Le Dga de l’Anpc à propos de l’inondation à Cotonou :« Que les populations participent à la coproduction de la protection civile »

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Certaines villes du Bénin, en l’occurrence Cotonou et Abomey-Calavi sont déjà confrontées à l’inondation à cause des premières pluies. Invité sur l’émission « Actu Matin » de Canal 3 Bénin mercredi 24 juin 2020, le directeur général adjoint de l’Agence nationale de la protection (Anpc), Gilbert Edah, a apporté des éclaircissements sur la contribution de l’Agence à l’amoindrissement des risques de catastrophe. Pour le commandant, les populations doivent participer à la coproduction de la protection civile pour éviter les conséquences fâcheuses de l’inondation.

Canal 3 : Le Bénin en général et certaines villes comme Cotonou et Abomey-Calavi sont aujourd’hui confrontées à l’inondation. Quelle est la contribution de l’Anpc à l’amoindrissement des risques de catastrophe ?

 

Dga Anpc : Nous sommes effectivement dans la période des inondations. Je vais demander à nos populations de participer à la coproduction de la protection civile parce que la protection civile est holistique. Chacun doit y participer.

 

En quoi faisant ?  

 

Si la petite canalisation qui passe devant ma maison, j’y jette régulièrement des déchets, soyez rassurés que cette canalisation qui est appelée à conduire le flux d’eau vers une grande canalisation sera bouchée et du coup, j’aurai l’eau dans ma maison. L’autre chose plus importante, c’est que les propriétaires mettent, soit du pavé et du bitume, dans leurs maisons. Toutes les eaux des maisons sont convoyées vers les axes routiers. Dans ce cas, ne soyons pas surpris que l’eau reste sur les axes. Tous les axes non-assainis sont appelés à avoir de l’eau. Troisième chose, si les canalisations appelées à drainer ces eaux sont de dimensions réduites par rapport au flux d’eau appelé à les emprunter, soyez sûr qu’après 15 minutes de pluie, ils vont se remplir et l’eau va se déverser sur la voie. C’est ce qu’on retrouve à Cotonou et on parle d’inondation de rues. 6 voire 12 heures après la pluie, ces canalisations drainent le flux d’eau jusqu’à l’évacuation. Les gens ont tendance à dramatiser le problème d’inondation. Il suffit qu’il y ait une rue temporairement inondée, et on parle de catastrophe.

 

Ce n’est pas encore la catastrophe, selon vous ?   

 

Une occupation temporaire d’une rue n’est pas encore une catastrophe.

 

Et si on déportait le problème de Cotonou pour une autre ville comme Grand-Popo par exemple ?

 

Nous avons deux types d’inondation. Il y a les inondations pluviales : cas de Cotonou, c’est-à-dire que c’est la quantité de pluie tombée qui crée l’inondation et les flaques d’eau puis les inondations fluviales dues au débordement des cours d’eau. C’est le cas au niveau du bassin du fleuve Mono, des Basses vallées de l’Ouémé et du Niger. A ce niveau, la quantité d’eau déborde de son lit. Quand cela arrive, les populations riveraines des lits mineurs des cours d’eau sont impactées via leurs maisons et cultures. Pour ces inondations fluviales, il y a un outil très efficace pour les gérer. Il s’agit du système d’alerte précoce. Ce système existe et est bien fonctionnel. Il fonctionne à base de capteurs installés dans ces eaux. Je donne l’exemple du fleuve Ouémé. A la hauteur de Savè, il y a un capteur qui renseigne sur la hauteur d’eau chaque matin avec la vitesse. Si la situation est telle, dans trois jours à Zagnanado, la hauteur d’eau va atteindre tel niveau. Quand ce niveau est atteint, le fleuve va déborder jusqu’à atteindre une limite donnée. Une fois que la Direction  générale des eaux nous envoie cette information, nous l’envoyons au niveau de la Plateforme nationale de gestion des alertes précoces à l’intérieur du pays. Ces populations sont informées de ce que dans trois jours, le fleuve va déborder et atteindre tel niveau. Beaucoup acceptent de quitter, mais d’autres ne veulent pas quitter. C’est là qu’on amplifie pour parler d’inondation.

