Ibrahim Salami à propos de l’impasse électorale:« Un problème politique doit se régler politiquement »

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Dans le débat politico-scientifique qui déchaîne les passions en cette veille des  législatives d’avril 2019, l’avis du Professeur Ibrahim Salami était presque attendu. Celui des autres influents intellectuels de sa promotion de la trempe de Joël Aïvo et Dandi Gnanmou étant déjà connus. Invité hier mercredi 27 mars 2019 sur une radio privée, l’enseignant de droit public a essayé de démêler l’écheveau et indiqué la voie de sortie de crise la plus réaliste.

On avait l’habitude des positions tranchées du Professeur Ibrahim Salami. Pour cette fois-ci,  il n’a pas non plus dérogé à ses principes. «Je dis en même temps qu’il s’agit d’un problème politique et ce problème politique doit se régler politiquement… Je ne pense pas qu’il appartienne à la Cour constitutionnelle de connaître la question de la prorogation du mandat des députés. C’est la proposition la plus dangereuse », a déclaré sans ambages Ibrahim Salami avant d’enfoncer un peu plus le clou : « J’ai entendu dire que la solution à cette crise passe par la Cour constitutionnelle. Je considère qu’au-delà de tout, c’est une proposition dangereuse. Je ne comprends pas que ce soit cette Cour-là qui nous donne la porte de sortie. Ça peut être une porte de sortie qui est pire que le problème qui est posé ».  Cette position semble d’ailleurs plus proche de celle de sa collègue,  Dandi Gnamou,  exprimée avant-hier sur les plateaux d’une télévision privée. En d’autres termes, la réponse aux atermoiements politiques actuels, symptomatiques des crises cycliques qui peuvent enrhumées toute démocratie, n’est pas d’ordre institutionnelle, mais plutôt politique.  C’est donc à la classe politique de trouver la solution à l’impasse électorale actuelle. « J’espère que le Parlement trouvera une solution jeudi,  mais s’il n’y a pas de solution politique à une situation politique,  on est obligé de s’en tenir aux textes. L’idéal de la démocratie,  c’est que les élections soient disputées, transparentes, ouvertes et les plus démocratiques possibles », ajoute-t-il.

«  La dictature des textes est encore meilleure que la dictature tout court »

Ce qui met fin aux déclarations tendancieuses qui voudraient que ce soit le Chef de l’Etat ou la Cour constitutionnelle qui  intervienne dans le processus actuel. « Je ne sais pas si on est bloqué à l’Assemblée nationale puisque la plénière est prévue pour jeudi. On est dans le haut lieu de la politique. Il ne faut pas s’étonner que les politiciens fassent de la politique et au haut lieu de la politique, les gens raisonnent en termes d’intérêt personnel et/ou collectif. Les hommes politiques ne sont pas des enfants de chœur», prévient-il. Au demeurant, l’enseignant de droit public clarifie la jurisprudence de 2011, afin d’élucider les confusions qui s’érigent dans les esprits : « la Céna est une institution qui organise les élections et qui dit je ne peux pas. Là, il y a blocage institutionnel et la Cour est intervenue pour dire ‘’je vous accorde jusqu’à tel délai pour reporter et organiser convenablement les élections ». On peut regretter la dictature des textes, mais la dictature des textes est encore meilleure que la dictature tout court qui n’est fondée sur aucun texte ». En gros, dans la situation actuelle, il n’y a pas encore une crise définitive, ni péril en la demeure. La balle semble-t-il est toujours dans le camp des politiques. C’est à eux en premier chef de trouver les voies de sortie de crise.

Jean-Paul Mahugnon

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