Inondation en milieu scolaire:Des écoles sous le diktat des eaux à Sèmè et Cotonou

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L’année scolaire 2019-2020 a démarré depuis le lundi 16 septembre 2019 sur l’ensemble du territoire national. Malheureusement, certains apprenants éprouvent des difficultés à rallier facilement leurs établissements en raison des dernières pluies qui ont créé des inondations. C’est le cas du Collège d’enseignement général Sèkandji, du Complexe scolaire de Dandji et de l’école primaire publique d’Ahouassa Kowégbo qui vivent les affres de l’inondation.

Les récentes pluies ne font pas les affaires du Collège d’enseignement général de Sèkandji situé dans la commune de Sèmè-Podji. Pour y accéder depuis le goudron, il faut subir assez de désagréments liés à la dégradation de la voie en ces temps de fortes pluies. Lundi 14 octobre 2019, nous voici devant le Collège d’enseignement général Sèkandji. Il était ceinturé par de grandes flaques d’eau dans lesquelles pataugeaient certains apprenants. D’autres n’avaient de choix  que de passer dans ces eaux souillées pour entrer dans l’établissement. A l’intérieur, le constat était alarmant. La plupart des bâtiments étaient dans l’eau. Certains sont devenus vétustes en raison de leur cohabitation permanente avec les eaux. Pour accéder à leurs salles de classe où à la cantine, les apprenants passent dans l’eau ou parfois sur des briques posées  çà et là pour la circonstance. Les enseignants et les membres de l’administration n’en sont pas épargnés. Certains d’entre eux sont obligés de porter des bottes. Au dire des personnes rencontrées à l’entrée du Collège, il n’est pas rare de voir des reptiles  et des grenouilles circuler eux aussi aux heures des cours. Nous nous sommes dirigés vers la direction de l’établissement pour annoncer notre arrivée. Une fois sur les lieux, nous avons rencontré le directeur de l’établissement, Alfred Hermann Mensah. Calme, il nous a reçu dans son bureau. L’ayant informé du motif de notre passage, il ne s’est pas fait prier pour se confier à nous. A la question de savoir quelles sont les difficultés qu’il rencontre dans l’établissement en ces temps de fortes pluies, il a déclaré que le Ceg Sèkandji est invivable. « En cette saison des pluies où tout le monde crie, chez nous à Sèkandji ici, c’est le comble. C’est l’inondation notre problème. Tout est inondé, le terrain de sport, tout. Les professeurs d’Eps viennent mais ne peuvent même pas travailler. Ils restent là. Ils font le temps normal et rentrent chez eux tranquillement. Nous avons amené même des experts, ils nous ont dit qu’il faut attendre que l’eau se retire complètement », a-t-il laissé entendre. Au sujet des dispositions prises, il a fait savoir que les membres de l’administration et lui sont en train de prévoir quelques camions de sable et l’achat de gravats pour remblayer une partie du terrain de sport aux fins de permettre aux élèves de vaquer à leurs activités sportives. Il n’a pas manqué d’exhorter les autorités à venir constater la situation déplorable dans laquelle se trouve cet établissement en ces moments de pluies et à les aider dans la mesure du possible. Les apprenants et les enseignants rencontrés se sont inscrits dans la même logique que leur premier responsable. Ils  invitent  les autorités à ne pas attendre la fin de la saison pluvieuse pour venir les visiter.

 (Le Cs de Dandji et l’Epp Ahouassa Kowégbo)  

La prochaine étape de notre descente a été respectivement le Complexe scolaire de Dandji et l’Ecole primaire publique d’Ahouassa Kowegbo. Le constat est moins alarmant qu’au Ceg Sèkandji. Située dans le premier arrondissement de la ville de Cotonou, l’Ecole primaire publique de Dandji est entourée d’eau. L’accès est très difficile. Aussi bien les élèves que les enseignants suent sang et eau avant de s’y rendre. Sur la question des difficultés rencontrées dans ce complexe en ces temps de pluie, le directeur du groupe A, Daniel Tozé, n’a pas fait de déclaration, mais visiblement il est dépassé par la situation que vivent les élèves et ses collaborateurs. Ce qui n’est pas le cas à l’Ecole primaire publique d’Ahouassa Kowégbo. Par rapport aux difficultés rencontrées, la directrice, Laetitia Domingo, a fait savoir que l’inondation  n’est pas criarde dans son école. « A part quelques flaques d’eau, moi je n’ai pas encore remarqué une inondation en tant que telle. Mais je sais qu’il y a quelques stagnations d’eau par endroits. La difficulté majeure, c’est que les enfants sont obligés de passer dans l’eau ; ce qui n’est pas du tout bien pour leur santé. De même, les toilettes se situent dans une zone où il y  a présentement beaucoup d’eau, ce qui empêche les enfants d’y accéder pour faire leurs besoins », a-t-elle déclaré. Pour finir, elle a souhaité que  les autorités municipales prennent au sérieux l’ampleur du phénomène de l’inondation dans les écoles et leur viennent au secours.  Il est à préciser que beaucoup d’autres écoles que nous avons parcourues se trouvent dans cette situation. Il urge que des mesures urgentes et adéquates soient prises pour permettre aux élèves et aux enseignants de travailler  dans de meilleures conditions.

