaincre, il suffit d’emprunter les tronçons carrefour Agontikon-Gbèdjromèdé et carrefour de Gbèdjromèdé-Banque internationale du Bénin (Bibe). L’environnement à ces différents endroits est bien salubre. Dans les encablures de la pharmacie Gbèdjromèdé, nous avons rencontré, lundi 14 octobre 2019, un groupe de conducteurs de taxi-moto communément appelé ‘’Zémidjan’’ sur le terre-plein central. Ceux-ci se reposaient à la mi-journée après une matinée de travail bien chargée. Pendant que certains sont allongés sur leurs motos garées, d’autres étaient debout et discutaient. L’un de nos interlocuteurs, Gérard Sakpo, nous a confié que ce lieu, avec son ombrage est devenu pour eux un point de rencontre. « Quand nous sentons la fatigue, c’est ici que nous venons nous reposer avant de continuer notre travail », a-t-il déclaré. Non loin de ce groupe de conducteur de taxi-moto, se trouvait Fulgence Gnancadja, imprimeur de profession, assis sur sa moto et manipulant son téléphone portable. Nous lui avons demandé ce qu’il faisait et à Fulgence de répondre.  « J’habite la commune d’Abomey-Calavi. Mon lieu de travail est au quartier Sègbéya à Akpakpa. Je me suis juste arrêté quelques minutes pour envoyer des messages à mes proches. Il faut dire que la végétation du quartier m’attire beaucoup. Ce qui fait que très souvent, quand je quitte Calavi et je dois traverser toute la ville, je préfère emprunter ce tronçon, car vous aviez au moins la possibilité de rouler quelques minutes à l’ombre quand il fait chaud », a-t-il fait savoir. Dans ce quartier, le carrefour Vodafone a retenu notre attention. On y voit tout autour du rond-point de grands arbres offrant une beauté à l’espace. L’intérieur du ce rond-point est plus ou moins salubre mais non aménagé. En dehors du quartier Gbèjromèdé, nous pouvons citer aussi le tronçon Pharmacie de la Haie Vive-Collège Père Aupiais-Codiam-Camp Guézo bien riche en végétation de même que le tronçon carrefour des trois banques-Préfecture de Cotonou. La route quittant l’aéroport Cardinal Bernadin Gantin de Cotonou en passant par la présidence de la République pour le Port Autonome de Cotonou attire également de par sa riche végétation caractérisée par les espèces ligneuses. Du côté de Akpakpa, les terre-pleins centraux du tronçon Eglise Sacré-Cœur-Sègbéya-Agbodjèdo, présente une végétation assez verdoyant, bien entretenu, Les terre-pleins centraux de la voie pavée quittant la direction générale de police municipale à Ayélawadjè, en passant par Sènadé, Suru-Léré, Avotrou sont aussi dotés d’espèces  ligneuses bien alignées dont les feuillages sont observables à perte de vue. La liste des artères et espaces dotés d’espèces ligneuses n’est pas exhaustive. Ces différents constats prouvent à suffisance qu’il est possible de faire de la ville de Cotonou une ville verte.

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