 

Est-ce que ce n’est pas du ressort de l’Anpc de proposer à l’Etat de draguer ces fleuves ou d’empêcher les populations d’occuper les lits de cours d’eau ?

 

Pour gérer ces cas, il y a trois mécanismes. Le premier qui est très efficace et durable, c’est la construction des digues de protection le long de ces fleuves. Quel que soit le niveau d’eau, les digues contiennent l’eau. Du coup, l’eau ne déborde plus pour impacter la population. Les études architecturales sont en cours à cet effet. La deuxième solution, c’est de demander aux populations de quitter les zones à risque et d’aller s’installer dans les zones sans risque. Mais vous comprenez la sociologie béninoise. Derrière une population qui est installée aux abords d’un cours d’eau, il y a une histoire qui est cachée.  Le troisième  mécanisme, c’est de demander aux populations de vider les lieux à l’approche de la vague d’eau. Là où elles doivent aller, nous leur indiquons cela. Tout au moins, nous disposons des tentes que nous mettons à ces endroits pour les loger de façon temporaire, les assister en vivres et non vivre en accord avec les maires des différentes localités qui sont les premiers responsables en matière de la responsabilité civile de leurs populations.

 

Vous arrive-t-il de dégager les populations manu militari pour leur bonheur ?

 

Oui mais ce n’est pas aussi facile. Quelle force avons-nous pour déloger toute une population ? Mais nous travaillons de jour en jour pour les amener à comprendre le péril qui se joue sur les eaux.

 

L’Anpc n’est-elle pas confrontée à des difficultés quand il s’agit de porter assistance aux sinistrés vu qu’il y a des pauvres et des riches?  

Pour porter assistance, on ne différencie pas le riche du pauvre. Nous faisons une évaluation des dégâts post catastrophes et nous identifions les cibles. Ce sont ces cibles que nous assistons. Notre mission, c’est d’amener les populations à s’adapter à leurs milieux de vie.

 

Avez-vous les moyens pour vous gérer les inondations lorsqu’elles surviennent ?  

 

Aucun pays du monde n’a les moyens suffisants pour gérer une catastrophe. Ils s’adaptent. Dire aujourd’hui que le Bénin dispose des moyens nécessaires pour affronter tout type de catastrophe est un leurre.

 

Vous avez le nécessaire pour subvenir aux catastrophes qui surviennent à chaque saison des pluies?

 

Nous faisons plus de la prévention que de la réponse parce que s’il s’agit d’une catastrophe.  Les moyens ne sont vraiment pas à la hauteur de ce à quoi on peut s’attendre.

 

Dans le cas du Covid-19, vous avez une idée de la prévention ?

 

 C’est une situation nouvelle qui a frappé tous les pays du monde. Mais dans notre de contingence nationale, nous avons prévu le plan épidémie pour répondre à des épidémies. Nous sommes habitués à gérer les épidémies de Lassa, Choléra mais pas à l’échelle nationale ou internationale comme le Covid-19.

 

Quel message aux compatriotes qui devront vivres des jours difficiles à cause des inondations ?

 

 Je vais leur demander de respecter les consignes et les messages d’alerte des autorités communales, départementales et nationales. Si ces messages sont respectés scrupuleusement, on aurait gagné a priori. Chaque année, des préfets prennent des arrêtés pour interdire la navigabilité sur certains fleuves. Le ministre de l’Intérieur envoie toujours des messages sur les comportements à adopter en période de crue. Il suffit seulement de les respecter et on pourrait éviter au mieux les zones à risque. Aussi, je voudrais exhorter à éviter les zones à risque. Il faut éviter l’encombrement des caniveaux et exutoires naturels d’eau. Ce faisant, on pourrait toutefois éviter les risques de catastrophe liés aux inondations. 

 

Source : Canal3     

  

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