François Kouton Kpossou à propos du positionnement de la gent féminine lors des législatives d’avril 2019:« Nos femmes n’aiment pas prendre le risque politique »

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Leader politique de la 6ème circonscription électorale, François Kouton Kpossou, ancien membre de la coalition Union nationale démocrate, ne s’est fait pas prier pour rallier le Bloc républicain conformément aux nouvelles dispositions de la Charte des partis politiques. Au détour d’un entretien, l’ancien président du parti Mer a expliqué les raisons qui l’ont motivé à choisir le Bloc républicain.

Le Matinal : Vous êtes encore très jeune, pourquoi cet engagement en matière politique ?

 

François Kouton Kpossou : Cet engagement politique, parce que j’ai particulièrement remarqué que c’est le politique qui est le soubassement de toutes les autres initiatives du développement économique, social et même spirituel d’un pays. J’ai compris que dans notre pays essentiellement, il y a certaines catégories de la population, qu’elles soient cadres, religieux ou personnes de la bonne volonté, n’aiment pas du tout s’approcher de ce monde. Et cela faisant, nous ressentons en tant que population tous les effets de l’absence de minimum d’éthique et d’hommes bien dans le domaine politique chez nous.

 

Vous étiez membre d’un parti politique de jeunes. Est-ce que vous étiez déjà aux côtés de Patrice Talon lors des dernières élections présidentielles ?

 

Le Mouvement convergence pour la République avait soutenu le président Irénée Koupaki. C’est nous qui avions piloté sa campagne électorale au niveau de l’Atlantique. Ça a été un choix démocratique.

A l’occasion d’une convention, nous avons sélectionné son projet de société qui répondait bien à ce qu’on voulait faire. Le président Patrice Talon était 2ème après lui lors de la sélection. Mais il fallait respecter les décisions et les textes du parti, ce qui a été fait. Vous vous rappelez qu’au second tour des élections, le Président Koupaki a demandé à voter pour Patrice Talon. Nous étions à l’aise quand il s’est agi de respecter cette consigne. Nous sommes restés membres de la mouvance jusqu’à aujourd’hui et nous continuons nos efforts. D’aucuns nous demandent pourquoi nous n’avions pas continué avec Koupaki. Lorsque nous avons sélectionné Koupaki, nous l’avons rencontré et nous avons discuté. Il y a eu un accord politique entre nous. Nous ne sommes pas membres de la Nouvelle conscience. Nous sommes des partenaires. Donc, c’était des engagements très clairs et ça ne posait aucun problème.

 

Pourquoi avoir choisi de soutenir le Président Talon malgré les critiques sur sa gouvernance ?

 

Notre pays nécessite certaines réformes fondamentales. Nous avons remarqué que Patrice Talon a déclenché de façon courageuse certaines réformes que les politiques pouvaient lancer, depuis l’avènement de la démocratie en 1990. Nous sommes tous conscients qu’aujourd’hui, il y a une réduction visible du train de vie de l’Etat. Nous n’avons plus l’occasion de voir des ministres qui vont faire des messes d’action de grâce, aller remercier publiquement ou faire des meetings de remerciements au chef de l’Etat parce qu’on a fait la faveur de les nommer ministres. Normalement en matière d’éthique politique, on n’en a pas besoin parce qu’un ministre est un haut cadre, un fonctionnaire appelé à servir ponctuellement. Ces choses-là ont véritablement changé. Vous constatez que dans le Pag, il y a des aspects qui intéressent plus d’un. On voit les effets de la lutte contre la corruption. Par exemple, aujourd’hui lorsqu’un gestionnaire de projet veut passer un marché public, il a la crainte de l’Etat. C’est une chose très importante. Je sais comment ça se passait. Ce que je dis pour soutenir cela et qui est une doléance, est que les effets économiques de la lutte contre la corruption soient exploités pour réinvestir pour le développement du pays.

 

Pourquoi avez-vous choisi le Bloc républicain au lieu de l’Union progressiste ?