 

(Photo Ca Alerte Bello Saizonou, photo évacuation de l’eau le long de la clôture du complexe scolaire de Dandji, (Photo perle mécanique)

Complexe scolaire de Dandji       

Arlette Bello Saïzonou évoque les dispositions prises

Le complexe scolaire de Dandji, l’arrondissement et les habitations sont quelques exemples d’infrastructures inondées à chaque saison des pluies. Elles sont difficiles d’accès aussi bien pour les élèves que pour les usagers. Interrogée sur le phénomène de l’inondation dans cette zone, la cheffe du premier arrondissement de la ville de Cotonou, Arlette Bello Saïzonou, parle des dispositions prises pour soulager la population. « Ce n’est pas seulement la zone du complexe scolaire de Dandji qui est inondée. C’est toute la zone de Dandji qui est inondée à chaque saison des pluies ». C’est ce que pense la Cheffe du premier arrondissement de la ville de Cotonou, Arlette Bello Saïzonou. Sur le cas spécifique du Complexe scolaire de Dandji, elle a déclaré qu’elle est construite tout comme les autres infrastructures de la zone sur des marécages et c’est normal qu’elle soit inondée. Concernant les dispositions prises pour pallier la situation, elle a fait savoir que déjà en mai 2018 lors de l’examen du Certificat d’étude du premier cycle (Cep), plusieurs camions de sable avaient été convoyés dans l’école pour soulager les candidats. Mais cela ne suffit pas. Elle a également fait savoir que depuis lundi 15 octobre 2019, un engin poids lourd est en train de travailler pour drainer l’eau vers les caniveaux. « En ce moment, il y a une perle qui est en train de travailler. Avant-hier, vous ne pouvez même pas accéder à l’arrondissement de Dandji qui se trouve à quelques mètres du complexe scolaire. Pour la seule journée d’hier, où elle a travaillé, on n’a plus d’eau sur les voies », a-t-elle déclaré. 

L’asphaltage comme remède à l’inondation

Pour Arlette Bello Saïzonou, les travaux d’asphaltage qui s’effectuent dans la zone du complexe scolaire de Dandji est la seule vraie solution pour soulager les populations de l’inondation. «  Seul l’asphaltage de la rue qui est en cours pourrait nous sauver de l’inondation.  Mais le fait que les voies ne soient pas encore livrées à la population cause l’inondation à d’autres endroits. Cette rue-là était le réceptacle des eaux d’inondation. Maintenant qu’on est en train de travailler là-dessus, l’eau n’a nul part où aller. Ce qui urge, c’est que dans la phase 2, on puisse faire l’asphaltage de la rue qui passe devant l’arrondissement pour qu’il y ait assez d’ouvrages d’assainissement pour drainer l’eau vers les caniveaux », a-t-elle laissé entendre.

La sensibilisation

Pour Arlette Bello Saïzonou, l’heure est à la sensibilisation, aussi bien à l’endroit des acteurs du système éducatif qu’aux usagers de la zone.  « C’est une sensibilisation qu’il faudra faire. On ne peut pas faire plus que ça. On est en train de trouver des voies pour drainer l’eau sur le seul ouvrage d’assainissement qu’on vient de nous faire. Nous devons vite faire pour qu’il y ait assez d’ouvrages d’assainissement. C’est vrai que si on avait pris ça plutôt, on serait à une autre étape aujourd’hui. On est encore au stade zéro et je crois que d’ici 5 ans, on tiendra un autre langage », a-t-elle conclu.

Léonce Adjévi

 

 

Les acteurs du système éducatif en parlent

 

Jean-Marie Vianney Dagbo,  Maître du Cm1 à Ahouassa Kowégbo :

 «  L’inondation perturbe mes activités sportives »

 

« Quand il pleut, c’est l’inondation dans notre école. Les enfants pataugent dans l’eau. C’est un véritable casse-tête quand ça vient parce que nous avons d’énormes difficultés pour exécuter convenablement nos activités. Par exemple, nous avons deux classes qui doivent faire le sport et nous avons un terrain qui est souvent inondé. Ça perturbe les activités sportives. L’accès aux latrines n’est pas du tout aisé pour les enfants. Ils sont parfois obligés de faire leurs besoins dans l’eau et  au même moment, ils pataugent dans la même eau. Imaginons les maladies hydriques que cela peut entraîner. Les enfants sont parfois obligés de se mettre debout. Quand vous avez la malchance, et c’est un week-end, vous revenez voir le mobilier et le matériel didactique dans de l’eau. On ne sait comment vivre cette situation. Pour l’inondation, on ne peut prendre aucune disposition. Peut-être pour nos classes. On peut aller peut-être ranger le matériel de travail à la direction. Voilà que la direction n’est pas un magasin où il faut stocker le matériel de travail. Mais dans la cour, on ne peut rien. On fait avec ».

