Le Dg/Anaepmr Sylvain Adokpo-Migan:«Nous allons mettre tout le pays en chantier»

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Le Directeur général de l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (Anaepmr) était face aux internautes le jeudi 17 octobre 2019. Invité de la 10èmesession AskGouv, Sylvain Adokpo-Migan a levé le voile sur les efforts du gouvernement dans le cadre de la fourniture de l’eau potable en milieu rural. Occasion pour lui d’annoncer de nombreux chantiers pour 2020. (Lire un extrait de l’entretien réalisé par l’expert).

Aujourd’hui est-ce que le rêve d’être à un taux de déserte de 100% d’ici 2021 peut être concrétisé ?

 

Sylvain Adokpo-Migan: Je pense que la vision avec les moyens et les conditions dans lesquelles nous travaillons nous amène à faire la promesse qu’en 2021, le bilan sera un bilan reluisant par rapport à ce que nous sommes venus voir.

 

Quelle est la vision du gouvernement pour l’affermage des Adductions d’eau villageoise et ou en sommes-nous à la date d’aujourd’hui ?

 

A la date d’aujourd’hui, nous sommes sur la très bonne piste. Parallèlement, comme je l’ai dit l’accès universel n’est pas seulement des forages, des stations de pompage, des châteaux d’eau, mais c’est aussi garantir la qualité de service qui soit à la hauteur des attentes et qui soit professionnelle. C’est pour cela que la professionnalisation est un sujet très important. Il n’est pas courant qu’on professionnalise la gestion de l’offre de service public eau potable en milieu rural dans un pays sur l’ensemble du territoire de façon systématique. Je viens d’un milieu où j’ai travaillé sur ces sujets pendant des années. Je ne connais pas de pays africains où la professionnalisation à l’échelle du pays a été pensée, structurée conceptualisée et organisée. C’est ce que nous sommes en train de faire. Mailler non seulement le territoire avec des équipements structurants, parce qu’à la fin 612 systèmes multi-villageois seront construits et viendront progressivement compléter ce qui existe déjà. Il y aura donc plusieurs options. Il ne s’agit pas exclusivement du système multi-villageois mais confier la gestion des équipements structurants à des opérateurs professionnels. Où en sommes-nous ? Nous avons décidé de faire une transaction. La transaction est de faire des contrats d’affermages dignes de ce nom selon les règles de l’art en définissant clairement les périmètres. Nous avons organisé le Bénin en trois périmètres. Nous avons fait de sorte que ces trois périmètres soient attractifs pour les opérateurs professionnels en mixant les zones plus attractives avec les zones les moins attractives de façon à ce qu’aucune portion du territoire ne soit sous la gestion d’un opérateur professionnel. Nous avions organisé à Cotonou en juin 2019 une publicité à l’échelle du monde pour cette délégation de gestion des ouvrages. Nous avons eu sur la place, une vingtaine de firmes professionnelles qui sont venues au Bénin pendant cette journée d’information pour s’informer de ce que nous voulons faire et qui ont remarqué l’ampleur de l’innovation et de la gouvernance que nous sommes en train d’introduire dans ce secteur en le transformant. A cette date, nous avons fini la phase de préqualification des firmes qui peuvent s’affronter de façon transparente dans une sélection par appel d’offres ouvert à l’international. Nous avons eu le nombre de firmes qu’il faut pour pouvoir aller de l’avant. Prochainement, nous allons lancer l’appel d’offres international avec des consortiums qui ne sont pas qu’étrangers. Nous avons vu des firmes qui se sont associées aux entrepreneurs et aux fermiers locaux qui étaient déjà dans le métier pour venir à la préqualification. Cela veut dire qu’on ne délègue pas la gestion de ces équipements qu’à des étrangers. Les locaux ont su s’allier avec les internationaux qui arrivent pour qu’il y ait un transfert de compétence dans la façon dont ces équipements seront gérés avec un respect strict des obligations contractuelles par l’autorité contractante qu’est l’Etat béninois et ces opérateurs qui sont des opérateurs privés.

 

Quel est le mode de financement et qu’en est-il du coût des infrastructures ?

