Habib Dakpogan, éditeur de « Mémoire du chaudron » de Tiburce Adagbè:«La version livre est plus dense que sa version numérique »

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La « Mémoire du Chaudron » de Tirburce Adagbé est disponible en version livre. Il sera lancé le 12 novembre 2020 à Cotonou. En prélude au lancement de cette œuvre qui plonge le lecteur dans les coulisses de la conquête du pouvoir d’Etat par Yayi Boni en 2006, Habib Dakpogan, l’éditeur de l’ouvrage explique à travers une interview les conditions d’édition du livre.

Monsieur Dakpogan, d’après nos informations l’essai politique de Tiburce Adagbè intitulé « Mémoire du chaudron » au sujet de la conquête du pouvoir par Boni Yayi en 2006 sort bientôt et vous en êtes l’éditeur. Pouvez-vous nous en dire plus? N’est-ce pas un trop gros morceau ? On vous connaissait artiste et écrivain de talent certes, mais pas éditeur.

 

Habib Dakpogan : Il s’agit de la rencontre d’un écrivain qui se lance dans l’édition et cherche des projets d’écriture convaincants donc porteurs, et d’un écrivain, éditeur dans une autre vie, qui veut éditer son premier ouvrage. Tout a commencé le plus fortuitement possible à l’occasion d’un lancement où j’ai croisé Tiburce Adagbè dix ans après un projet que nous avions piloté dans sa maison d’édition.

Il était en train de se faire une agréable réputation sur la toile en publiant sur Facebook à une fréquence régulière, de sulfureux épisodes d’une chronique au titre curieux de « Mémoire du chaudron », qui retraçait avec un style enjoué et une vivacité particulière, les coulisses de la conquête du pouvoir par Boni Yayi en 2006. Je lui ai suggéré sans ambages d’en faire un livre et il m’a informé que ma suggestion était une raison supplémentaire pour qu’il commence à y penser sérieusement, puisque beaucoup de personnes, proches ou simples connaissances, ne cessaient de l’exhorter à poser ces souvenirs croustillants sur papier.

On a repris et gardé le contact dès lors, travaillant sur divers projets dont le journal satirique _Le Déchainé du Jeudi_ où  je suis rédacteur et relecteur et lui le Conseiller éditorial. De temps à autre nous parlions de « Mémoire du Chaudron », Tiburce faisant part de son avancement dans le processus d’en faire un livre et moi ne cessant de l’encourager car pour moi c’était incontestablement une œuvre majeure s’inscrivant à l’aise dans les milieux littéraire et politique.

Au même moment, à l’intérieur d’un cercle d’amis écrivains et journalistes, les discussions ont commencé à s’orienter sérieusement vers la création d’une maison d’édition pour contribuer auprès des autres maisons, à absorber dans la mesure du possible la faim du dire qui devenait boulimie dans les rangs des jeunes auteurs dont certains sont vraiment très doués. Nous avons donc mis sur pied Encrage Editions, sous ma direction. La structure créée, j’ai approché Tiburce et lui ai proposé d’éditer son œuvre. Il a éclaté de rire, car il ne comprenait pas pourquoi je voulais qu’il serve de cobaye pour une maison d’édition qui n’avait pas encore un seul titre alors qu’il est l’objet d’une cour assidue de la part de plusieurs éditeurs tant au Bénin qu’à l’international. Ce n’est pas que l’idée lui ait déplu, mais pour lui, le risque était exorbitant et c’était légitime. Mais Tiburce est un fin intellectuel qui sait gérer ses a priori. Il n’ignore pas que la qualité prime sur le nom. Alors, un peu comme pour m’écarter avec bonne conscience, il a posé les conditions : qualité supérieure à la hauteur de ses ambitions (reliure, tranche, papier, encre, mise en page, graphisme et illustration), visibilité (présence du livre sur les plus grandes plateformes) et garanties de distribution. Comme vous l’avez dit, c’est un très gros morceau pour quelqu’un qui débute dans le milieu. Mais l’essentiel est le professionnalisme. J’ai réuni l’équipe et je leur ai dit que notre premier coup ne sera même pas un coup d’essai mais un sacré coup de maître. Nous avons fait nos offres à Tiburce, il a réfléchi un peu, et il a accepté, en se fiant plus à mon souci de qualité qu’à notre amitié. Il sait surtout, avec son expérience d’éditeur, la nécessité d’une relation de complicité en l’écrivain et son éditeur.

