Jean-Claude Hounmènou face aux violences post-législatives:« Force doit rester à l’ordre républicain »

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Le président Patrice Talon doit veiller scrupuleusement à mener à terme le processus législatif en cours, même si par la suite, des compromis demeurent possibles et souhaitables. Céder aux chants de corbeau qui l’invitent à stopper ledit processus serait rabaissé l’Etat devant l’outrage qui lui est fait. C’est du moins ce qu’on peut retenir de cette analyse du professeur Houmènnou. Lire son analyse

Les lendemains des élections législatives du 28 avril 2019 au Bénin ont été marqués par des actes gravissimes de défiance à l’ordre républicain, de la part de certains acteurs politiques hostiles au processus de renouvellement des membres du Parlement,  sous le prétexte que ledit processus aurait été imparfait, exclusif, non consensuel. Des appels au soulèvement des populations, des menaces ouvertes ont été proférées à l’encontre du Président de la République en exercice, par d’anciens dirigeants du pays, et même un ultimatum de 24 heures a été donné au Président Patrice Talon d’arrêter le processus de désignation des nouveaux représentants du peuple. Ces actes de défi à l’ordre établi ont culminé dans l’après-midi et la soirée du 1er mai, à travers la destruction et le saccage d’un quartier de la ville de Cotonou, par des hooligans instrumentalisés par des forces  antirépublicaines, devenus subitement des anges du chaos et de l’apocalypse. Et tout ce déchaînement de violences, ce tourbillon de désordres généralisés, parce que le processus électoral législatif de 2019 aurait été imparfait et n’aurait pas été du goût de tout le monde !

Mais, ce n’est pas la première fois que des élections imparfaites sont organisées au Bénin, depuis l’ère du Renouveau démocratique en 1990 ! Et pourtant, nous avons toujours continué notre marche en avant sur ce chemin, toujours en préservant l’essentiel : la paix et le respect des institutions et de l’ordre républicain.

Pour ne prendre que le cas de l’élection la plus importante, la plus déterminante, à savoir l’élection présidentielle, elle n’a pas toujours été parfaite, exempte de tout reproche. Loin s’en faut !

 

Feed-back sur 2001

 

En 2001, le candidat de l’opposition, Monsieur Nicéphore Soglo, qualifié pour le second tour de la présidentielle, a unilatéralement refusé d’aller en compétition, en dénonçant « des tripatouillages, des tours de passe-passe, et l’imposture » qui auraient caractérisé le déroulement du processus. Il n’acceptait d’aller au second tour que si l’on procédait à un apurement de la liste électorale. Ce qui était naturellement impossible en plein processus. Maître Adrien Houngbédji, arrivé 3ème au premier tour, se joint à Soglo, pour prôner le boycott du second tour, en l’absence d’amélioration du processus. En définitive, notre peuple a eu droit à un second tour de l’élection présidentielle de 2001, sous la forme d’un plébiscite déguisé, à travers le « match amical » entre le Général Kérékou, et son ministre d’Etat Bruno Amoussou, heureusement candidat lui aussi, et arrivé 4ème au 1er tour. A peine 40 % des électeurs avaient alors voté à ce second tour, dans un processus entièrement sécurisé par l’Armée nationale, et qui permit de réélire le Général à plus de 84 %. A ce moment-là, Monsieur Soglo était plus vigoureux que maintenant, son épouse aussi d’ailleurs. Mais ils n’avaient pas osé enjoindre à Kérékou et à Mme Conceptia Ouinsou, d’annuler l’élection, ou de remettre en cause les institutions républicaines du Bénin et l’ordre légal. Lui et maman, s’étaient bornés à décréter la mort de notre démocratie alors, en observant le deuil en noir pendant quelques jours, bien suivis en cela par leur fils chéri Candide Azannaï. Je me souviens que feu le président Emile Derlin Zinsou, ayant appris que les Soglo avaient proclamé la mort de la démocratie béninoise après cette présidentielle un peu spéciale de Mars 2001, avait alors eu la réaction suivante : « Et quand est-ce qu’on l’enterre alors, la pauvre ? On peut ne pas aimer l’injustice, mais ne soyons pas excessif ! ». Toujours est-il que le président Kérékou avait accompli tranquillement son 2ème mandat, après avoir obtenu à son investiture, le soutien de près d’une vingtaine de Chefs d’Etat et de gouvernement étrangers. D’ailleurs, à un moment donné de ce deuxième mandat de Mathieu Kérékou, la Rb de Nicéphore et de Rosine Soglo, était prête à entrer dans son gouvernement, mais Azannaï a vendu la mèche et fait échouer le projet. Quant à Maître Houngbédji, il va finalement envoyer un ministre au gouvernement, pour travailler avec le « tripatouilleur imposteur », après avoir pris part en tant que président de l’Assemblée Nationale, à l’investiture du vainqueur Kérékou, en bon leader républicain. Alors, pourquoi Monsieur Soglo ne se contente- t-il pas de décréter et de porter le deuil maintenant, comme en 2001, et laisser la République et ses institutions en paix ? Ou bien pense-t-il que l’Etat Talon serait un Etat moins fort /faible et moins ferme que l’Etat Kérékou ?