 

J’ai parlé du mode de gestion des Aev qui est l’affermage qui est en cours depuis 2017. Le mode de financement des Aev aujourd’hui c’est l’Etat. Ce sont les fonds publics. Nous avons un programme d’investissement lourd qui va consister à construire 612 systèmes d’alimentation en eau potable multi village, le Programme d’investissement que nous avons aujourd’hui engage déjà 166 de ces systèmes avec un montant de 187 milliards FCfa qui seront engagés sur le Programme d’investissement à court terme. L’effort de mobilisation de ressources est sans précédent. Dans le secteur de l’eau potable en milieu rural où on n’a jamais exécuté plus de 10 milliards de FCfa par an dans l’histoire du secteur. Nous sommes en train d’engager des montants inégalés de façon annuelle. Ce sont des engagements lourds. Nous sommes loin de tout ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui et nous sommes en train de mailler le territoire à ce rythme. Et l’effort de mobilisation de ressources se poursuit.

 

Comment s’organise le remboursement des emprunts publics contractés par l’Etat pour réaliser ces ouvrages ?

 

Il est de la responsabilité de l’Etat dans ce secteur social de mobiliser les ressources pour permettre à ce que les populations puissent avoir l’eau potable à moindre coût. C’est pour cela qu’on ne peut y aller de façon préférentielle que par les fonds publics. Mais ce n’est pas n’importe quel type d’endettement. Nous avons aujourd’hui à peu près, l’équivalent de 400 millions de dollars mobilisés. Tous les montages financiers que nous avons eu à faire avec le Gouvernement pour pouvoir mobiliser en moins d’un an ces ressources pour pouvoir engager le programme d’investissement de l’accès universel de l’eau potable en milieu rural, vous n’avez aucun prêt dont le taux d’intérêt dépasse 2%. Nous n’avons aucun montage financier dont la période de grâce est inférieure à 5 ans et nous n’avons aucun financement dont le délai de remboursement est inférieur à 30 ans. Cela veut dire quoi ? Il se dégage dans cette forme de mobilisation des ressources de financement, des éléments de don qui sont entre 60 et 70%. Donc on se préoccupe de la capacité d’endettement en n’allant pas sur le marché financier ou commercial mais en ayant recours aux financements de type concessionnel qui nous permettent vraiment de régler un problème social qui est un problème d’équité nationale et d’amélioration des conditions de vie de nos citoyens des zones rurales.

 

Combien coûte une Aev actuellement au Bénin ?

 

Les coûts sont variables. Nous avons des Aev qui peuvent coûter 600 millions de la même façon nous avons des Aev qui peuvent coûter 2 milliards de FCfa. Tout dépend de la taille et de la conformation du système qui veut être construit. Il y a quelque chose de très important qu’il faut garder. Nous avons essayé de calculer dans la conception du dimensionnement de nos ouvrages, le coût par tête de la construction d’une Aev et on s’est fixé des limites. Le ratio aujourd’hui pour un service amélioré en milieu rural dans ce que nous sommes en train de faire est de ne pas dépasser 60.000 de FCfa par tête. Nous avons réglé les problèmes de stratégie, d’investissement et pour une première fois au Bénin, nous avons défini les directives nationales de conception, de dimensionnement et de coût de ces ouvrages. Nous avons également défini une stratégie et défini un guide référentiel pour les études d’impacts environnementaux et sociaux. Selon les normes de dimensionnement, le ratio où on ne dépasse pas 60.000 FCfa par tête constitue des normes de dimensionnement des ouvrages que nous sommes en train de faire réaliser. On a fait de l’optimisation et sur des programmes cette optimisation nous permet aujourd’hui d’avoir des coûts proches de 50.000 voire 45.000 FCfa par tête.

 

Quel est rôle des Communes et du patrimoine ?

 

En avril 2018 nous avions signé une convention cadre avec l’ensemble des 74 communes rurales du Bénin, qui permet aujourd’hui d’utiliser l’Anaep-Mr pour développer de façon massive, les équipements d’accès à l’eau potable mais aussi d’organiser l’accès à ces équipements. Aussi, il n’est plus à démontrer l’importance et le rôle des Communes dans la résolution des difficultés de nos populations. Et dans cette convention cadre, des engagements mutuels ont été pris et les communes ont des rôles précis et qui leur permettent de travailler avec nous pour pouvoir résoudre durable cette question.

 

A qui reviennent les ouvrages que le gouvernement construit et est-il possible de transférer les ouvrages aux Communes ?