 

Atchibodou Wassi, professeur d’anglais au Ceg Sèkandji :

« C’est carrément dans une zone hydromorphe »

 

« L’accès  à l’établissement est très difficile. Quand vous partez du goudron pour ici, la voie est pratiquement dégradée. Ça pose problème. Les herbes poussent rapidement et on essaie de les enlever. On recherche la main  d’œuvre locale, on dépense pour ça et malgré ça, elle pousse toujours. Vous avez le niveau du sol de l’établissement par rapport au quartier. Le niveau est bas. Cela fait  que les eaux qui viennent des maisons environnantes  viennent stagner ici. Il y a les odeurs qui nous dérangent. On fait avec parce que nous n’avons pas une autre solution pour le moment ».

 

Constant Hounkpèvi  élève Ceg Sèkandji:

« Quand il pleut, nous n’avons plus d’espace »

 

« Vraiment ici au Ceg Sèkandji, nous avons de sérieux problèmes. Depuis 2013 que je suis dans l’établissement, ça ne va pas du tout. En termes d’espace dans l’établissement, nous n’avons pas assez d’espace. Le peu que nous avons ne nous est pas utile à cause de l’inondation. Quand il pleut, nous n’avons plus d’espace. Nous avons un terrain sur lequel nous ne pouvons pas faire de sport. Quand il y a pluie, c’est des problèmes. Quand les élèves se comportent mal, nous les amenons sarcler pour pouvoir désherber un peu le terrain, mais on se rend compte qu’à chaque pluie, c’est l’inondation. Ce qui favorise l’éclosion des herbes. Ce qui devient finalement une grande souffrance pour nous. A chaque fois, il faut recommencer. Nous demandons à l’Etat de nous venir en aide ».

 

Solange Fassinou, élève Ceg Sèkandji: « On n’a pas le choix »

« Je rencontre beaucoup de difficultés. La difficulté majeure a rapport à l’inondation que nous subissons en cette période de pluie. Il est très difficile d’arriver à l’école si vous êtes à pied ou à moto. C’est vraiment compliqué. On n’a pas le  choix. On se débrouille ainsi. Je  voudrais demander au maire de notre commune de voir les difficultés que nous vivons et de bien  vouloir faire quelque chose pour notre établissement ».

Etienne Sagbohan, élève au Ceg Sèkandji : « Pour ceux qui viennent de Tchonvi et de Gbakpodji, c’est encore pire »

 

« Les difficultés que nous rencontrons sont énormes. En saison pluvieuse, c’est catastrophique. Par exemple, ce matin en quittant la maison pour l’école, j’étais obligé, à un moment donné, de passer dans l’eau. Pour ceux qui viennent de Tchonvi et de Gbakpodji, c’est encore pire. Ils prennent la pirogue, mais arriver à un niveau donné, ils sont obligés d’abandonner les pirogues pour rallier l’établissement. Et là, ils sont  comme moi obligés de passer dans l’eau. Toutes les rues sont envahies par l’eau et même la rue principale qui mène à notre école. Tout l’établissement est envahie par l’eau ; même les salles de classe. Nous n’arrivons pas à suivre les cours comme cela se doit. On ne trouve même pas où s’asseoir. Notre terrain de sport est inondé. Il y a beaucoup d’herbes dessus. C’est déplorable la situation que nous vivons. Ce n’est pas évident que l’eau se retire d’ici la fin de l’année. Chaque année, c’est toujours la même situation. Nous demandons à l’Etat et aux différentes autorités de nous aider par rapport à la voie principale et à vider l’eau de l’établissement ».

 

Vigencio Ahouassou, élève Ceg Sèkandji: « Avant d’entrer dans les salles, on est obligé de passer dans l’eau »

 

« Nous avons du mal à rallier notre établissement à cause de l’inondation. Avant d’entrer dans les salles, on est obligé de passer dans l’eau et si on a un peu de chance, on passe sur les briques. Il y a d’autres camarades qui sont obligés de passer devant l’administration avant d’aller dans leurs salles. Ce qui n’est pas normal. J’aimerais demander aux autorités d’effectuer une descente dans notre établissement pour voir ce que nous vivons au quotidien en ces temps de pluie ; qu’ils  viennent voir les conditions dans lesquelles nous travaillons ».

 

 

 

Naculine Gnanvi, élève Ceg Sèkandji: « L’entrée est toujours inondée et quand il pleut, cela va de mal en pis »

 

« L’accès au collège est très difficile. Dans le quartier, n’en parlons pas. L’entrée est toujours inondée et quand il pleut, cela va de mal en pis. Comme nous devons aller à l’école, nous n’avons pas le choix. C’est la même chose dans l’établissement. Nous sommes constamment exposés à des reptiles et à toutes sortes de maladies dues à cette situation. Notre terrain de sport est inondé. Parfois, ça reste ainsi pendant 1 an sans se sécher ».

 

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