Impasse électorale:Gnancadja, Guèdègbé et Gounou se prononcent 

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L’impasse électorale dans laquelle se trouve le Bénin suscite des réactions. Le président de l’Ong Nouvelle éthique, Joël Atayi Guèdègbé, l’ancien ministre de l’Environnement, Luc Gnancadja, et le député Abdoulaye Gounou, membre du Bloc républicain, se sont exprimés hier jeudi 7 mars 2019 sur la situation.

 

Joël Atayi Guèdègbé : « Quelle que soit la majorité, le consensus s’impose »

« Il faut retenir d’abord deux choses. La date du 28 avril est une affaire de chronogramme parce que les députés de la 7ème législature finissent leur mandat le 15 mai. La question est de savoir à quel moment il faut organiser les élections pour faire droit aux recours à différentes taches et étapes cruciales avant d’aller au renouvellement de l’Assemblée nationale. Il faut voir en quoi des marges existent dans le chronogramme. Mais si nous sommes d’accord consensuellement pour nous éviter des impasses, ce sera aux fondements de la loi. Quand même on l’aurait fait. Ne faisons pas des lois électorales du fétichisme. Il ne faut qu’on s’abouche derrière la loi quand ça nous arrange. Je ne dis pas que les lois ne valent ne rien, mais ce sont les parlementaires qui sont fondés à la faire tout en respectant la Constitution. Je suis sûr qu’en mettant à plat les choses, on trouvera des marges. Il s’agit d’arrêter et de débattre à l’infini. Les uns et les autres savent ce qu’il faut faire s’ils ont la volonté de servir ce pays et d’avoir un minimum de sursaut patriotique.

Quelle que soit la majorité dont dispose un camp ou l’autre, le consensus s’impose au regard du protocole additionnel de la Cedeao relatif à la bonne gouvernance aux élections et à la prévention des conflits. Lequel stipule que six mois avant une élection, on ne change plus les règles du jeu. On ne change ni la Constitution ni le Code électoral fondamentalement à condition qu’il y ait consensus. Si c’est le cas, on peut déroger à cette interdiction de la Cedeao. Par le passé, au Bénin, que ce soit en 2011, en 2005 ou en 1999, les parlementaires sont revenus sur le Code électoral en certaines dispositions difficiles d’application. Souvenez-vous qu’en 2011 le Parlement a été renouvelé le 30 avril. C’était dans le cadre d’un accord politique qui a été conclu ».

 

Propos recueillis par Rèliou Koubakin

 

Luc Gnacadja : « J’ai envie de dire merci à la Céna! »

Le Bénin est éprouvé par la nécessaire réforme de son système partisan… Mais, quand « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans le clair-obscur surgissent les monstres » (A. Gramsci)

Tout le monde semble s’accorder au sujet de l’impératif qu’il y a de réformer notre système partisan afin de guérir des déviances constatées qui rendent notre démocratie inutilement coûteuse et surtout stérile des fruits escomptés pour un développement durable et partagé.

Mais chacun voudrait une réforme qui arrange ses calculs politiciens sans déranger ses intérêts et avantages acquis.

C’est à l’aune de ce grand écart que nous pouvons décrypter la situation de crise de croissance politique dans laquelle nous ont entraîné les responsables des partis politiques, sans verser dans des querelles de chapelles, propres aux échanges souvent sans nuance qui abondent à ce sujet sur la toile.

Nous étions de toute évidence face à une impasse quant à l’inclusivité du scrutin des prochaines législatives. Mais il faut reconnaître ou admettre que la décision de la Céna (qui aux termes de son examen des dossiers à elle parvenus dans le délai, n’a qualifié que deux des nouveaux blocs politiques) a le mérite de mettre les acteurs politiques devant leurs responsabilités. En cela, on peut dire qu’à quelque chose malheur est bon.

-Les échanges entre le Président de la République et les représentants des partis politiques laissent perplexe sur le niveau d’exigence et le long chemin pour accéder à un fonctionnement simplement normal et sans lequel il n’y aura pas de développement. Le diagnostic posé hier par le Président de la République est lumineux de justesse. Les réformes engagées sont nécessaires, et il faut trouver la bonne formule entre aller vite et aller loin…

-En cela, la présente crise est normale voire même salutaire.

« La crise est le moment où l’ancien ordre du monde s’estompe et où le nouveau doit s’imposer en dépit de toutes les résistances et de toutes les contradictions. Cette phase de transition est justement marquée par de nombreuses erreurset de nombreux tourments. » (A. Gramsci)

Mais, ce philosophe italien du siècle dernier a aussi ajouté:

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans le clair-obscur surgissent les monstres. »

Je ne pense pas que ce soit le moment de faire la politique de la chaise vide. Espérons que la sagesse prévaudra de part et d’autre du spectre politique, dans l’intérêt de notre pays.

 

Luc Gnancadja

 

Abdoulaye Gounou : « Un report des élections ne ferait pas du bien »

 

« Au niveau de la mouvance, nous sommes en concertation. Nous avons lu comme tout le monde les exigences de l’opposition. Nous allons nous retrouver. Je peux vous dire d’ores et déjà qu’un report des élections ne ferait pas nécessairement du bien. Nous risquons de créer un vide institutionnel le 15 mai prochain que nous aurons du mal à rattraper. Car si l’Assemblée nationale n’est pas installée, le pays resterait sans Parlement jusqu’à quand ? Il faut mesurer les conséquences du report à savoir le vide juridique et les conséquences sociales. Le chef de l’Etat a été clair dans son message. Il a retourné la balle à l’Assemblée. Il lui appartient de prospecter les propositions de sortie de crise qui vont préserver de part et d’autres les intérêts du pays. De toutes les façons, un report des élections n’est pas souhaitable. Si la majorité estime qu’il faut reporter, je me soumets au groupe ».

   

Propos recueillis par Rachida Houssou

 

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