Gastronomie au Bénin:Les restaurants-trottoirs règnent en maître à Cotonou

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Contrairement à bien de villes cosmopolites en Afrique, la restauration à Cotonou ne respecte pas les standards. On assiste à la désertion des lieux habituels de bouffe au profit des restaurants-trottoirs dont le cadre ne respecte pas souvent le confort. Un vrai paradoxe !

Les restaurants-trottoirs font désormais partie du quotidien des Béninois. Pour les propriétaires de tels cadres de restauration, pas besoin de grands moyens : un emplacement au coin d’une rue, un carrefour, une table pour la bonne dame, une autre pour ses clients, un ou plusieurs banc (s). Le menu proposé n’est pas semblable à celui des restaurants ordinaires, mais il est à la portée de toutes les bourses. Tôt le matin, il est possible de prendre sa bouillie de maïs communément appelé « coco » juste avec 100 francs Cfa. Pour ceux qui ne sont pas fans de bouillie, la vendeuse d’Atassi ou de ‘’Come’’ est déjà parée pour leur offrir de quoi  se remplir le ventre avant de démarrer une bonne journée de travail. Entre 200 et 500 francs Cfa, le petit déjeuner est ainsi assuré. C’est ce que confesse Éric, un client fidèle de maman Foussénan. Son met préféré est Atassi. «Ce n’est pas tous les jours qu’on a les moyens pour aller dans les restaurants ou les  maquis. Avec au maximum 500 francs Cfa, tu  es satisfait pour la matinée ». C’est surtout à midi que les restaurants-trottoirs s’animent le plus. Un tour de ville vers 13 heures édifie davantage. La horde de fonctionnaires, d’étudiants et d’ouvriers de toutes sortes se ruent vers les restaurants-trottoirs spécialisés dans la vente de riz, de haricot, de pâte et de sauce  légumes, de Piron avec aileron, d’igname pilée, de « gbô kpètè », d’attièkè, de monyo, de voandzou… Rencontré au restaurant chez Sam, Eudes confie fièrement les raisons du choix de ce cadre : « C’est le coin que je préfère. Il y a de la bonne ambiance.  L’accueil est agréable. C’est tout ça qui m’incite à quitter Akpakpa pour venir manger à Cadjèhoun ». Dans l’après-midi, l’attraction est observée autour des vendeuses d’igname et de beignet, de bouillie et de pâté, de patate douce. La nuit, par contre, ce sont les vendeuses d’akassa et de poisson, de salade, de spaghetti, d’ablo et de Piron qui règnent en maître.

Une  hygiène de qualité

Pour les clients des restaurants-trottoirs, il ne suffit pas d’être épaté par le décor ou la qualité du service. Ces derniers accordent une grande importance à l’hygiène. « Ce n’est pas parce que nous avons faim que nous allons manger dans la saleté. Dans les lieux que je fréquente, il y a des aspects auxquels j’accorde du prix : les cuillères et fourchettes doivent être dans l’eau chaude, les verres et gobelets doivent être propres et sentir bon. La vendeuse doit porter un tablier et être soignée », fait savoir Rhétice. Pour Anette, dans un restaurant, tu ne vois que ce qu’on veut bien te montrer. « Généralement, dans les restaurants, on ne sait dans quelle condition le mets est préparé. Or, avec la bonne dame, avant même de t’asseoir, tu peux apprécier sa manière de faire et si  le cadre te convient, tu t’assois pour manger. Dans un restaurant, ce n’est pas le cas ».

Une technique commerciale efficace

Si les restaurants-trottoirs font souvent le plein de clients, c’est surtout à cause de leur technique commerciale imparable en dehors du ‘’bouche à oreille’’. Les consommateurs les appellent généralement « Maman x » « Maman y » ; ce qui joue un jeu de rapprochement entre les clients et les bonnes dames. De la sorte, pour entretenir leur clientèle, les vendeuses adoptent une méthode de vente unique : de petites blagues par moment, des taquineries, de petits sourires… « Il faut être tous les jours courtoise, souriante, amusante, drôle avec les clients. S’ils viennent ici, c’est parce qu’ils recherchent, en dehors de la nourriture, de la bonne ambiance. Même avec les plus difficiles, il faut être patient », avoue l’une des vendeuses. Il faut dire que cette technique commerciale fonctionne très bien. « Je mange ici, depuis longtemps. Je m’assois juste et on me sert. Je me permets même d’appeler la vendeuse ‘’belle-mère’’ », informe Gilles. Les restaurants-trottoirs offrent une certaine familiarité que les autres restaurants ne proposent pas. Ce qui motive certains clients : « Tu manges bien et dans la bonne ambiance. Celui qui dépense 200 francs Cfa est traité de la même manière que celui qui dépense 1000 francs Cfa», révèle Abdel.

Giovannia Atodjinou-Zinsou (Stag)

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