Kérékou, le métronome de la Conférence

0
1286

La Conférence des forces vives de la Nation s’est déroulée du 19 au 28 février 1990 à l’hôtel Plm Alédjo de Cotonou. Elle a tenu ses promesses grâce au président Mathieu Kérékou qui était en amont et en aval de ces assises nationales.

Le président Mathieu Kérékou a été au cœur de la réussite de la Conférence nationale. De bout en bout, il a joué sa partition en créant les conditions optimales de décrispation pour une large et qualitative participation des délégués. La loi 89-010 du 30 août 1989 portant amnistie générale était déjà une mesure normative à l’éclosion d’un dialogue fructueux et serein. Pour Mathieu Kérékou, les conditions sociales, économiques et politiques étaient plus que réunies pour que le peuple se prononce sur son avenir. C’est bien ce qui a justifié la convocation de toutes les forces de la Nation « quelques soient leurs sensibilités politiques » pour prendre part à la Conférence. Cette convocation sans exclusion  constituaitune mesure supplémentaire à l’atteinte des objectifs de ce mémorable rendez-vous qui devrait trouver des solutions à la conjoncture économique générale de même qu’aux problèmes socio-politiques. Me Robert Dossou, adepte des libertés et ministre en charge de la planification, sera chargé de l’organisation des assises de la conférence. Quand toutes les conditions pratiques furent réunies, la conférence s’est ouverte le lundi 19 février 1989 avec le discours inaugural, du chef de l’Etat Mathieu Kérékou. Ledit discours s’articule autour de trois axes : le contexte général, le rappel des mesures administratives et normatives pour la tenue de cette Conférence et surtout les attentes. Après le discours, Mathieu Kérékoure prit le chemin de son domicile et s’accrocha à son poste récepteur comme la majorité des Béninois. Loin de l’hôtel Plm Alédjo, Mathieu Kérékou relève régulièrement les failles dans les interventions de certains délégués. Les incohérences qui l’irritent l’obligent par deux fois à intervenir d’abord en faisant un retour dans la salle de l’hôtel puis au téléphone. Les interventions de Mathieu Kérékou s’apparentent à des recadrages. Tout en faisant des interférences, Mathieu Kérékou savait jusqu’où ne pas aller pour ne pas porter atteinte à la souveraineté de la Conférence dont les résolutions, décisions et motions étaient immédiatement exécutoires.

 

Si loin, si près !

 

Certains conférenciers étaient trop pressés d’aller vite en besogne en prononçant des propos désobligeants, tendant malencontreusement à démettre le président Kérékou de ses pouvoirs. Cette catégorie de conférenciers oubliait que le président Kérékou détenait encore jusque-là la plénitude des pouvoirs d’Etat. Ces délégués trouvaient le chef de l’Etat aussi naïf, à telle enseigne qu’il pouvait convoquer une assise nationale qui allait le destituer sans autre forme de procès. C’était sans compter avec la détermination du Général qui prêtait une oreille attentive à tout ce qui se passait à Plm-Alédjo. Les tiraillements des deux premiers jours ont amené Kérékou à réapparaître le mercredi 21 février 1990 devant les délégués. A cette occasion, il a donné de nouvelles directives pouvant pacifier les choses. Car, entre les partisans de son régime d’alors et les intellectuels venus d’outre-mer, il y avait de fréquents achoppements. Beaucoup se souviennent encore de certaines phrases prononcées par le Général Kérékou lorsque l’occasion lui était donnée de faire incursion dans les débats de la conférence nationale. « S’il y en a qui veulent faire leur apprentissage politique au sein d’un gouvernement, nous sommes capable de remanier le gouvernement. « Mais qu’on ne dise pas démissionne ». Par ailleurs, lorsqu’il y a eu des envolées lyriques tendancieuses, l’homme du 26 octobre qui s’apprêtait à arborer les attributs de démocrate avait fait une intervention téléphonique en direction du président du présidium, Monseigneur Isidore de Souza. C’était pathétique et épique. Au terme de son intervention, Mathieu Kérékou disait : « Si vous êtes d’accord, alors donnez la communion à Maître Robert Dossou. » C’est dire que même à distance, le chantre du Marxisme-Léninisme suivait tout et prenait sa part de responsabilité. Cette expression reviendra d’ailleurs à la fin de son allocution de clôture où il a fait deux déclarations importantes. Primo : « ce n’est pas du défaitisme, ni de la capitulation, c’est une question de responsabilité nationale. » Il s’agit d’une déclaration qui justifiait la seconde libellée ainsi qu’il suit : « toutes les décisions de la Conférence nationale seront appliquées dans l’ordre et la discipline librement consentis. » Pour la réussite de la Conférence nationale, Mathieu Kérékou a été un véritable métronome en apaisant les ardeurs de ses partisans de l’ex-Parti de la Révolution populaire du Bénin (Prpb) et en calmant les velléités des technocrates qui avaient plus d’un tour dans leurs sacs.

 

Jean-Claude Kouagou

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here