 

Les Communes sont la continuité de l’Etat et sont le public. Les ouvrages appartiendront à l’Etat. Ce sont des ouvrages publics et les Communes et l’Etat s’entendront pour transférer la gestion à des opérateurs qui ne deviendront jamais des propriétaires de ces ouvrages. C’est un patrimoine public mais ils vont utiliser les installations pour pouvoir fournir un service public durable aux populations tout en respectant les clauses contractuelles qui les lient au public. Donc quant à la question relative au transfert Etat-communes, il faut juste retenir que les ouvrages restent publics et appartiennent à l’Etat.

 

Quels sont les moyens de contrôle dont dispose l’Agence sur le territoire national pour exercer un contrôle sur l’ensemble du patrimoine et quelle est la structure qui fera le suivi technique lorsque l’Agence va disparaître ?

 

L’Agence ne disparaitra pas. Elle peut revêtir d’autres formes parce que nous sommes dans une réforme et les choses évoluent. Aujourd’hui l’Agence n’est qu’une Agence d’exécution qui n’a que deux missions : développer de façon rapide et massive le patrimoine et organiser la gestion.  Demain, les Communes et le gouvernement peuvent définir une autre stratégie dans le cadre de la continuité de cette réforme qui fera que le patrimoine public de l’hydraulique soit maitrisé. Dans certains pays pour le faire, on met en place des Sociétés de patrimoine à qui l’Etat transfère un certain nombre de risques et d’obligations tel que le service de la dette, le financement en plus la surveillance de la délégation de ces équipements. On n’en est pas là. Pour le moment nous sommes dans la phase de construction de l’organisation et de la gestion. Donc, l’Agence n’est pas éternelle et ne va pas rester dans la forme actuelle de façon éternelle. Elle peut disparaitre, se transformer pour remplir d’autres fonctions qui sont différentes des fonctions actuelles.  Nous avons deux moyens pour le contrôle. Le premier moyen, ce sont des moyens classiques. L’Agence n’est pas déconcentrée. On travaille avec les services déconcentrés de l’eau qui sont dans chaque département et nous sommes en train de formaliser ce relais de terrain pour qu’ils soient nos yeux et nos oreilles sur le terrain.  Par rapport à la gestion par les opérateurs privés que nous sommes en train de recruter, nous avons complètement la maitrise de l’exploitation et du patrimoine parce qu’on innove. Les 649 systèmes sont numérisés et connus et l’exploitation qui en est faite est remontée au fur et à mesure en temps réel sur une plateforme numérique avec des terminaux mobiles. Mieux, nous avons aujourd’hui sur cette plateforme la maitrise du portefeuille clients. Nous connaissons tous les clients et tous les robinets qui sont dans la nature. Nous sommes à l’aise aujourd’hui pour parler du patrimoine. En un clic vous, vous pouvez voir sur votre ordinateur, le nombre d’Aev, le taux de desserte réelle parce qu’aujourd’hui avec une gestion rationnelle, sans rien faire on peut passer à 52.28%. Aujourd’hui nous connaissons le nombre de châteaux d’eau que nous avons dans le pays. Ils sont de 653. Nous avons 740 types d’énergie et nous connaissons le nombre exact de robinets pouvant desservir en milieu rural. Il est de 16.956 robinets. On n’a jamais eu dans ce pays, cette précision dans la maitrise du patrimoine. C’est en connaissance de cause que nous déléguons le patrimoine. Nous savons ce qu’on délègue et dans quel état et on peut leur prescrire des attentes que nous sommes en droit d’espérer lorsqu’ils vont utiliser ces équipements que nous maitrisons. Rassurez-vous, nous sommes en pleine innovation. On n’a pas besoin d’envoyer quelqu’un en mission avec des voitures pour voir ce qui se passe. Sur la plateforme on peut avoir toutes les informations liées au patrimoine mais également l’exploitation qui est faite de ces équipements qui sont des équipements publics. Nous sommes restés cachés pour faire un travail de fond. Nous avons fini les premières campagnes de forage. On passe en génie dans la plupart des sites dans lesquels nous sommes. Par exemple à Tchaourou, à Bembèrèkè et dans le zou, dans l’Ouémé nous sommes en train de passer en génie et cela va être continuel jusqu’en 2021. Nous allons mettre tout le pays en chantier. 2020 sera une année de chantier. 2020 sera une année des châteaux et des réseaux.

 

 

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