Discours sur l’Etat de la Nation:Talon donne des leçons de vertu aux corrompus

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Le Chef de l’Etat, Patrice Talon,  a dans son discours, touché un point sensible de la sociologie béninoise. Il a sans détour mis l’accent sur une plaie qui tend à soutenir le corrompu juste par proximité ou affinité et refuser la justesse de la lutte que mène le gouvernement.

Lorsque la lutte contre la corruption ne nous touche pas, elle est méritoire, mais dès qu’elle met à nu un proche, elle est mauvaise et il faut salir la justice. Cette lecture suffisamment sociologique a particulièrement marqué le Chef de l’Etat qui l’a politiquement dénoncé dans son discours sur l’Etat de la Nation hier. La remarque du Chef de l’Etat colle si parfaitement avec le contexte actuel si bien qu’il ne faudra même pas aller loin pour cerner la profondeur de sa pensée. Cas d’école, l’affaire Icc-Services. Dans ce dossier, des noms  sont cités à la pelle  sur les stations de radio et une certaine opinion est prise de rage. La première critique a trait à la diffusion de l’intégralité du procès. Certains, apparemment ulcérés par la publication des noms de leurs proches, s’insurgent contre le fait et s’attaquent vertement à la justice comme si les juges ont quelque chose à y voir. Ils s’attaquent aussi au gouvernement le traitant de jusqu’au-boutiste. « Pourquoi font-ils tout ce tapage ? Pourquoi tient-on à exposer les gens ? », entend-on dans la foulée. Pourtant, les audiences sont publiques. La diffusion n’est que la matérialisation de ce caractère public.

C’est l’expression éminente de la transparence tant recherchée au niveau de la justice. Ces critiques suffisamment subjectives et dénuées de tout fondement révèlent fortement le sens de la remarque assez pertinente du Chef de l’Etat. Lorsque la lutte corruption nous touche, nous estimons qu’elle est inappropriée. La remarque est d’autant plus flagrante dans ce procès Icc-services qu’elle révèle les pans de la dose d’impunité sociologique dans laquelle on  est empêtré jusque-là. Le fait le plus marquant réside dans la guerre déclarée par certains lorsque des voix se sont élevées  au début du procès Icc-Services pour exiger la comparution même en qualité de sachant d’un ancien chef de l’Etat abondamment cité dans le dossier. Cette rage notée dans le camp de ces opposants proches de celui-ci traduit si parfaitement la remarque du Président Talon. Certains en sont même venus à entrevoir des manifestations au cas où la justice fera appel à ce dernier pour l’écouter. Ces formes de caution populaire à l’impunité dans un contexte mondial caractérisé par la comparution régulière d’anciens Chefs d’Etat traduit le retard de notre société sur certains plans. S’il était permis de revenir sur les récents procès dans lesquels ont été impliqués des personnes qualifiées d’intouchables par le passé, on comprendra qu’en réalité certains Béninois ne sont pas encore prêts pour la lutte contre la corruption. L’exemple le plus édifiant est celui de l’affaire grossiste répartiteur.  Qu’est-ce qui n’a pas été dit à l’époque ? Quels jurons n’ont pas été proférés à l’endroit des juges et du gouvernement ? Certaines personnes assez proches de ces gens en prison ont soutenu l’arbitraire alors même qu’ils savent pertinemment que les personnes impliquées ne sont pas blancs comme neige puisqu’elles ont été condamnées en première instance et en appel. Beaucoup, en son temps, ont également condamné la détention du sieur Atao juste parce qu’ils estiment que ce dernier paie le salaire de beaucoup de Béninois, et rien que pour cette raison, il faut le laisser continuer son commerce illicite qui détruit les reins de beaucoup de compatriotes. Donc, même au prix de leur santé, certains Béninois sont prêts à la compromission pour laisser le mal se perpétuer. Ce comportement se constate également pour l’affaire Icc-Services en cours où certains estiment même qu’il faille mettre un terme au procès sous l’argutie : «  C’est notre argent. Ce n’est pas l’argent du gouvernement. Laissez les gens ».  Ces genres d’exemples témoignent que la route est longue.

 

Talon en donneur de leçon

 

Au cours de son discours, le Chef de l’Etat n’a pas hésité à passer le couteau dans la plaie. Il a déclaré que la lutte contre la corruption n’arrange que lorsqu’elle ne vise pas un proche. « Oh ! j’entends que dans le domaine de la lutte contre la corruption, l’unanimité ne peut être faite tant nous cessons d’être d’accord dès que l’un des nôtres se trouve épinglé. A fortiori quand c’est soi-même ». Par ces mots, le Chef de l’Etat a mis à nu le regard partial avec lequel une certaine opinion apprécie la lutte actuelle contre la corruption. Celle-ci devient acharnement quand elle vise un proche. Dans le cas contraire, le Chef fait bien. A tous ceux-là, Patrice  Talon donne un conseil lourd de sens. « En effet, chacun voudrait bien que cette action ne l’atteigne jamais, ni directement ni indirectement. Une telle logique humainement compréhensible du reste exige simplement de chacun de renoncer au vice pour refuser la vertu », a-t-il laissé entendre. Et de réaffirmer : « Dans tous les cas, nous le savons tous maintenant, le Gouvernement est décidé à garder le cap et à assainir définitivement la gouvernance », a-t-il laissé entendre.

 

Abdourhamane Touré

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