Le Bénin, premier pays africain à imposer le « cache-nez »

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Faute de confinement, le masque est devenu obligatoire dans le sud du pays mardi 7 avril. Les Béninois se sont vite conformés à la mesure, mais l’achat de masque représente un coût important. Alors, l’alternative artisanale est plébiscitée.

« C’est l’effet corona, tout le monde porte un masque », s’étonne Papoen Osho, qui vient de traverser Cotonou, la capitale économique, en voiture. D’habitude ses compatriotes sont indisciplinés. Mais pas cette fois. Des conducteurs de taxi-motos et leurs passagers aux automobilistes, même seuls, des marchands ambulants aux dames servant à manger sur le trottoir et leurs enfants, tous ont dû trouver des « cache-nez », comme on dit ici pour tenter de se protéger du Coronavirus. La circulaire du Ministère de l’intérieur, radiodiffusée le 7 avril, était claire : « Avant de sortir, mettez un masque, sinon restez chez vous. » Le Bénin est le premier pays subsaharien à avoir rendu cette mesure obligatoire dans sa zone la plus peuplée (2,5 millions d’habitants), le « cordon sanitaire » de douze Communes au Sud du pays. Le vendredi 10 avril, Abidjan, en Côte d’Ivoire, lui a emboîté le pas.

 

« Ici on est pauvre, on ne peut pas se soigner »

 

À Cotonou, la Police, masquée, veille au grain et verbalise les contrevenants. La peur du gendarme joue, la peur tout court aussi. Les autorités annonçaient à la veille du week-end de Pâques 35 cas de contamination au Covid-19, un décès, cinq guérisons. Des chiffres que beaucoup interrogent. Dona, taxi-moto, bien couvert par un masque en wax (tissu africain), redoute que « la maladie vienne fort comme en Europe. Ici on est pauvre, on ne peut pas se soigner ». Si tout le monde se couvre le visage, c’est qu’il n’y a pas de pénurie. Le Bénin a acquis des masques chirurgicaux dès janvier, et un lot de 5 millions est encore arrivé jeudi 9 avril. Le pays a aussi reçu des dons, notamment de la fondation Jack Ma, patron chinois d’Alibaba. Début avril, toutes les pharmacies du « cordon » ont pu acheter un millier de masques à un tarif subventionné. Tout est vite parti. Ce qui n’a pas empêché la spéculation, et ce rappel à l’ordre gouvernemental, le 9 avril : le prix est fixé à 200 francs Cfa (30 centimes d’euro) et chaque client a droit à deux pièces par jour. « Je n’en ai plus, j’attends le réapprovisionnement, explique Hermann Sossou, pharmacien. Mais, le ministre de la Santé nous a surtout dit de sensibiliser les gens à rester chez eux ».

 

Le masque artisanal plébiscité

 

Le Bénin ne confine pas sa population, qui vit en grande partie de l’informel où l’on « donne la popote avec les revenus de la veille », comme l’a dit le président Patrice Talon. Mais même à 200 francs Cfa, l’achat quotidien de protections faciales représente un coût. Alors l’alternative artisanale est plébiscitée, d’autant qu’il y a des couturiers partout. Installé devant son atelier, Victor Wanou fabrique des masques avec ses apprentis. « J’ai eu une commande de plusieurs centaines », confie-t-il à travers son « cache-nez », penché sur sa vieille machine à coudre. Le ministère en charge de l’artisanat a transmis des normes sur les formes et les tissus. Sur les réseaux sociaux, des voix critiquent toutefois l’absence de sensibilisation sur l’utilisation du masque, porté parfois sous le menton, ou gardé plusieurs jours. Une communication est prévue dans toutes les langues du pays, dit-on au gouvernement. Attention toutefois, insiste Marius Kêdoté, expert en santé publique, « le masque donne l’impression qu’on est protégé. Or, il est efficace si les autres gestes barrières sont bien respectés ». C’est loin d’être le cas.

 

Source la Croix

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