 

Nous avons également appris que l’ouvrage va connaître une commercialisation internationale ! Comment cela va-t-il se passer concrètement ?

 

« Mémoire du Chaudron » est disponible sur Amazon dès demain. Nous nouons déjà des partenariats avec d’autres distributeurs en ligne et des distributeurs locaux. Le livre physique est sorti de presses en France en fin de semaine passée et sera disponible dans les librairies du Bénin et de la sous-région en Novembre. Nous avons déjà de solides références pour les Fnac en France.

 

Les Béninois d’ici devront attendre encore jusqu’à quand pour avoir accès à la version livre de ce récit qui a secoué toute la toile ?

 

« Mémoire du Chaudron » est achevé d’imprimer à Lyon en France. Ceci pourrait titiller des susceptibilités et faire débat, je le sais, mais tout panafricaniste que je suis, j’ai reçu une énorme pression de l’auteur qui a mis la qualité au premier plan. J’avais une obligation de résultat. Pour un livre d’un volume de plus de 600 pages, et pour un auteur qui ne veut pas voir le moindre travers sur la tranche, nous n’avons pas eu le choix. Cependant nous avons ouvert la consultation chez les imprimeurs tant au Bénin, en Côte-d’Ivoire, en Tunisie, qu’en France. Nous avons une réputation à bâtir et la confiance d’un excellent auteur à mériter. Alors nous sommes allés à la meilleure offre technique pour un rendu convenant à nos exigences. Ceci explique donc en partie que le livre papier ait pris un peu plus de temps que s’il était fait sur place. Heureusement, l’attente des lecteurs ne sera que de courte durée. Le lancement se fera le 12 novembre prochain à Cotonou. Mais le livre sera disponible quelques jours plus tôt.

 

Votre regard sur le livre en tant qu’écrivain ?

 

Je suis tombé amoureux des histoires de Mémoire du Chaudron depuis le temps que je les lisais sur Facebook. Je me suis demandé comment il se faisait que Tiburce Adagbè se soit caché tout ce temps alors qu’il a l’une des meilleures plumes de ce pays toutes époques confondues. Quand le livre a pris la forme papier, l’extase n’a fait que grandir. En faisant le travail éditorial, tous les comités de lecture étaient enchantés, à l’unanimité, même les critiques les plus difficiles dont je fais partie. Nous sommes très honorés de faire partie de ce projet. Il s’agit d’une fresque truculente, qui raconte avec une langue littéraire et un style gracile, les incroyables péripéties ayant animé les coulisses de la prise de pouvoir par Boni Yayi en 2006. Nourrie d’histoire, parsemée d’humour, auréolée d’impertinence, elle fait revivre aussi bien les instants critiques que les moments enjoués de cette saga sociopolitique, avec des intrigues et des personnages réels. Elle questionne la sociologie, l’ethnologie, la philosophie, l’art, et bien entendu, la politique sous les tropiques béninois. Et surtout, croyez-moi, la version numérique du livre qui nous a tous tenus en haleine sur la toile n’est qu’une préfiguration de la grande puissance du livre qui entre bientôt en librairie. Car pour la cause, notre maison d’édition a mis la pression nécessaire pour que l’auteur reprenne la plume et détaille son récit. « Mémoire du Chaudron », version livre que Me Robert Dossou nous a fait l’honneur de préfacer, vaut donc la peine d’être lu, surtout quand on déjà lu et aimé le premier jet qu’est la version numérique.

 

Propos recueillis par Abdourhamane Touré

 pour Le Matinal

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