« La démocratie libérale, c’est la compétition et la ruse »

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La situation politique au Mali et la question du parrainage pour la Présidentielle de 2021 au Bénin ont été décryptées hier dimanche 23 août 2020 sur la chaîne de télévision « E-Télé ». Consultant politique et Expert électoral, Agapit Napoléon Maforikan a donné sa lecture de ces deux actualités. Ci-dessous, des extraits de son intervention.

« La démocratie adoptée par la plupart des pays africains est une démocratie libérale. Elle évoque une compétition. Ce n’est pas une démocratie d’enfant de chœur. Elle est faite de ruse. C’est le meilleur en termes de stratégies qui gagne. Ceux qui ne le savent pas doivent aller à l’école des grandes théories qui dominent le monde. La Chine fait une démocratie populaire avec le parti communiste chinois. Ce dernier a des démembrements et organise des congrès réguliers. C’est un véritable appareil qui fonctionne dans la dynamique chinoise. En Corée du Nord, au Cuba tout comme aux Etats-Unis, ils ont aussi leurs démocraties… En Afrique, nous devons être suffisamment lucides et tolérants de sorte à ne pas imposer nos pensées aux autres. Lorsqu’il y a une règle du jeu et des velléités de ruse, l’arbitre intervient pour trancher les contentieux. Vous ne pouvez pas dire que vous n’allez pas jouer si l’arbitre ne va pas dans votre sens. Vous ne pouvez non plus dire que vous voulez jouer, mais que vous ne reconnaissez pas la légitimité de l’arbitre. C’est peut-être cela qui a fait dire à Jacques Chirac en 1990 que la démocratie est un luxe que les pays africains ne peuvent se payer. Cela ne veut pas dire que les Africains ne sont pas capables de faire de la démocratie. Le problème qui se pose est qu’ils ne sont pas conscients des exigences de la démocratie. Cela exige la tolérance, le fair-play quand vous perdez (…) L’Union progressiste et le Bloc républicain sont certes inspirés par le Chef de l’Etat, Patrice Talon, mais il n’est pas un militant de ces deux formations politiques. Quel procès lui fait-on aujourd’hui ? A ma connaissance, il n’a pas empêché quelqu’un d’être membre de l’Up ou du Br ? Il y a beaucoup de personnes qui ont travaillé avec le président Yayi Boni qui sont membres de ces deux partis. Les autres partis qui sont totalement ancrés dans les pratiques de compromission ne peuvent pas dire qu’on les a empêchés d’aller aux élections législatives de 2019. Ils ne peuvent non plus revenir sur le parrainage aujourd’hui. Ce serait niveler par le bas. C’est demander aux autres d’endosser sa propre irresponsabilité, son incapacité de se connecter au temps. On ne peut pas prêter flanc à ces comportements-là. Il faut qu’on évacue le débat des élections législatives de 2019 et aussi cette affaire de parrainage. En effet, le parrainage n’est pas un jeu partisan. Il est politique. Au total, il y a 160 élus qui peuvent parrainer les candidats pour la Présidentielle de 2021. Si un candidat donne la preuve qu’il est compétent, qu’il sait de quoi il parle et qu’il est d’accord avec les règles du jeu, il n’y a pas de quoi qu’il ne soit pas parrainé ».

 Crise au Mali : résultante d’une classe politique irresponsable

« Ce qui se passe au Mali est la résultante d’une classe politique irresponsable. On règle les problèmes par les coups d’Etat. Ce n’est pas normal. La démocratie libérale est exigeante, elle est contraignante. C’est la crise en permanence. Et nous Africains qui ne savons pas discuter et qui sommes dans la tradition féodale de la pensée unique, il nous est difficile d’accepter l’autre. Même au sein d’un même parti. Pourquoi ne pouvons-nous pas tenir compte de cela dans la déclinaison des formats de pouvoir. En ne le faisant pas, on crée des situations fâcheuses que la Cedeao a du mal à gérer. Elle est souvent limitée par ses prises de position parfois hasardeuses. On ne peut pas tolérer ce qui se passe en Guinée. Ce n’est pas normal… Si on ne sait pas faire, l’Afrique va retourner dans une situation pire qu’en 1990. En 1991, on a apprécié le coup d’Etat de Amadou Toumani Touré qui a laissé le pouvoir. A partir de 2012, on n’apprécie plus ces coups de force inspirés par des civils. Et ces civils, normalement, on doit retirer leurs nationalités. Les Maliens qui semblent accepter cette situation, c’est parce qu’ils en ont ras-le-bol de la gouvernance du président Ibrahim Boubacar Keita qui, ces dernières années, n’a pas donné les gages de ce qu’il est conscient des aspirations de son peuple ».

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