 

Le contexte du k.o de 2011

 

En mars 2011, nous sommes allés à l’élection présidentielle avec une liste électorale, la fameuse Lépi, qui a exclu près de 40% des électeurs de la partie méridionale du pays. Les leaders de l’opposition d’alors, rassemblés dans l’Union fait la Nation, n’entendaient pas que l’on organise le scrutin, tant que la liste électorale ne serait pas exhaustivement inclusive. Mais la satisfaction de cette condition nous aurait fait déborder les délais constitutionnels. Jusqu’à ce que le sage Kérékou sorte de sa retraite, pour inviter les filles et fils de la même Nation béninoise que nous sommes, à aller élire le Président avec la liste décriée, même si elle est imparfaite. Ce que le peuple béninois, comme un seul homme, a fait, et qui a naturellement permis à Monsieur Yayi Boni, de faire son fameux K.O. avec 53% des voix. Qui sait si avec une liste plus inclusive, le K.O. n’aurait pas été en faveur de son challenger Houngbédji ? Et pourtant, une fois que la Cour constitutionnelle a proclamé la victoire de Yayi Boni, nous nous sommes tous rangés. Même si personnellement, je l’avais invité à former un gouvernement d’union nationale, parce qu’il avait été quand même mal élu. Au lieu de ce gouvernement d’union nationale, il s’était borné à donner un poste ministériel à la Rb, et un autre à une de ses adversaires de la présidentielle : Marie-Elise Gbèdo. Et Dr Yayi a dirigé notre République durant encore un mandat de 5 ans. Personne n’avait incité avec hargne et acharnement au renversement de l’Etat républicain, au saccage de nos cités, à la rébellion, et au désordre généralisé, ni foulé aux pieds nos institutions républicaines.  D’où vient maintenant, que sous prétexte que les législatives du 28 avril 2019 n’auraient pas été suffisamment inclusives, cet ancien président, bénéficiaire du K.O et d’un 2ème mandat de Président de la République, rôle autrement plus puissant que celui de député, grâce à la Lépi « bâclée-bancale », appelle à défier et à renverser l’ordre républicain ? Ou bien, pense-t-il que l’Etat Talon est moins fort et moins ferme que l’Etat Yayi ?

En tout état de cause, le Président Patrice Talon doit veiller scrupuleusement à mener à terme et à bon port le processus législatif en cours, même si par la suite, des compromis demeurent possibles et souhaitables. Céder aux chants de corbeau qui l’invitent à stopper ledit processus, serait abaissé l’Etat devant l’outrage qui lui est fait de la menace qui le vise. Du coup, notre bienaimée Nation du Bénin, ne serait plus qu’un pauvre jouet disloqué sur l’océan des aventures.  Et donc, que Force reste a l’ordre républicain !

 

NB: Les intertitres sont de la rédaction

 

Prof. Dr Jean-Claude Hounmènou

Président du Front pour une Alternative Républicaine et Inclusive, Mouvement citoyen

 

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