Fermeture de ses frontières avec certains voisins :A quel jeu joue le Nigéria ?

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Les autorités nigérianes ont décidé de fermer momentanément certaines  frontières pour des raisons de sécurité intérieure, annoncent des sources du pays. Or, avant cela, elles ont menacé à plusieurs reprises de prendre une telle décision pour protéger leur économie. Entrée en vigueur le mercredi 21 août 2019, cette décision frappe à la fois le Bénin et le Niger. Dans ces Etats voisins, beaucoup, y compris les autorités centrales, s’interrogent sur les vrais mobiles de cette mesure qui viole les traités commerciaux signés avec le géant de l’Afrique de l’Ouest.

Les rumeurs ont fini par se confirmer. Depuis hier mercredi 21 août 2019, le Nigéria a fermé  ses frontières avec ses voisins béninois et nigériens. Une  décision  accueillie avec indignation et surprise au Bénin et au Niger en raison de son caractère trop nationaliste et est contraire aux accords  d’intégration sous-régionale. A l’heure de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) que le Nigéria et le Bénin ont rejoint à travers la signature de l’accord le 7 juillet 2019 à Niamey par les présidents Patrice Talon et Muhammadu Buhari lors du 12ème sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine, ce comportement de l’Etat fédéral suscite beaucoup d’interrogations. Au Bénin, le sujet fait grand bruit, mais pour le moment, le gouvernement ne s’est pas encore prononcé. Cependant,  dans certains milieux, on a vite établi qu’il s’agit, une fois encore, d’une mauvaise inspiration des autorités nigérianes pour protéger leur économie dans la mesure où elles accusent les autorités béninoises de favoriser sur leur territoire la contrebande. Le lundi 19 août  2019, le ministre nigérian de l’Agriculture et du développement rural, s’adressant à des jeunes à Abuja, avait déjà indiqué qu’ils apprendront que les frontières seront fermées avec un voisin sans pour autant désigner ce dernier. Justifiant ses propos, Audu Ogbeh a expliqué aux jeunes que le problème actuel du Nigéria, c’est la contrebande avec à la clef le riz chinois qui passe par ses frontières terrestres. Mieux, il estime que ce voisin utilise son port pour nuire à l’économie  nigériane. En tenant de tels propos, le ministre nigérian pointe un doigt accusateur sur le Bénin, étant donné qu’il ne peut s’agir du Niger, car ne disposant pas de façade maritime et effectuant la plupart de ses échanges par mer via le port de Cotonou.

Le Bénin lutte déjà contre la contrebande

Cette accusation des autorités nigérianes ne peut se justifier avec les réformes opérées par le Bénin et les instructions fermes du chef de l’Etat béninois au service des douanes afin  que ceux-ci soient intransigeants avec la contrebande. C’est pourquoi la décision du Nigéria a de quoi fâché Cotonou  et pourrait miner  réellement les relations entre les deux Etats. Dans ce débat, posons la question de savoir si cette contrebande va dans un seul sens ou dans les deux, car de part et d’autre des frontières, les peuples développent des activités illicites qui font fleurir la contrebande. En clair, au lieu d’accuser le Bénin, le Nigéria ferait mieux de balayer d’abord devant sa porte et de montrer  l’exemple aux voisins. Alors que le ministre nigérian de l’agriculture avait déjà laissé entendre que les frontières seront fermées pour protéger l’économie, un communiqué des douanes nigérianes évoque des raisons de sécurité intérieure pour justifier ce comportement. On peut donc conclure qu’il s’agit d’une décision qui cadre avec la politique intérieure du pays et que cette mesure n’est pas dirigée contre le Bénin, encore moins le Niger.

 

Abdourhamane Touré

 

 

Les clarifications des douanes nigérianes

La flambée du prix de l’essence issue de la contrebande est due à l’exercice «Ex-Swift response» sur la sécurité de la frontière que mène le service des douanes nigérian avec d’autres forces dans le cadre des mesures prises par le pays pour sécuriser ses frontières terrestres et maritimes. C’est l’essentiel à retenir du communiqué de presse signé du responsable des relations publiques des douanes nigérianes, Joseph Attah. 

 

Communiqué de presse des douanes nigérianes

Dans le cadre des mesures visant à sécuriser les frontières terrestres et maritimes du Nigeria, le service des douanes nigérians (Ncs) et le service nigérian de l’immigration (Nis), en collaboration avec les forces armées du Nigeria (Apn) ainsi que la police du Nigeria (Npf) et d’autres agences de sécurité et de renseignement organiseront un exercice conjoint sur la sécurité de la frontière, baptisé «Ex-Swift response».

L’exercice conjoint est coordonné par le Bureau du conseiller pour la sécurité nationale (Onsa) et se déroulera dans 4 zones géopolitiques, à savoir: Sud-Sud, Sud-Ouest, Nord-Centre et Nord-Ouest. On s’attend à ce que l’exercice favorise la coopération inter-institutions et renforce la préparation aux problèmes de sécurité transfrontalière tels que le terrorisme, le banditisme armé, la contrebande, la prolifération des armes légères et de petit calibre, entre autres.

L’exercice impliquera également la circulation du personnel, des véhicules et du matériel dans les régions touchées du pays. Par conséquent, nous appelons le public à ne pas paniquer et à continuer à s’acquitter de leurs tâches habituelles. L’objectif général est d’assurer un pays pacifique et sécurisé dans l’intérêt de notre sécurité nationale.

Signé

Joseph Attah,

Responsable des relations publiques

Pour: Contrôleur général des douanes

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