 

Nous avons fait le choix du Bloc républicain parce qu’il est en parfaite symbiose avec notre idéologie, notre philosophie politique. Et nous nous battons pour pouvoir y rester. Je suis de la 6ème circonscription électorale et plus précisément d’Akassato, un arrondissement d’Abomey-Calavi qui n’a jamais eu d’élu. Et puisque Akassato n’a jamais eu cette opportunité, nous nous battrons pour garder l’identité de cette localité. Ce sont les parents, les enfants, les écoliers, les jeunes, les étudiants qui ont cotisé pour la création du parti Mer. On va continuer à se battre dans ce réseau et garder cette identité jusqu’au bout. C’est pour cela que nous résistons aux pressions matérielle et financière auxquelles nous sommes soumis de part et d’autre. Nous sommes Républicains et nous le restons. Je crois personnellement que le libéralisme, c’est-à-dire la philosophie qui consiste à créer d’abord des entreprises fortes, à avoir des opérateurs économiques forts, des industries capables de produire des biens et services de masse, sont des défis qui restent à être relevés pour le Bénin afin de régler le problème de pauvreté de façon globale. Quand les gens ont faim, ils viennent vous voir, vous leur donnez 1000f, 2000f. Ils iront consommer et après ils reviendront pour vous solliciter pour les mêmes services. Cette façon de procéder ne permettra pas de régler de façon durable la pauvreté. C’est pour cela que l’idéologie du Bloc républicain m’a particulièrement intéressé et intéresse les camarades qui travaillent avec moi. Et nous allons travailler pour lui donner un contenu. Malgré les coups que nous recevons, nous y restons jusqu’au bout. Nous sommes les plus chanceux, parce que si vous enquêtez, vous verrez que les gens veulent de nouveaux leaders. Nous qui sommes au niveau du Bloc républicain, nous nous donnons un signal fort. Si le président nous écoute, nous positionne, ce sera une razzia. Nous allons faire une révolution. Et nous sommes en train de nous préparer à cela. Nous sommes très nombreux. Nous essayons de faire des concessions nécessaires pour que cela ne vire pas. C’est pourquoi on doit nous soutenir particulièrement. Nous n’avons jamais été au gouvernement. Parmi nous, il n’y a pas de directeur général. Nous cotisons pour les opérations que nous faisons. Il n’y a pas de  ministres, ni d’anciens députés en notre sein. Donc, le renouvellement de la classe politique, si c’est réellement cela la volonté du président Patrice Talon, ça peut commencer par la 6ème circonscription électorale. Nous avons des moyens, nous avons la volonté.

 

Avez-vous un appel à lancer à l’endroit des femmes ?

 

Les femmes, c’est l’autre champ nouveau de leadership politique qu’il faut cultiver. Au Bloc républicain, il est recommandé dans la mesure du possible qu’il y ait 30% de femmes dans toutes les structures, des instances de prise de décisions et même sur les listes électorales. Nos statuts et règlement intérieur ont prévu les conditions. Ça veut dire que c’est un facteur génétique d’attraction. Ça veut dire que les femmes peuvent venir. Je voudrais profiter de l’occasion que vous m’offrez pour lancer un appel à mes sœurs. Nos femmes pour le moment n’aiment pas prendre le risque politique. Elles s’attendent à une faveur. La politique ne peut jamais être une faveur. Elle est trop dangereuse et sensible pour être une faveur. Elles sont censées se battre, elles sont censées se mettre sur le terrain. Elles sont censées convaincre les hommes et les autres femmes pour les rejoindre. Vous voyez la France qui est un pays de vieille démocratie, ce n’est qu’en 1940 qu’elle a pu donner le droit de vote aux femmes. Cela veut dire que, bien que nous sommes dans une démocratie libérale, nous devons pouvoir faire aussi notre politique de façon progressive. Les femmes particulièrement doivent reprendre leurs responsabilités et l’éducation politique doit commencer au primaire pour que la fille qui sort déjà avec le Cep, sache qu’elle doit se battre pour être responsable dans son école, responsable des étudiants, responsable de ci, de ça.

 

Si vous devez prodiguer des conseils au Chef de l’Etat, que lui diriez-vous ?

 

Si j’ai des conseils à chuchoter au chef de l’Etat, je crois qu’il est pratiquement à mi-mandat, je lui demanderais d’évaluer son équipe gouvernementale pour voir de façon pertinente ceux-là qui politiquement ont les moyens de travailler pour lui offrir un second mandat. Le deuxième  conseil que je pourrai lui donner est de faire une évaluation des nombreuses unités présidentielles de suivi qui sont créées à la présidence pour accompagner les ministères, de voir et d’apprécier leur pertinence par rapport notamment au rôle que joue le ministère du Plan et au rôle que joue le ministère de l’Economie. Cela lui permettrait d’avoir une vision encore plus claire de la gestion du Pag.

 

Propos recueillis par Odi I. Aïtchédji

               

 

 

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